Publié le 13 avril 2012

Selon le rapport Larcher, la réforme de la formation professionnelle doit permettre de passer d’une gestion du chômage à une gestion dynamique de l’emploi. La crise pourrait alors constituer une opportunité : les moyens étant contraints, la France devrait avant tout moderniser sa vision, ses méthodes et ses outils. Au cœur du sursaut : les territoires et la coopération de tous les acteurs.

 

« Ce n’est pas la formation qui crée l’emploi. Mais sans formation aujourd’hui il est clair qu’il est très difficile d’accéder à l’emploi. Il nous faut rendre effectif le droit à la formation tout au long de la vie et créer ses conditions d’exercice ». C’est par ces propos que le sénateur et ancien président du Sénat Gérard Larcher introduit son rapport sur la refonte de la formation professionnelle, remis la semaine dernière au Président de la République après deux mois d’auditions de l’ensemble des acteurs représentatifs des secteurs de la formation initiale et professionnelle, prescripteurs, acteurs et financeurs.

D’une gestion du chômage à une dynamique de l’emploi

Gérard LarcherSi la négociation interprofessionnelle et le législateur « ont sensiblement fait évoluer notre système de formation au cours de ces dernières années », Gérard Larcher relève « encore trop de blocages, trop d’inertie, […] des dysfonctionnements majeurs qui résistent aux réformes » : les défaillances du droit à l’orientation, l’accès insuffisant des demandeurs d’emploi et salariés des TPE/PME à la formation et, enfin, la « panne » du « droit à la promotion sociale ». Il serait aujourd’hui « temps de franchir une nouvelle étape » et de passer d’une gestion du chômage à une gestion dynamique de l’emploi :

« Nous avons le devoir de trouver les voies et moyens d’une nouvelle dynamique de la formation professionnelle pour faire face aux mutations sociales et aux difficultés économiques… ».

Territoires, coopération et mutualisation au cœur du redressement

Le rapport n’examine pas la question des moyens : avec 31,3 Mds €  (soit 1,6 % du PIB) investis en 2009, « les financements existent ». Ce qui doit être recherché, c’est « une plus grande efficience » des fonds - que le sénateur tient à présenter comme des « investissements » plutôt que comme des dépenses.

Usine à gaz

Dans cette perspective, la coopération et la mutualisation des moyens des acteurs, publics comme privés,  de la formation, initiale comme continue, seraient les vecteurs privilégiés du renouveau. La multiplicité des intervenants et leur fonctionnement trop cloisonné sont, en effet, une des principales lacunes de de la flexisécurité, « à la française » ; c’est pourquoi le rapport insiste sur la nécessité de simplifier et clarifier « le pilotage et la gouvernance d’un système devenu d’une grande complexité » - et de dépasser « les cloisonnements inhérents à la multiplicité des systèmes et des statuts ».

Gérard Larcher appelle donc à une « adhésion engagée de tous les partenaires à cette grande mission d’intérêt général » qu’est la formation. En filigrane du sursaut prôné par l’ancien président du Sénat, une nouvelle vision : c’est au plus près des réalités économiques, au sein des territoires, dans les bassins d’emploi, que doit s’organiser la mise en œuvre de ces partenariats.

Le rapport identifie trois 3 priorités, pour autant de « défis » :

1-    Jeunes sans qualification : une Cité des métiers et l’alternance dans les territoires

Jeunes de l'Ecole de la 2ème chance du Val d'OiseEntre 150 et 160 000 jeunes sans formation « décrochent » chaque année du système scolaire. Si Gérard Larcher reconnaît l’utilité des plateformes de rattrapage mises en place par l’Education nationale au profit de 58 000 jeunes, il veut « ouvrir de nouveaux horizons » avec un « pacte de réussite professionnelle » (PRP), fondé sur la qualification et la certification, en coordonnant les dispositifs existants et en assurant un maillage territorial : proposé par les missions locales et Pôle emploi, ce PRP serait piloté par les Régions et valoriserait particulièrement l’alternance.

Le rapport insiste sur l’importance du service public de l’orientation en matière d’insertion des jeunes. Concrètement, son animation serait confiée à une « Cité des métiers » dans chaque région -sur le modèle de la très efficace « Maison de l’emploi, de l’entreprise et de la formation » du pays de Vitré. Une proposition qui paraît particulièrement pertinente pour améliorer l’information des jeunes et, surtout, le rapprochement entre les acteurs de la formation initiale et de l’accompagnement, d’une part, et les besoins des entreprises sur les territoires d’autre part.

2 – Doubler en deux ans le nombre de chômeurs formés

Accompagnement d'un demandeur d'emploiGérard Larcher en est convaincu, « la formation doit être un outil pour développer une meilleure gestion de l’emploi ». Pour les chômeurs, largement tenus à l’écart des bénéfices de la formation (seuls 10% d'entre eux sont concernés actuellement), le rapport propose ainsi la création d’un « contrat formation-emploi », délivrant une formation ciblée vers des métiers correspondant aux perspectives d’emplois. Pour lui, l’offre de formation doit s’organiser clairement autour de 3 objectifs :

  • l’acquisition des compétences premières,
  • l’adaptation ou l’acquisition d’une qualification,
  • l’obtention d’une certification.

Gérard Larcher estime possible de doubler en deux ans le nombre de chômeurs bénéficiant de formations. Il n'y aurait même pas besoin d'augmenter les moyens de Pôle emploi pour cela, à condition de mettre en place une véritable coopération des acteurs et une territorialisation des actions via :

L'emploi se joue avant tout dans les territoires : évolution de l'emploi en France pendant la crise

  • au niveau national, la mise en place d’ « outils communs et partagés entre tous les prescripteurs pour faciliter l’orientation vers la formation » ;
  • « une démarche de territorialisation commune entre l’Etat, les Régions, les Départements et les partenaires sociaux » ;
  • cette dimension se retrouverait notamment au sein de « plateformes multifonctionnelles » réunissant, dans les bassins d’emploi, les services d’orientation, de bilans de compétence, de validation des acquis de l’expérience et de formation aux compétences-clés. Ces plateformes viseraient à aider les demandeurs d’emploi à formaliser leur projet de formation et à lever les obstacles matériels à l’entrée en formation (mobilité, hébergement…).
  • Chaque région accueillerait « des pôles de formations qualifiantes et certifiantes répondant aux besoins en compétences des secteurs professionnels structurant l’économie des territoires. »

3-    Les compétences, clés de la compétitivité des entreprises

Groupe de travailParce que les compétences sont le facteur-clé de la compétitivité, Gérard Larcher estime qu’il faut « replacer la formation dans les entreprises sur ses vrais enjeux : c’est un investissement avant d’être une dépense. ». Pour faire progresser cette vision, il suggère de fédérer les différents comités et conseils actuels de consultation, d’observation et de prévision au sein d’un « Comité National de l’Emploi et de la Formation Professionnelle ».

Ses autres propositions, techniques mais loin d’être dénuées d’intérêt, reposent notamment sur un pari : parce que c'est leur intérêt, les entreprises formeront plus et mieux leurs salariés en y étant incitées plutôt qu’en y étant contraintes.

>>> Télécharger le rapport Larcher (pdf)

 

> Crédits image :

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !