Publié le 23 août 2011
Outre le coût du travail, la désindustrialisation de la France est souvent présentée comme une source de ses difficultés en matière d’emploi dans la mondialisation. Il semble néanmoins que le cœur du sujet soit celui des compétences.

Industrie contre services ?

Certains (comme l’économiste Julia Cagé) considèrent que la désindustrialisation de la France est une bonne chose alors que d’autres, parmi les intervenants du colloque de l’AFEP notamment, estiment qu’elle est l’une des causes des difficultés de notre pays en matière d’emploi. Françoise Gri (Présidente de ManpowerGroup France et Europe du Sud) considère qu’il n’y a aucun antagonisme entre les deux :

« Il faut arrêter d’opposer le développement des industries et le développement des services. Cette idée reçue participe à la non-connaissance économique de la France. Car si le secteur des services est constitué d’un pôle de métiers dits non qualifiés, son autre pôle est extrêmement qualifié et largement soumis à la compétitivité internationale : il se place en amont de l’innovation dans l’industrie. »

Surtout, alors que les services représenteront 65 % des créations d’emploi dans les prochaines d’années (d’après les analyses prospectives du Centre d’analyse stratégique), il faudrait selon Françoise Gri rehausser notre vision de ce secteur, pour, par exemple, cesser de parler de non-qualification au sujet de services de proximité : « si ces métiers, qui touchent au maintien de la qualité de vie, étaient si peu qualifiés, il ne serait pas si difficile de recruter dans ce secteur. Il faut changer le regard porté sur les compétences ». En effet, qu’il s’agisse de l’AFEP, du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) ou de nombreux autres experts, il semble bien que la compétition mondiale pour la création de valeur passe en particulier par le capital humain.

Les compétences et les talents, au cœur de la compétitivité

Selon Jean-Paul Betbèze (Directeur des études économiques du groupe Crédit Agricole), la question des compétences cruciale:

« Le défi majeur, c’est celui du capital humain (pour l’innovation notamment), de la qualification, de l’employabilité. Car la clé de la croissance aujourd’hui, dans l’économie de la connaissance hyper-connectée, et en particulier dans les sociétés occidentales vieillissantes, ce sont les talents et les compétences. »

Les bilans de l’Agence française des investissements internationaux l’illustrent régulièrement : en matière de capital humain, la France dispose d’un avantage compétitif. Selon Philippe Crouzet (président du Directoire de Vallourec), intervenant lors du colloque « Emploi et mondialisation » du COE, c’est à ce niveau en particulier que la mondialisation constitue une « formidable opportunité pour la France » -à condition que celle-ci réussisse sa transition. Car elle « dispose d’un avantage compétitif certain grâce au savoir-faire et à la loyauté de ses salariés ».

En effet, si le coût de la main d’œuvre est beaucoup plus faible dans les pays émergents, cette main-d’œuvre bon marché serait « peu loyale », le très fort taux de rotation de la main-d’œuvre en Chine et au Brésil, par exemple, désincite les entreprises à former des ouvriers ou techniciens (puisqu’en cas de départ précoce, l’investissement serait purement et simplement perdu).

Or, étant donné que les ouvriers et techniciens chinois et brésiliens ne possèdent pas, aujourd’hui, le niveau de compétence des Français, notre pays aurait selon Philippe Crouzet « 10 ans de formidables opportunités en matière d’emplois [car], dans le monde de la rotation rapide, il y a une vraie difficulté à développer des expertises ». Néanmoins, et étant donné que les savoir-faire ne sont souvent pas formalisés, écrits, il ne faudrait « absolument pas rater cette transition » : les départs en retraite massifs qui attendent notre pays ne doivent pas signifier disparition de tous les savoir-faires accumulés et qui seraient décisifs dans la transition qui s’ouvre et qui ne durera pas longtemps.

Alors que la pénurie de talents s’accroît et que la qualité de son capital humain est louée, la France dispose d’atouts certains dans la compétition mondiale. Pour que la France saisisse la chance de cette période de transition, il paraît donc vital que les entreprises développent la fidélisation de leurs salariés et valorisent les connaissances des seniors tout en développant les dispositifs de formation et d’entrée dans le monde du travail productif (point sur lequel l’Allemagne doit nous inspirer). Le temps est compté.

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