Publié le 11 mai 2012

Les employeurs français prévoient de recruter plus que l’année dernière : c’est la bonne nouvelle issue de l’enquête sur les Besoins en main-d’œuvre en 2012 de Pôle emploi. En effet, avec 1,6 millions de recrutements prévus pour 2012, le dynamisme progresse (+4,3% d’embauches prévues). Autre bonne nouvelle : un peu plus de la moitié des postes proposés sont des emplois durables (36% de CDD de 6 mois ou plus, 15% de CDI).

Néanmoins, l’optimisme ne touche pas les petites structures. Surtout, il apparaît désormais avec évidence que, malgré le chômage, les employeurs éprouvent de plus en plus de difficultés à trouver les profils qu’ils recherchent - ce qui pourrait contrecarrer l'optimisme des prévisions. L'étude montre notamment que les compétences liées aux nouvelles technologies, pourtant au cœur des développements prévus par de nombreux employeurs, manquent cruellement en France.

BMO - chiffres clés 2012Menée dans les 386 bassins d’emploi français, l’étude nous apprend que les projets d’embauche sont avant tout liés à un surcroît d’activité (36%) ou à des créations de postes (25%) ; pour ce qui concerne leurs besoins en nouvelles compétences, les employeurs français comptent en effet former plutôt que recruter.

Surtout, plusieurs tendances fortes se voient confirmées :

  • les petites structures restent à l'écart de la hausse de l'embellie annoncée ;
  • les services sont, de loin, le premier gisement d’emplois ;
  • malgré la persistance d'un chômage élevé, les employeurs éprouvent toujours plus de difficultés à recruter : la pénurie de talents s’aggrave ;
  • alors que les besoins en compétences liées aux nouvelles technologies se renforcent très fortement, les spécialistes de l'informatique sont particulièrement recherchés et difficiles à trouver.

Moins d’employeurs recrutent, mais plus de projets par établissement : le dynamisme des grosses structures

Moins d’un employeur sur cinq envisage de recruter en 2012 – une proportion en baisse. C’est donc la hausse du nombre d’embauches envisagées par les établissements recruteurs qui explique l’augmentation du total de recrutements prévus.

BMO - evolution nombre projets recrutement« En 2012, la part des établissements recruteurs recule légèrement pour atteindre 17,7% de l’ensemble des établissements contre 18% en 2011. Néanmoins […] les établissements recruteurs se révèlent […] plus dynamiques que les années précédentes (en moyenne 3,9 projets exprimés par établissement recruteur en 2012 contre 3,6 projets en 2011 et 3,2 en 2010). »

La taille des structures joue un grand rôle dans cette tendance :

  • seulement 13,5 % des établissements de moins de 10 salariés envisagent de recruter ;
  • plus de la moitié des embauches prévues concernent les structures de 50 salariés ou + ;
  • c’est dans les établissements de plus de 200 salariés que le nombre de projets de recrutement s’accroît le plus depuis 2010 (+16,7 % en moyenne annuelle).

Les services, gisements d’emplois

BMO - Pôles de recrutementL’analyse de la localisation des projets montre confirme de fortes disparités entre les régions. Certaines d'entre elles se distinguent par une croissance nettement supérieure à la moyenne nationale grâce à des spécialisations porteuses :

  • en Rhône-Alpes (+11,5 %), le dynamisme des services aux entreprises (+20 %) et des activités industrielles (+16 %) tire les besoins humains vers le haut ;
  • en région Centre (+13 %), les activités commerciales (+20%) et les services aux particuliers (+14,9 %) embauchent particulièrement.

Le point commun de ces régions : des services dynamiques. Le BMO confirme ainsi la forte « tertiarisation » de l’économie française : avec près de deux tiers (64%) des intentions d’embauche, les services - aux particuliers ou aux entreprises - représentent bel et bien un gisement d’emplois.

BMO - répartition recrutements par secteurs

  • Avec 14% des projets (+1 point par rapport à 2011), l’hôtellerie-restauration constitue toujours le premier pôle de recrutement national – ce qui explique la grande importance des embauches saisonnières en France.
  • Néanmoins, l’industrie manufacturière progresse légèrement : 5,5% des projets contre 4,9% l’an dernier.

