Publié le 20 mars 2015

ANALYSE. Les jeunes générations, instables par nature ? L’enquête « Les jeunes et l’emploi » tord le cou à cette idée reçue. Pour aller plus loin et mieux cerner le rapport des jeunes à l’emploi, mieux vaudrait-il, d’ailleurs, considérer qu’il existe en réalité deux jeunesses…  

Le baromètre Les jeunes et l’emploi, réalisé par Opinion Way pour Prism’Emploi, confirme une tendance apparemment paradoxale :  aujourd’hui, « les jeunes » recherchent la sécurité…tout en étant prêts à prendre des risques. Mais pour bien comprendre les attentes des générations Y et Z, attention aux généralisations : dans les faits, la jeunesse française est coupée en deux.

Une nouvelle génération qui étonne par le classicisme de ses aspirations

Qui sont les jeunes de moins de 25 ans, que l’on dit ultra-connectés, particulièrement exigeants, rétifs à la hiérarchie et en quête d’autonomie - au point de chambouler les codes du travail ?  « J'ai dû convaincre mon directeur des systèmes d'informations d'offrir à mes stagiaires un accès privilégié au réseau, pour accroître leur autonomie », témoigne Fabienne Arata, directrice générale d'Experis IT (marque de ManpowerGroup). A l’aise avec les dernières technologies, travaillant en mode projet, ces jeunes présentent en effet un nouveau défi pour les managers et les RH. « Ca valait le coup : ils ont excellé dans leur projet et remotivé tout mon service, avec leur capacité virale à s'emparer de n'importe quel défi », poursuit Fabienne Arata, qui a accueilli six jeunes stagiaires de l’école 42.

Des jeunes plus souples et plus mobiles : le baromètre le confirme, ils  sont prêts à sortir de leur zone de confort : 60% d’entre eux envisagent en effet de s’expatrier pour trouver un emploi. Sur ce point, les diplômés comme les moins qualifiés se rejoignent. Comme sur un autre : tous sont prêts à « accepter » de l’instabilité en début de carrière.

Ces « jeunes » sont-ils si différents de leurs aînés ? Loin de certains clichés, le travail arrive en deuxième position des « valeurs essentielles dans la vie », derrière la famille… mais devant les amis. Pour 86% des jeunes interrogés, la réussite professionnelle est déterminante pour « réussir sa vie ».

Une fracture entre « deux jeunesses », selon le niveau de diplôme

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Les jeunes se montrent globalement pessimistes : seulement 17% des répondants se disent optimistes face à la situation de l’emploi en France. Mais la confiance revient quand l’on descend vers le « micro » : 62% d’entre eux sont optimistes quant à la situation de l’emploi dans le secteur d’activité auquel ils se destinent.

Derrière ces chiffres se cache une fracture entre deux jeunesses, l’une urbaine et qualifiée, l’autre plutôt rurale et peu armée de qualifications : c’était déjà le diagnostic établi par La machine à trier. Comment la France divise sa jeunesse, publié la première fois en 2011 et réédité en 2013, qui pointait alors la mise à l’écart des jeunes sans qualifications.

Des inégalités qui commencent à l’école et qui ont des répercussions sur l’insertion à l’emploi des non diplômés et des décrocheurs, dans un pays qui voue un véritable culte au diplôme et un système social qui ne remplit pas sa mission à l’égard des plus fragiles. Ce « dualisme » ne fait que renforcer la « frustration qui, par contrecoup, atteint leur sentiment d’appartenance à la société, leur civisme, et alimente la défiance envers la démocratie et la tentation de la radicalité », analysaient alors les auteurs de l’ouvrage, études à l’appui.

Cette coupure transparaît dans le sondage Opinion Way. Commentaire de Olivier Galland, sociologue et co-auteur de La machine à trier. Comment la France divise sa jeunesse : «  le clivage ne fait que se renforcer, notamment parce que la situation des non diplômés s’est détériorée. Les non diplômés sont en effet plus pessimistes et moins attachés aux valeurs du travail et de la famille : ils prennent acte de leur éloignement relatif à ces deux institutions ».

 



La Machine à trier : urgence par ManpowerGroupFrance


 

 

 

Le chômage n’est pas un « problème de jeunes ». Pour les bac +2 et plus, c’est même le plein emploi, ou presque. « Le chômage ne serait donc pas une fatalité des jeunes, mais un problème de qualifications », explique David Thesmar, professeur à HEC et co-auteur de Marché de l’emploi : la grande fracture. Attention toutefois : c’est bien à l’école que tout commence, et beaucoup reste à faire pour éviter le décrochage et aider les jeunes à se former vers l’acquisition de compétences répondant aux besoins des entreprises.

L’intérim, un allié vers la sécurité

Dans la construction de leur parcours professionnel, les jeunes visent avant tout la sécurité…et sont prêts à passer par des phases d’instabilité pour l’obtenir. Une première tendance est frappante, par rapport à l’image d’Epinal d’un « jeune » ayant la bougeotte : une majorité de ceux qui ont été interrogés par OpinionWay envisagent d’exercer toute leur vie le même métier et dans la même entreprise.  « La culture de la mobilité professionnelle n’a pas gagné la jeunesse, qui a, elle aussi, une conception statutaire du marché de l’emploi », constate Olivier Galland. « Cette vision souligne une fonctionnement très clivé du marché où le CDI reste l’objectif prioritaire ». Pour résumer : si les jeunes acceptent l’instabilité en début de carrière, celle-ci représente un investissement dans l’optique de l’obtention de ce Graal que représente – à tort – le CDI.

Le CDI rassure, et pourtant. « Ceux qui sont en CDI sont plus inquiets que ceux qui sont CDD : ils ont en effet plus à perdre. Si on regarde les chiffres sur l’ensemble de la population française, on s’aperçoit que les fonctionnaires sont les plus inquiets. C’est par peur du déclassement. La société française est très statutaire, et cela génère de la peur : la peur de perdre son statut mais aussi la peur de ne pas y accéder », analyse François Roux, délégué général de Prism’emploi

Pour autant, pour près des deux tiers des jeunes interrogés (64% très exactement), l’intérim représente un bon moyen de construire leur parcours professionnel, que ce soit en début ou en cours de carrière. A noter toutefois, le CDI intérimaire jouit d’une faible notoriété : seuls 34% en ont déjà entendu parler. Mais une fois entrés dans le vif du sujet, 70% jeunes déclarent alors être intéressés par ce type de contrat. Un bon compromis alliant flexibilité et sécurité.

> Retrouvez l'infographie de Prism'emploi 

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 Crédits images : Fran Simo et Paul Simon / Flickr / Licence CC BY NC SA
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