Publié le 23 avril 2012

Le fait est connu de tous et constitue l'une des premières préoccupations des Français dans cette campagne présidentielle : dans notre pays, les jeunes sont en grande difficulté face à l’emploi et ont été les premières victimes de la crise.

Chômage des jeunes en Europe - Commission européenneEntre 2008 et 2010, un million de jeunes sont tombés au chômage en Europe et, aujourd’hui, un jeune européen sur 5 est au chômage – cette proportion étant presque de 1 sur 2 dans certains pays comme l’Espagne. A l’échelle mondiale, le nombre de jeunes chômeurs a enregistré une hausse inédite de 4,5 millions rien qu’entre entre 2008 et 2009. L’UNESCO estime ainsi que, en 2010, le chômage frappait 12,6% des jeunes (contre 4,8% des adultes) dans le monde.

Chômage des jeunes dans le monde

Les pays émergents ne sont pas épargnés : la jeunesse du Brésil, par exemple, connaît un taux de chômage au moins deux fois plus élevé que celui des adultes (10 contre 20%), qui atteint même 52% au Nord-Est du pays. Au Maghreb, les jeunes sont trois fois plus frappés par le chômage que les adultes. Même constat au Moyen Orient, dans les Balkans ainsi que dans les pays de l’ex-Union soviétique.

Fait aggravant : le chômage de longue durée n’épargne pas non plus les jeunes : en Europe par exemple, 28% d’entre eux sont au chômage depuis plus d’un an.

Chômage, chômage de longue durée, emploi à temps partiel, sous emploi - jeunes vs adultes

Enfin, un nombre croissant d’entre eux semblent en grave danger d’exclusion ; au Brésil, par exemple, quelques 40% des jeunes de 18 ans issus des milieux populaires n’ont pas terminé le lycée. Plus largement, le phénomène des « NEET » (pour « not in education, employment or training ») est très préoccupant ; il frappe près d'un jeune européen sur six.

NEET en Europe - Commission européenne

Résultat : une génération « traumatisée » selon l’OIT, « perdue » pour d’autres. Cette marginalisation engendre des frustrations qui rendent la moindre étincelle potentiellement explosive. Raymond Torres, directeur de l'Institut international d'études sociales du BIT,explique ainsi que "dans les deux tiers des pays impactés par la crise, on peut constater une hausse importante de la perte de confiance en l’avenir ainsi qu’un malaise généralement synonyme de tension sociale."

Un dangereux gâchis et des séquelles à long terme

The Cost of ExclusionLes dégâts sont aussi économiques : le « capital humain » se dégrade, les jeunes perdent confiance en eux bien qu’ils soient victimes d’un problème collectif, un cercle vicieux se met en place.  De plus, le temps perdu se rattrape difficilement : de nombreux travaux le démontrent en effet, «  ces situations [...] auront des conséquences durables sur leur avenir », soulignait récemment le directeur général de l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES). Par exemple, l’étude de Prince’s Trust sur le « coût de l’exclusion » nous apprend que les jeunes qui ont connu plus de 26 mois de chômage avant 22 ans gagneront entre 800 et 1250 euros de moins que les autres lorsqu’ils auront 26 ans.  C’est le fameux « effet de scarification » (scarring effect) décrit et dénoncé en France par le sociologue Louis Chauvel.

Consommacteurs, influenceurs, innovation, pénurie : les entreprises ont tout à gagner avec les jeunes

Les choses sont peut-être en train de bouger : "Les entreprises réalisent que si l'on perd une génération, c'est tout un pays qui va perdre de sa compétitivité", indique Françoise Gri, présidente de ManpowerGroup France. C’est pourquoi les actions pour lutter contre ce phénomène se multiplient.

Mais il ne s'agit pas que d’une affaire de responsabilité sociale. Donner leur chance aux jeunes sert l’intérêt bien compris des entreprises :

  • ces derniers sont des « consommacteurs » hyper-connectés qui fournissent de précieuses informations stratégiques (insights) ;
  • ils sont aussi des « influenceurs » qui pourront soutenir la marque employeur sur les réseaux sociaux ;
  • enfin, leur intégration dans l’entreprise constitue, aussi et surtout, un puissant levier d’innovation –premier moteur de la croissance. Il suffit d’observer la moyenne d’âge des salariés dans trois des plus célèbres entreprises innovantes au monde : 26 ans chez Facebook, 31 ans chez Google et 33 chez Apple.

Diversité du capital humain et performance de l'entreprise

« Les jeunes apportent énergie, talent et créativité au marché : personne ne peut se permettre de gaspiller ces ressources », résume l’OIT.

Ainsi, dans le monde entier, beaucoup d'entreprises engagent des actions innovantes pour mettre fin au gâchis du chômage des jeunes en luttant contre la pénurie de compétences - un phénomène qui n'épargne aucun pays.

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