Publié le 10 janvier 2012

"Entre la rue du Martinet et la rue du Fer à Cheval, à Sarcelles : l’Ecole de la Deuxième Chance du Val d’Oise. « Une coïncidence », prévient Jean-Christophe Poulet, directeur départemental. Il ajoute dans un sourire : « ici, pas besoin de manier le martinet ! »

Ici, on s’occupe des jeunes qui sont sortis du système scolaire sans diplôme : les fameux « décrocheurs », mais pas seulement. L’Ecole de la Deuxième Chance accueille des jeunes entre 18 et 25 ans désireux de se remettre à niveau avant d’aller frapper à la porte des employeurs. Et ça marche : 78% des stagiaires qui passent par l’Ecole en sortent avec un contrat."

Le blog "La Machine à trier" est allé à la rencontre du directeur et de jeunes bénéficiaires de l'Ecole de la Deuxième Chance du Val d'Oise. Voici la suite de l'article.

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Comment se retrouve-t-on dans une Ecole de la Deuxième Chance, et qu’y cherche-t-on ? Pascale Bissonnet-Leverbe, responsable de la structure, insiste avant tout sur le manque de confiance et le déficit d’image des jeunes qui arrivent dans son établissement :

E2C95 J-C Poulet

"Ils arrivent souvent chez nous en nous disant qu’ils sont nuls, qu’ils ne savent pas faire ci ou ça. Notre travail, c’est avant tout de leur redonner confiance, leur dire qu’en croyant en leurs capacités, ils vont y arriver."

Corinne, 20 ans, a déjà connu plusieurs expériences professionnelles, notamment dans la mode, sans y trouver son compte. Puis elle en a eu assez que les autres décident de son orientation professionnelle à sa place. Elle a enfin un projet qui lui plaît, développé à l’Ecole : devenir machiniste à la RATP. Mais encore aujourd’hui, elle doute :

« Je n’ai jamais eu de grandes réussites, par rapport à mon parcours scolaire, aux notes… et puis je me décourage trop vite. Encore maintenant, je n’y crois pas trop. Mon problème numéro 1, c’est ma confiance en moi. »

"Moi j'ai eu de la chance. Pour les autres, il n'y a rien"

La confiance, les recruteurs en manquent aussi. Mmah, jeune guinéenne de 23 ans, est arrivée en France il y a trois ans. Contrairement à Corinne, elle regorge de confiance en elle. Cela ne suffit pas toujours :

"Je compte bien être la première Guinéenne de Gonesse à devenir agent d’accueil ! Mais pour l’instant, on ne me donne pas ma chance."

jeunes E2C Val d'Oise

Sophie a 19 ans et souhaite devenir serveuse. Elle a déjà un peu d’expérience mais la met sur le compte de sa bonne étoile :

"Moi j’ai eu de la chance, certaines personnes m’ont ouvert des portes. Mais pour les autres, il n’y a rien. Plus les jeunes rencontrent de portes fermées, plus ils saturent."

Une confiance en soi qui déserte, une image renvoyée souvent caricaturale – "quand les médias parlent de nous, c’est toujours quand il se passe quelque chose de mal" - et des jeunes qui se disent que, de toute manière, ils ne sont bons à rien. Ce qui ressort des entretiens, c’est que ces jeunes revoient trop tôt leurs ambitions à la baisse. Réaliser leur rêve ? Impossible : ils n’en ont plus. C’est ce à quoi l’Ecole tente de remédier.

Jean-Christophe Poulet nuance. Il ne s’agit pas de leur tendre la main, ils veulent pouvoir se prendre en main :

"Les jeunes ne sont ni désespérés ni nuls. Simplement, ils ne veulent pas qu’on se moque d’eux, ils ne veulent pas qu’on fasse semblant avec eux. Quand ils sont en stage, ils veulent vraiment apprendre un métier. Quand ils sont en remise à niveau, ils veulent vraiment se remettre à niveau."

Jean-Christophe Poulet va ensuite plus loin :

"Ces jeunes ne réclament pas un filet social, ces jeunes ils réclament un « vrai » travail, pas un emploi aidé. Ils veulent bosser !"

 

>>> Le blog "La Machine à trier - Radiographie d'une jeunesse divisée - Quelles solutions?"

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