Publié le 1 février 2016

ENTRETIEN. La start-up Supermood a été repérée par la cellule de veille en innovation RH de ManpowerGroup, «Eclaireur Office», et a rejoint l’open-communauté de 40 start-up expertes en ressources humaines, avec lesquelles ManpowerGroup collabore tous les jours.

A seulement 24 ans, Kevin Bourgeois a lancé Supermood, une start-up qui a pour vocation d’améliorer la culture d’entreprise grâce à des outils de sondages du personnel dédiés aux Directions des Ressources Humaines. Le concept ? Sortir des interminables questionnaires annuels de satisfaction pour proposer, à un rythme hebdomadaire, des questionnaires ludiques de 3 questions rapides qui se distinguent par leur ton. Répondant aux attentes de transparence et d’engagement dans l’entreprise des nouvelles générations, ce questionnaire 2.0 fait de la culture d’entreprise une question de tous les jours.

Vainqueur du challenge #Rmstouch, la jeune start-up compte déjà Total, Labrador ou Zalando parmi ses clients, Une performance impressionnante pour une entreprise lancée en août 2015....

 

HReview. Quel est le concept de Supermood ?

Kevin Bourgeois (Supermood). C’est un retour au postulat selon lequel pour bien manager, il faut déjà... savoir ce qu’il se passe dans l’entreprise ! Notre objectif, avec Supermood, est d’aider les managers à mieux comprendre leurs collaborateurs, et surtout leurs attentes vis-à-vis de la culture d’entreprise. C’est une application web qui envoie trois questions par semaine à tous les salariés d’une entreprise, et auxquelles ils vont répondre de façon anonyme. Pour résumer, il s’agit pour nous d’aider à améliorer la culture d’une entreprise grâce à trois questions simples par semaine !

Ensuite, chaque mois, nous faisons remonter les données aux DRH, le tout accompagné de conseils pour intervenir sur ce qui ne va pas. Nous mesurons une dizaine de facteurs différents : l’espace de travail, la relation avec mes collègues, les managers, l’impact que j’ai sur l’entreprise, mon évolution dans l’entreprise, ma vision de l’entreprise, le bonheur… Et chaque semaine, nous en abordons un différent, avec des questions différentes. Ces questions peuvent être très précises, comme « Est-ce que vous pouvez vous isoler au calme dans votre entreprise ? » jusqu’à des choses plus larges et ouvertes à l’interprétation comme « Je m’amuse au travail » ou « Qu’est-ce qui rendrait mon entreprise plus magique ?».

Tout au long du mois, le DRH ou le top manager peut voir les résultats en direct, et chaque mois un rapport est généré.

HReview. Comment sélectionnez-vous ces trois questions ?

Nous travaillons main dans la main avec des DRH pour les créer. Ce qui est important, c’est l’ordre dans lequel ces questions vont être posées : au départ, nous commençons très souvent par traiter la question de l’espace de travail. S’il y a un problème, cela suscite de l’inconfort tous les jours, mais c’est quelque chose de relativement simple à changer... contrairement à la vision d’entreprise, une question plus large et plus difficile à résoudre.

Pour simplifier, je dirais que nous remontons une sorte de pyramide de Maslow de l’engagement, du plus élémentaire – et facile à régler – au plus délicat. L’algorithme s’adapte à chaque entreprise : si vous avez des mauvais résultats sur un point, les prochaines questions reviendront dessus.

HReview. Quel genre de conseils livrez-vous à l’issue de ce questionnaire ?

Aujourd’hui, beaucoup de bonnes pratiques RH sont un peu faites au doigt mouillé. Nous ne délivrons que des bonnes pratiques validées par des experts et qui reposent sur une base scientifique, en psychologie ou même en mathématique – ou des case studies d’entreprise qui ont surmonté des problèmes similaires. Parfois, nous donnons aussi des idées d’outils, notamment digitaux : si vous avez trop de mails, nous allons vous proposer une liste d’outils pour résoudre le problème. Nous nous inscrivons dans tout un écosystème de start-up, et il nous arrive aussi de mettre les entreprises en relation avec nos partenaires : si elles ont un problème de management, nous avons, par exemple, un partenaire qui fait du potager d’entreprise (Ciel, mon radis !), ce qui permet d’animer une petite équipe et d’améliorer l’ambiance !

HReview. Comment les DRH se servent-ils de ces conseils ?

Nous détectons très vite ce qui ne va pas – y compris de façon très concrète. Chaque semaine, deux des trois questions sont fermées et se voient attribuées une note de 1 à 5. La dernière question sert à recueillir des suggestions : « Qu’est-ce que vous feriez à la place de votre manager pour améliorer telle chose ? ». Comme les salariés sont ravis de faire plein de suggestions, il ne reste plus qu’au manager à les lire et à les comprendre. Par exemple, si 400 personnes en ont émis le souhait de mettre des plantes vertes, cela permet au manager ou au DRH de les satisfaire facilement. Supermood permet vraiment de repérer des quick wins.

Les DRH peuvent également suivre l’évolution d’une problématique dans le temps, sur toute l’année : dans le cas d’un problème préalablement identifié de capacité à s’isoler pour travailler, ceux-ci ont mis en place une politique pour que les gens puissent se reposer et s’isoler. Trois mois après, ils reposent la question et pourront constater si l’effet recherché a été obtenu ou non. La culture de l’entreprise fait ainsi désormais l’objet d’un monitoring constant. Supermood permet de mesurer une évolution et donner une idée permanente et statistique du climat dans une entreprise donnée.

Ce passage de questions fermées à des questions ouvertes permet véritablement d’engager les collaborateurs, car cela montre qu’ils sont non seulement écoutés, mais aussi qu’ils participent vraiment à un grand brainstorming  pour trouver des solutions. Les salariés sont très contents de donner leur opinion et de proposer des solutions.

HReview. Sur quelle durée suivez-vous les entreprises ?

Le minimum, pour nous, c’est 6 mois. Mais notre but, c’est que l’entreprise l’utilise durablement. Car la culture d’entreprise est, par définition, quelque chose qui change tout le temps : il suffit d’une nouvelle recrue pour que tout puisse changer, en positif comme en négatif. Cela nécessite donc qu’on ne la quitte pas des yeux ! Notre méthode fait de la culture d’entreprise un enjeu de tous les jours.

HReview. Pourquoi cette fréquence hebdomadaire est-elle primordiale ?

Il faut que ce soit plus fréquent que l’enquête annuelle dont les résultats arrivent souvent quand il est déjà tard... Résultat, les collaborateurs ne se sentent pas impliqués dans des actions mises en œuvre trop de temps après et ils y répondent de moins en moins... Le rythme hebdomadaire crée un rituel, c’est un petit peu le point culture entreprise du vendredi ! C’est cette idée forte qui nous permet d’obtenir des taux de réponses élevés.

HReview. Comment se déroule la collaboration avec un grand groupe comme ManpowerGroup ? 

Ça se passe très bien ! Ce que nous apportons à ManpowerGroup, c’est notre côté start-up : nos méthodes de management sont différentes, nous sommes tous des Y chez Supermood. De l’agilité et de la fraîcheur, en somme ! Ce qu’ils nous apportent en retour, c’est la force de l’expérience, la crédibilité du réseau. Ça nous permet aussi de comprendre la « vraie vie », comprendre où se trouvent les barrières pour, à notre tour, apprendre à nous structurer. ManpowerGroup nous apporte son réseau, et les membres de l’équipe éclaireur office avec qui nous travaillons sont devenus des partenaires très proches !

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