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La formation professionnelle en France : un système complexe, cloisonné et inégalitaire

Le Président de la République l’a clairement admis hier à Blois : les 32 milliards d’euros consacrés chaque année à la formation professionnelle ne donnent “pas toujours les résultats qui sont attendus”. La presse s’en est déjà largement fait l’écho : le Chef de l’État demande une concertation des partenaires sociaux dès ce printemps afin qu’un projet de loi sur la formation professionnelle et l’apprentissage soit déposé d’ici la fin de l’année 2013. Etat des lieux.

Le système français de formation : complexe, cloisonné et inégalitaire

Les entreprises consacrent aujourd’hui environ 1,6% de leur masse salariale à la formation. Compte-tenu des difficultés financières qu’elles éprouvent actuellement, cet effort doit devenir un véritable levier de performance.

Contributeurs financiers de la formation professionnelle

Hier, à Blois, le Président de la République a pointé du doigt les dysfonctionnements du système français :

Notre dispositif apparaît complexe, il l’est, parce que même pour les professionnels, ce n’est pas facile de s’y retrouver. Il est cloisonné, chacun restant dans ses compétences et parfois faisant doublon ; et puis il est inégalitaire.”

Un système éclaté, illisible, donc difficile à piloter

Aujourd’hui, le système français de formation professionnelle recense 55 000 organismes, mais la formation professionnelle n’est l’activité principale de que d’un tiers d’entre eux. Cette complexité et cette illisibilité avaient déjà été dénoncées par le rapport Larcher, François Hollande en tire des conclusions : “Nous devons recentrer le système sur moins d’organismes et exiger plus de qualité.”

La prochaine loi de décentralisation devrait apporter un début de réponse en attribuant clairement aux régions un rôle de pilote, notamment à destination des jeunes et des demandeurs d’emploi.

Un système inégalitaire et injuste

Le Président de la République a cité des principales injustices caractéristiques de la situation actuelle :

L’offre de formation est trop concentrée sur les salariés qui eux-mêmes sont souvent les plus hauts dans la hiérarchie sociale et insuffisamment sur les demandeurs d’emploi. Les demandeurs d’emploi, les chômeurs, représentent 13% de la dépense totale de formation, alors qu’on pourrait se dire que c’est vers eux qu’il faudrait faire l’effort le plus important et pas simplement, même si c’est nécessaire, pour adapter les qualifications des salariés qui ont déjà un emploi. On s’aperçoit aussi que ce sont les salariés des grandes entreprises qui en bénéficient le plus, trois fois plus, que les salariés des TPE alors que ce sont souvent ces salariés-là qui auraient le plus besoin de pouvoir améliorer encore leurs qualifications ou valoriser leur expérience.”

En effet, la formation profite trop peu à ceux qui en ont le plus besoin aujourd’hui.

  • Aujourd’hui, dans une entreprise, plus on est qualifié plus on a de chances de bénéficier d’une formation. Cette tendance aggrave la fracture entre les peu qualifiés et les très qualifiés – d’où « l’inadéquation des compétences » et les « pénuries de talents ». Selon les économistes, le progrès technique accroît encore ce hiatus en faveur des plus qualifiés, dont il accroît la productivité et qui sont par ailleurs capables de mettre à jour leurs compétences – ce qui est beaucoup moins le cas des personnes peu ou pas qualifiées - tout en supprimant des postes “peu qualifiés”. L’organisation de la formation professionnelle ne fait que renforcer ces tendances.
  • Plus grave encore, les demandeurs d’emploi bénéficient aussi relativement peu de l’effort de formation : fin 2010, seulement 9,2 % des demandeurs d’emploi de France métropolitaine étaient en formation, une proportion qui a de plus baissé en 2011. Et parmi les heureux élus, beaucoup attendent une durée trop importante avant d’en bénéficier : d’après les chiffres du Président de la République, 25% attendent plus de 15 mois avant de bénéficier d’une formation. Ajoutons aussi que l’effort de formation des chômeurs est souvent pro-cyclique (on a d’autant plus de chance d’être formé que le niveau de chômage est bas), alors qu’il devrait idéalement être contra-cyclique : proposer plus de formations lorsque le niveau de chômage est élevé.
  • L’apprentissage est typique de cette dérive du système de formation : s’il a beaucoup progressé ces dix dernières années, c’est avant tout parce qu’il s’est développé chez les plus diplômés alors qu’il stagne voire baisse aux niveaux CAP-BEP.

L'apprentissage bénéficie avant tout aux plus qualifiés

Malgré les 32 milliards d’euros investis chaque année dans la formation professionnelle, le système ne résout pas les « pénuries de compétences » auxquelles les employeurs font face. Pour 82% des employeurs qui éprouvent des difficultés à recruter, ce sont les « profils inadéquats » qui sont en cause.

BMO - Causes difficultés de recrutement

Or, face aux difficultés de recrutement, les employeurs de France et d’Europe plébiscitent la formation – elle était par exemple au coeur des solutions préconisées par les acteurs du tourisme lors du débat organisé par “Agissons pour l’Emploi” mardi dernier. Pour bâtir un système efficace en termes d’accès ou de retour à l’emploi, il paraît essentiel de partir des besoins des entreprises, qu’ils soient déjà exprimés – dans les enquêtes périodiques – ou latents.

La formation plebiscitée pour satisfaire les besoins en compétences

La formation, réponse n°1 aux pénuries de talents

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