Publié le 31 janvier 2012

Les dynamiques d’emploi sont avant tout territoriales, nous l'avons vu. Pour trouver des exemples de réussites dans le désordre global, nul besoin de traverser le Rhin ou de se rendre en Scandinavie par grand froid : des territoires français connaissent le plein emploi !

Emploi - Une France asymétrique

Image Les Echos

"Certains bassins d'emploi ne connaissent pas la crise et affichent un taux de chômage proche du plein-emploi. Celui de Vitré, en Ille-et-Vilaine, en est un parfait exemple. Son taux de chômage, qui flirte avec 5%, est resté stable depuis onze ans."

En 2010, l’Université d’été « Emploi, compétences et territoires » du Céreq déplorait le fait que « les liens entre entreprises et acteurs du développement territorial ne [soient] pas assez forts ». Ce n’est pas le cas à Vitré, où l’on estime que "une société meilleure se construit d'abord localement." Ce sont avant tout des partenariats étroits entre tous les acteurs, privés et publics, qui permettent d'atteindre cet objectif.

Les pôles de compétitivité au service du développement des compétences ?

Vitré - ClusterVitré se trouve au cœur d’un « cluster » (pôle de développement), dans « la vallée des télécoms » (entre Philips au Mans, Alcatel à Laval, Sagem à Rennes et France Télécom à Lannion). Cette position stratégique "nous permet de disposer assez facilement d'un personnel de haute qualité", confiait à Luc Bronner (Le Monde) Marc Garin, patron d’Atlantic RF (une PME électronique).

En effet, comme le rappellent Ludivine Calamel et Ingrid Mazzilli, chercheuses spécialisées dans la gestion territoriale des ressources humaines, une des grandes vertus des pôles de compétitivité est de permettre un meilleur développement des compétences [téléchargez ici leur étude "pôles de compétitivité et gestion du capital humain"].

Elles suggèrent donc d’élargir la gestion des ressources humaines (GRH) à un espace territorial : la dynamique impulsée par la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) dans certaines entreprises pourrait se diffuser vers d’autres acteurs locaux et d’autres entreprises ainsi que vers les acteurs de la sécurisation des parcours professionnels.

Une maison de l'entreprise, de l'emploi et de la formation qui réunit tous les acteurs

Cette gestion territoriale existe déjà à Vitré. Une « Maison de l'emploi, de l'entreprise et de la formation » (MEEF), dispositif inédit et novateur, réunit sous le même toit les chambres de commerce, Pôle emploi, la mission locale et le centre d'information sur l'orientation.

MEEF Vitré

Un outil très utile pour des entreprises qui peinent à trouver les profils correspondant à leurs besoins et qui, individuellement, peuvent difficilement peser sur les choix d’orientation des jeunes. Le président de la Maison de l'emploi a ainsi pu impulser la création d’un baccalauréat professionnel de « pilote de système automatisé » pour résoudre une partie de ces problèmes de recrutement.

«La vraie question est celle de la mobilité géographique des salariés »

Mais la formation seule ne suffit pas, il est souvent nécessaire de recruter des compétences hors du bassin d’emploi : la Maison de l’emploi coordonne donc aussi un programme d’aide à la mobilité. Il s’agit évidemment d’un enjeu majeur : pour Jean-Christophe Sciberras (DRH France du groupe Rhodia et président de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH)), à côté des problématiques de formation, « "la vraie question est celle de la mobilité géographique des salariés" - qui devraient pouvoir passer d’un territoire à un autre en fonction des fluctuations de l’activité de tel ou tel secteur.

mobilité

A Vitré, ces aides à la mobilité, recensées dans un document édité par la Maison de l'emploi, prennent la forme d’aides financières (accessibles aux demandeurs d'emploi et aux salariés mutés) et de services d’aide à la recherche de logement. Ainsi, tout salarié venant s’installer à Vitré a la garantie de trouver en une journée un logement -temporaire ou définitif.

Rapprocher jeunes, école et entreprises

La communauté d’agglomération a aussi beaucoup œuvré au rapprochement entre les jeunes, le monde de l’éducation et les entreprises. Parmi de nombreuses initiatives, certaines méritent d’être mises en avant :

  • L’opération « Métiers 2012 » : il s’agit d’une initiative de l'antenne de Vitré de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI), organisée en partenariat avec la MEEF. Des visites d’entreprises permettent de présenter les métiers ainsi que les opportunités d'emploi et de carrière. Le dispositif était à l’origine destiné aux jeunes scolarisés, mais son succès a incité les acteurs locaux, CCI en tête, à l’étendre aux demandeurs d’emploi.
  • Des visites du monde de l'entreprise pour les enseignants. A l'initiative de la Maison de l'emploi encore, des enseignants et conseillers d'orientation ont été invités à visiter les principaux sites des entreprises locales. Un enseignant témoigne de l’utilité de l’initiative « pour la connaissance des métiers, nous qui sommes parfois éloignés du monde de l'entreprise ».
  • Une opération « parrainage » à la Mission locale de Vitré. Des tuteurs bénévoles, les « parrains », ont pour mission de conseiller, guider, rassurer et accompagner vers l’emploi les jeunes dont ils sont responsables.
  • Enfin, l’initiative « Faire aimer l'industrie », qui incite les jeunes à se diriger vers ce secteur recruteur (notamment dans l’agro-alimentaire) pour compenser les emplois perdus dans l'agriculture. Ce dispositif a permis à Vitré de recevoir le trophée Territoria qui récompense les "nouvelles méthodes pour faire mieux avec moins".

Le pays de Vitré constitue donc un exemple remarquable de bonnes pratiques pour développer une « attractivité renouvelée du territoire autour des ressources humaines » que le Céreq appelait de ses vœux lors de son université d’été.

L’enjeu aujourd’hui est en effet plus que jamais d’améliorer la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) au niveau des territoires, alors que les parcours professionnels sont de moins en moins linéaires et que la relation entre la formation initiale et l’emploi occupé par les salariés est bien moins systématique aujourd’hui. Cette tendance va aller en s’amplifiant ; il est donc vital de mieux articuler les interventions des acteurs de l’emploi et de la formation dans les territoires afin de sécuriser les trajectoires individuelles.

 

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