Publié le 31 janvier 2013

En France, le chômage n’en finit pas de progresser et la situation ne devrait pas s’améliorer à court terme, faute de croissance. C’est la réalité nationale. Mais si l’on regarde de plus près, à l’échelle territoriale, le dynamisme de nombreux bassins d’emploi est frappant. Certains territoires possèdent d’immenses atouts, sur lesquels il faut capitaliser. Première étape de l’édition 2013 de l’opération "Agissons pour l'Emploi" de la Fondation ManpowerGroup et Pôle Emploi, celui de Toulouse est un des fleurons de cette “France qui gagne”.

La ville rose est fière d’être "so toulousaine", et elle a raison : c’est à Toulouse que les intentions d’embauche sont les plus fortes en France, grâce à un secteur aéronautique très porteur. Tour d’horizon des forces de cette locomotive économique.

Géographie de l’emploi : en Midi-Pyrénées, un salarié sur deux est toulousain

Toulouse la quatrième aire urbaine française. Un habitant de la région Midi-Pyrénées sur trois habite dans son agglomération toulousaine. Ce qui marque l’évolution de l’économie de la région c’est « le développement spectaculaire en étoile de l'aire d'influence de Toulouse », souligne l’INSEE. Ce « réseau d’influence » polarisé irrigue l’ensemble d’une région pourtant très rurale : sur le plan démographique, les couronnes urbaines de Midi-Pyrénées croissent deux fois plus vite que la moyenne nationale.

Cette polarisation vaut aussi pour le marché du travail : l’aire urbaine de Toulouse concentre un emploi salarié sur deux en Midi-Pyrénées. Pour l’économiste Laurent Davezies, Toulouse est un des « fers de lance de la « France qui gagne », productive, dynamique, compétitive », qui sait concentrer ses forces : l’exemple typique d’un écosystème à succès… et contagieux. Certaines entreprises n’hésitent pas à quitter le centre toulousain pour d’autres territoires de la région, comme cette société de maintenance d’équipements embarqués qui s’installe dans une zone industrielle du Gers.

Dynamisme : les plus fortes intentions d’embauche de France

Comparaison emploi salarié Midi-Pyrénées-France selon secteurs

La dernière édition du baromètre Manpower des perspectives d’emploi consacre le Sud et l’Ouest comme les seules zones où les employeurs prévoient plus d’embauches que de réductions d’effectifs, confirmant les résultats du palmarès 2012 des agglomérations les plus dynamiques. De Rennes à Montpellier, on trouve un arc d’agglomérations où des villes « associent dynamisme productif et économie résidentielle forte grâce à leur qualité de vie et leur attractivité », note l’analyste Olivier Portier. Championne parmi les championnes : Toulouse, vainqueur du palmarès, 3ème PIB par habitant français et 1ère en termes de création d’emplois (+29,7% sur 10 ans).

L'embauche est partout

Alors que les perspectives nationales sont pour le moins moroses, le dynamisme de la ville est presque insolent : « Toulouse est le premier bassin de France en termes d’intention d’embauches », analyse Pierre Brossier, responsable études et statistiques Pôle Emploi Midi-Pyrénées. Sur les dix dernières années, l’emploi y a connu une croissance moyenne de près de 3%, bien au-delà de la moyenne nationale et même régionale (1,7%). Un bémol toutefois : la création d’entreprises fléchit. Malgré des initiatives comme la TIC Valley, Silicon Valley toulousaine, la chute est même plus rapide qu’au niveau national.

L’atout numéro 1 : l’aéronautique, locomotive exceptionnelle

La locomotive de l’emploi, à Toulouse, est industrielle : c’est évidemment l’aéronautique, fleuron de l’économie régionale dont la renommée est mondiale. Si trois salariés toulousains sur quatre travaillent dans le secteur des services, c’est en raison du fort effet d’entraînement que l’aéronautique exerce sur toute l’économie de la région : pour trois salariés dans l’aéronautique, il y a deux emplois indirects.

Outre les autres industries (la métallurgie, qui concerne  50% des emplois industriels de la région, l’électronique, la chimie, etc.), ce sont surtout les services (postes scientifiques, techniques et soutien à l’entreprise) qui portent les créations d’« emplois liés ». Résultat : sur le front de l’emploi, la région a un solde positif au troisième trimestre 2012 et sur l’ensemble de l’année (contre -0,1% et -0,4% à l’échelle nationale). De quoi faire pâlir d’envie de nombreuses régions.

Emplois salariés dans la filière aéronautique

Dans l’aéronautique, après deux années 2009 et 2010 difficiles, les carnets de commande se garnissent à nouveau, entre besoin de renouvellement des flottes, recherche de solutions éco-responsables et perspectives offertes par les nouveaux marchés émergents. Les perspectives d’embauche et d’investissement sont revues à la hausse et Toulouse récolte les fruits de sa spécialisation, grâce notamment au pôle de compétitivité Aerospatial Valley, reconnu mondialement pour son excellence. Entre 2010 et 2011, l’emploi salarié dans l’aéronautique a bondi de près de 5% (+4% pour l’emploi industriel en général) en Midi-Pyrénées.

En France, les emplois dans l’industrie ont reculé en 2012. Toulouse est l’une des rares exceptions, et quelle exception ! L’aéronautique est une puissante locomotive : si l’ensemble de l’industrie représente trois fois moins d’emplois que le tertiaire, c’est elle qui porte l’élan des créations d’emplois : +1,7% d’emplois industriels en 2012, contre +0,1% dans les services. Le poids du secteur est sans commune mesure : 62 000 salariés dans la région, dont près de 18 000 à Toulouse rien que pour Airbus, premier employeur devant d’autres entreprises du secteur, Thales, Astrium et Continental Automotive France.

Toulouse trop attractive ?

Toulouse n’a toutefois pas échappé aux effets de la crise : en 2012, le taux de chômage a grimpé de 8% dans la ville. À l’échelle régionale, la tendance et la même – un rythme d’augmentation du chômage légèrement inférieur à la moyenne nationale. Premières victimes, les seniors. C’est la rançon du succès en quelques sortes : Frédéric Toubeau, directeur régional de Pôle Emploi, explique : « nous créons des emplois, mais nous n’en créons pas assez par rapport au flux de population qui arrive sur notre territoire ». En effet, Toulouse gagne 160 habitants par semaine depuis dix ans. Le résultat, c’est un paradoxe saisissant : Toulouse est le bassin d’emploi où les intentions d’embauche sont les plus fortes de France, mais sa région est la huitième en termes de chômage.

En cause : un recul marqué dans le domaine de la construction, des fréquentations touristiques à la baisse et des disparités territoriales problématiques. Le défi principal reste celui des difficultés de recrutement : « Toulouse souffre d’une carence de main d’œuvre qualifiée », regrette Alain di Crescenzo,  président de la Chambre de commerce et d’industrie de la ville. La plupart des secteurs industriels sont frappés par une véritable « pénurie de talents », les ingénieurs sont particulièrement difficiles à trouver.

Le prochain billet de l’Atelier de l’Emploi examinera de plus près ce phénomène, contre lequel la Fondation ManpowerGroup et Pôle Emploi se mobilisent le 5 février.

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