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Enseignement et entreprise, (enfin) le mariage de raison ?

Au début de l’automne, un Conseil national éducation économie (CNEE) sera finalement installé par le Premier ministre Jean-Marc-Ayrault. Voulu depuis sa nomination par le ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, qui y voit un « lieu pour réfléchir ensemble aux évolutions des métiers, de nos formations et pour écouter les besoins des entreprises », le Conseil, selon un décret paru fin juin, sera « chargé d’animer une réflexion prospective sur l’articulation entre le système éducatif et les besoins du monde économique et un dialogue permanent entre leurs représentants ». Un énième conseil de réflexion ? Place à l’action ! Le CNEE est chargé de « proposer des mesures propres à améliorer la relation entre la formation, la qualification et l’emploi pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes »

Parmi ses 26 membres du Conseil, qui sera présidé par Jean-Cyril Spinetta, ex-PDG d’Air France, cinq représentants des employeurs et cinq chefs d’entreprises seront particulièrement chargés de porter la voix des « compétences favorables à l’innovation et à l’esprit d’initiative ». Mais le développement de l’esprit d’entreprise à l’école, vantée lors des Assises de l’entrepreneuriat au printemps, n’est pas ici l’essentiel.

Professionnalisation : vieux pot…

Le cap, c’est avant tout l’insertion professionnelle des étudiants. Vincent Peillon (à partir de 9’30 » ci-dessus) critique la culture de l’école en France,« trop abstraite, qui sépare trop les disciplines « nobles » et les autres plus engagées vers la professionnalisation technique ». Le ministre veut une école ouverte à « la culture générale et à l’épanouissement de soi, mais aussi aux métiers ».

Le constat fait depuis longtemps consensus : une enquête de McKinsey décrivait l’an dernier les « univers parallèles » qui cloisonnent jeunes, enseignants et employeurs. Une enquête de l’AGEFA PME réaffirmait récemment que 78 % des dirigeants de PME et 54 % des enseignants, estiment les élèves « mal préparés par le système » à la vie professionnelle.

Ces mêmes dirigeants de PME déplorent les nombreux freins au développement de l’enseignement professionnel, alors même ce sont les savoir-faire et compétences techniques que les employeurs affirment avoir le plus de difficultés à dénicher – dans le monde entier et a fortiori en France.

… nouvelles soupes ?


Ces dirigeants croient également de plus en plus à l’apprentissage (71%, +14 en 8 ans), une orientation partagée par Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur, qui a annoncé vouloir doubler le nombre de formations en apprentissage (de 9 à 20% dans le supérieur). Cette mission de professionnalisation de l’enseignement a été confiée à une autre nouvelle instance, le Comité Sup’Emploi, dont le lancement en septembre a été annoncé par la ministre à l’occasion de l’université d’été du Medef.

Nouvel espace de rencontre pour l’école et l’entreprise, le Comité Sup’Emploi sera, à l’image du CNEE de l’Education nationale, multipartite et présidé par deux chefs d’entreprise. En affichant son ambition de « rapprocher les formations supérieures des besoins économiques », « Sup Emploi » concrétise une rupture dans la manière d’approcher la relation école/entreprise. Dans cette approche, l’entreprise vient « à la rescousse de l’université »  pour servir de sert de nouvel horizon à la formation initiale : si celle-ci n’a pas vocation à être au service de l’économie, c’est en s’appuyant sur la demande et les besoins en recrutement qu’elle jouera pleinement son rôle de préparer l’avenir des jeunes.

Des programmes adaptés aux besoins de recrutement

S’offrir une expertise sur l’évolution des métiers et les mutations de l’économie pour mieux faire coïncider la formation initiale avec les réalités et besoins du marché du travail : ce changement de perspective s’observe aussi dans la raison d’être du CNEE, qui s’attaquera, dans ce cadre, à la refonte de plusieurs centaines diplômes et de la carte régionale des formations.

S’interrogeant sur la place des professionnels dans la conception des diplômes… professionnels, le CEREQ concluait en 2012 que les professionnels étaient « très présents » pour définir leur activité, mais « rarement en appui des enseignants dans la phase d’écriture du référentiel de compétences ». En clair : les diplômes, même professionnels, ne sont pas conçus pour aboutir à des compétences directement en prise avec les besoins des entreprises.