Des formations inadaptées : malgré le chômage, des recrutements de plus en plus difficiles à tous les niveaux

Des chiffres marquants confirment que la « pénurie de talents » devient critique :

  • parmi ceux qui comptent embaucher, près d’un employeur sur deux (43%) estime que les recrutements seront « difficiles » - même pour des postes « peu qualifiés » ;
  • cette proportion est en forte hausse : + 5 points par rapport à 2011 ;
  • la première cause des difficultés de recrutement est, de très loin, l’inadéquation des profils (82% des réponses), avant une pénurie de candidats (69%) qui étonne dans un contexte de chômage élevé.

BMO - Causes difficultés recrutement

Il apparaît donc clairement qu’il devient essentiel de développer des formations mieux en phase avec les besoins des employeurs - et ce à tous les niveaux ; on remarque en effet que les difficultés de recrutement touchent tous les types de métiers : 2/3 des recrutements d’aides à domicile ou ménagères sont concernés, une proportion quasiment identique à celle des ingénieurs et cadres dans l’informatique (plus de 3/5ème de ces recrutements-là sont jugés difficiles).

La sonnette d’alarme récemment tirée par McKinsey se trouve ainsi particulièrement bien illustrée : en France, les « déséquilibres structurels » de l’emploi sont liés à des compétences globalement inadaptées, en « haut » comme en « bas » de l’échelle. Néanmoins, comme le montrait l’enquête de ManpowerGroup sur la pénurie de talents, les postes « peu qualifiés » sont, en volume, les plus difficiles à pourvoir.

BMO - top 10 métiers avec difficultés de recrutementLe tableau ci-contre le montre : parmi les postes particulièrement « qualifiés », ce sont les compétences informatiques qui sont les plus difficiles à trouver : près de deux tiers (62,3%) des projets de recrutement d’ingénieurs, cadres d’études et de R&D informatique ou responsables informatiques sont jugés difficiles - ce sont d’ailleurs les seuls postes d’encadrement figurant dans le « top 10 » des difficultés de recrutement. Ces difficultés sont particulièrement problématiques car ces fonctions sont parmi les plus recherchées par les employeurs français (hors emplois saisonniers).

BMO - métiers les + recherchés & saisonnalité

Une inquiétante pénurie de compétences informatiques

La pénurie de compétences devient patente dans le domaine informatique et il y a matière à s’inquiéter. Car, si près de la moitié des établissements envisagent une progression de leur activité dans les 3 à 5 ans à venir, se montrant ainsi plus optimistes qu’en 2011, Pôle emploi souligne que « de nombreux recruteurs potentiels s’estiment sans recours face aux difficultés de recrutement : plus d’un tiers d’entre eux préfèrent différer l’embauche ». Ainsi, la reprise pourrait être « cassée » par le manque de compétences, notamment informatiques.

BMO_Compétences informatiques - la priorité

Le sujet est d’autant plus important que le BMO confirme l’irrigation de l’emploi par les nouvelles technologies. En effet, la maîtrise des nouvelles technologies est, de loin, la première des compétences que les employeurs veulent développer chez leurs salariés : parmi ceux qui prévoient de nouveaux besoins en compétences pour leur activité, près de 6 sur 10 (58%) citent les nouvelles technologies. Les compétences liées au développement durable ainsi qu’aux services aux entreprises ou à la personne sont également largement évoquées

Une seule solution : la formation

Que faire pour que l’optimisme retrouvé d’une bonne partie des employeurs puisse se traduire dans les faits grâce à des compétences adaptées à leurs projets ? Pour la plupart d’entre eux, la formation représente le meilleur moyen de résoudre leurs problématiques de compétences. Cette confiance dans les vertus de la formation devrait faire le bonheur des salariés.

BMO - compétences - formation plutôt que recrutement

Toutefois, de manière assez surprenante, le crédit accordé à la formation ne se retrouve pas par un recours accru à l’alternance : moins d’un établissement sur 6 envisage de recruter par ce biais. Une illustration de la persistance d’un certain mépris français ? Là aussi, il va falloir agir résolument car, dans l’ensemble, l’enseignement de cette riche enquête paraît clair : il faut de toute urgence trouver des solutions à la « grande inadéquation » et développer une approche de long terme du recrutement et de la formation afin de préparer la reprise qui, sinon, risque d’en décevoir plus d’un.

 

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