Publié le 10 avril 2015

« Tout va toujours plus vite que prévu », rappelle, en exergue, le rapport « Big data et objets connectés » que vient de publier l’Institut Montaigne. Car si l’ampleur de cette «  nouvelle révolution industrielle » a fait l’objet de nombreuses analyses, la question de la vitesse de réponse aux enjeux en est une autre. Si la France est jugée capable de devenir « un acteur de premier plan » dans la révolution en cours, l’Institut souligne que le temps presse : « Comment accélérer le mouvement et concrétiser le potentiel économique estimé ? ». D’autant plus que la connectivité s’accélère : selon l’ONU, plus de données ont été créées en 2011 que dans toute l’histoire de l’humanité. Et ce ne seront pas moins de 212 milliards d’objets qui pourraient être connectés d’ici 2020...

Pour relever le défi, l’adaptation des compétences et des ressources humaines à ces nouveaux besoins figure dans les cinq axes majeurs de développement pour espérer faire de la France le champion espéré. Comment saisir cette opportunité économique ? Gros plans sur les grandes évolutions RH à venir.

Répondre à la pénurie des talents 

La France doit anticiper ses besoins à venir dans l’économie du numérique. La pénurie de compétences dans l’informatique est un problème connu. Selon une enquête réalisée par Pôle Emploi en 2014 sur les Besoins en main d’œuvre, c’est la catégorie « Ingénieurs, cadres études et R&D informatique » qui affiche – d’ores et déjà - les plus grandes difficultés de recrutement...

Lire Pénurie de talent : difficulté des employeurs, bonheurs des informaticiens ?

Pour remédier à cette carence, le rapport insiste sur l’importance cruciale d’encourager l’attractivité de la filière : « Le système éducatif français fait face à une désaffection et des problèmes d’orientations dans le domaine scientifique », analyse-t-il, pointant du doigt l’impact très négatif sur la croissance des technologies de l’internet des objets de cette pénurie de compétences. Et si ces filières ont commencé à développer leur attractivité, c’est la question du rythme qui est mise en avant : « Le volume de candidat n’augmente pas suffisamment vite, ce qui accroît les tensions sur le marché du recrutement », soulignait Cap Digital dans son Baromètre des métiers du numérique de janvier 2015.

Former aux nouveaux métiers de la Data

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Toute la question est là : comment renforcer les compétences liées au Big Data et aux objets connectés ? Aujourd’hui, et ce malgré plusieurs initiatives, les MOOCs restent le « moyen privilégié pour s’auto-former à la Data Science » grâce à leur facilité de mise en place et leur agilité. Mais comment généraliser et accélérer l’apprentissage pour créer une véritable filière professionnelle ? L’enjeu est d’autant plus délicat qu’il s’agit d’une discipline encore en mouvement, tant dans ses technologies que ses métiers.

Le rapport souligne deux pistes intéressantes :

  • Former mieux, former plus tôt : certaines initiatives sont saluées par le rapport, notamment l’école 42, école gratuite financée par Xavier Niel ouverte en 2013, ainsi que l’introduction de l’informatique comme matière de spécialité dans les nouveaux programmes de lycée depuis la rentrée 2012. Mais pourquoi ne pas introduire l’informatique dans les programmes scolaires... dès 5 ans « comme au Royaume-Uni ? », va jusqu’à proposer l’Institut.
  • Accroître les formations en entreprise : le rapport propose également l’implantation de « programmes de transformation digitale de l’entreprise dans le catalogue des organismes de formation (OPCA) ».

Mais le point nodal reste la conception même des nouveaux métiers de la Data et en particulier, la démocratisation du Chief Data Officer de demain, ces fameux CDO (ou Administrateurs des données), véritables chef d’orchestre (lire mouton à 5 pattes) : un « mélange de « mathématicien et de développeur », qui doivent aussi « disposer d’une solide expérience managériale afin d’expliquer aux différentes divisions l’intérêt d’une gestion transversale des données ». En résumé, le CDO est l’un des futurs pilotes de l’entreprise numérique à venir, fruit d’une formation « équilibrée entre compétences techniques et business, incluant une dimension managériale responsable et une vision stratégique ». Le rapport préconise d’encourager l’émergence de ce poste dans tous les grands groupes, et place le CDO directement au comité exécutif.

Lire Y a-t-il un pilote dans l’entreprise numérique ?

Intégrer les profils scientifiques dans l’entreprise

« Les Data-Scientists doivent avoir une place dans l’entreprise », expliquait Gilles Babinet à l’Atelier de l’emploi en mars dernier, à l’occasion de la sortie de son nouvel ouvrage, Big Data, penser l’homme et le monde autrement, et qui a co-président la rédaction du présent rapport avec Robert Vassoyan, Directeur Général de Cisco France. Mais comment intégrer des profils souvent issus du monde de la recherche ? Les entreprises ont un véritable rôle à jouer dans la valorisation de ces carrières, encourage le rapport, sans quoi il paraît difficile de résorber de la pénurie de compétences qui touche le secteur : « Sans être gratifiées par des carrières plus rémunératrices, les formations scientifiques et techniques sont de plus perçues par les étudiants comme demandant plus d’efforts que celles menant par exemple aux métiers de la banque et du conseil ». C’est le cas de l’Allemagne qui est prise en exemple d’intégration des doctorants dans l’entreprise, grâce à une coopération plus développée entre le système éducatif et le monde de l’entreprise, notamment grâce à l’alternance.

Lire : Gilles Babinet : « Les Data-Scientists doivent avoir une place dans l’entreprise »

Au final, le rapport réitère sa foi dans la possibilité pour le citoyen, l’Etat et les entreprises de « saisir, en confiance, toutes les opportunités économique et sociétales » de cette révolution numérique. Et cela ne doit exclure ni les TPE, ni les PME, qui ne disposent pas forcément des moyens nécessaires pour tenir le rythme. Au contraire : le rapport préconise la mise à contribution de tous les pôles de compétitivité et fédérations professionnelles pour permettre « de se réinventer à l’aune de la numérisation de l’économie ». Sans perdre plus de temps.

Crédit photo  : BiblioArchives ; Richard Masoner/ licence CC BY 2.0
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