 


Face au phénomène mondial des difficultés de recrutement, la Commission européenne lançait récemment un panorama des compétences, pour mieux informer et anticiper l’évolution des métiers et des qualifications requises… et faire répercuter ces mutations dans les offres de formation ?

L’anticipation des métiers de demain est la clé pour des formations « professionnalisantes » : cet exercice va de la prospective au suivi plus régulier de l’évolution des métiers et à l’écoute des besoins en main-d’oeuvre des entreprises. Plusieurs syndicats ont pointé le risque d’aboutir à des formations trop pointues et circonscrites à des compétences risquant de devenir obsolètes : face à l’écueil de formations trop centrées sur les débouchés, se dresse la nécessité d’ouvrir l’enseignement à des compétences globales. Plus encore que la culture générale, l’heure est aux compétences dites « transférables » (soft skills), pour des diplômés prêts à s’adapter aux mutations permanentes de leurs savoir-faire et de l’économie.

Les entreprises déjà dans l’action

Intervenant au Cercle du Leadership dans une conférence consacrée à la relation chaotique entre emploi et éducation, Alain Roumilhac fait de l’action un impératif face à une conjoncture toujours morne pour l’emploi : « Que faire sur le court terme ? A défaut de pool de talents accessibles, comment former les talents dont les entreprises ont besoin ? »  Le Président de ManpowerGroup France réaffirme que les « métiers en tension » (aux besoins non-satisfaits par les formations, et qui recrutent) constituent un axe de premier plan pour l’action concrète. L’annonce faite lors de la Conférence sociale de juin d’un plan de 30 000 formations prioritaires pour résorber le stock d’emplois non-pourvus va dans cette direction.

Cercle vertueux Pen Breizh

Les outils existent : les enquêtes (sur les pénuries de talents) et les baromètres d’anticipation (prévision des employeurs) donnent des clés de compréhension sur les mutations des besoins en compétences. Mais il est aussi possible d’encourager les moments de rencontre entre les « univers parallèles » et de soutenir des dispositifs innovants, via notamment le mécénat de compétences (voir un exemple avec la Fondation ManpowerGroup pour l’emploi).

Des initiatives directement pilotées par l’entreprise existent déjà : Le Pacte pour l’emploi numérique en Bretagne (Pen Breizh), mis sur pied par ManpowerGroup en collaboration avec l’université de Bretagne, Pôle Emploi et des entreprises, forme ainsi 500 talents, directement en prise avec les besoins spécifiques d’entreprises du numérique dans bassins d’emploi locaux. 

Bâtir des parcours vers l’emploi, en concertation avec différents acteurs de l’entreprise ou de l’école, cela fait d’ailleurs partie des 6 engagements pour l’emploi, pris par 60 grandes entreprises, dont ManpowerGroup, réunies dans l’Association française des entreprises privées.

Mariage heureux ?

[encadre]La création de ces deux instances par le gouvernement résonne comme un appel du pied à de nombreuses initiatives qui ne sont pas nouvelles : les « Entretiens enseignants-entreprises » ont ainsi fêté fin août leur dixième anniversaire. L’événement annuel, qui vise à rapprocher les deux mondes et invite les entreprises à former des enseignants, a mobilisé plus de 80 grands groupes ; il permet ainsi de fournir des cas d’entreprise, concrets et actualisés, réutilisables dans les contenus pédagogiques, notamment dans des disciplines mouvantes comme l’économie où les professeurs sont parfois livrés à « l’auto-formation ».

Frédéric Monlouis-Félicité, délégué général de l’Institut de l’entreprise, qui organise ces entretiens, s’est fendu fin août d’une tribune enjoignant à l’action : stage en entreprise pour les professeurs, parrainage de lycées par des entreprises locales pour créer un écosystème propice à la création d’emplois, attribution d’un siège à un représentant du monde de l’entreprise au conseil d’administration des lycées, etc.

La problématique est prise à bras le corps. Au-delà de l’Institut de l’entreprise, de nombreux think-tanks ont formulé des propositions :

Les pistes ne manquent pas pour que du mariage les acteurs des deux mondes se retrouvent en pleine lune de miel !

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