Publié le 7 décembre 2016

Ubérisation, économie à la demande, freelancisation… la transformation numérique pose de nouveaux défis pour assurer le progrès social dans une société bouleversée par l’accélération technologique. Comment concilier les deux et, peut-être, avancer vers une véritable « symbiose » ? Une question débattue lors des « Rencontres Capitales 2016 ».

« Progrès économique et technologique = progrès social : trouver la bonne équation ». C’était la question posée lors d’une table ronde des Rencontres Capitales 2016, qui se sont tenues les 26 et 27 novembre 2016.  Pour en débattre, de nombreuses personnalités issues du monde intellectuel mais aussi de la politique, de la recherche, de l’emploi et de la technologie, qui réunissait Marie-Vorgan Le Barzic (Numa), Alain Roumilhac (ManpowerGroup France), Daniel Cohen (économiste), Gérald Karsenti (HPE France), Frédéric Mazzella (BlablaCar) et Bernard Meunier (Académie des sciences).

Quand le progrès technologique menace le progrès social

Notre société est-elle capable d’engager tous les individus autour du projet proposé par la société numérique ? Daniel Cohen fait remarquer que les précédentes révolutions industrielles ont eu des impacts variables sur la cohésion sociale :

« Le XIXe siècle a vu naitre la machine à vapeur, le rapport Villermé faisait alors état de la paupérisation de la classe ouvrière. On ne peut pas lire Dickens et se dire qu’il s’agissait d’une époque de bien-être social. A l’inverse, avec la seconde révolution industrielle, on voit bien que la société de consommation transforme les conditions d’existence des individus. Et là, il y a eu une symbiose entre progrès technologique, progrès économique et bien-être social. La question est de savoir : où est-ce que l’on est ? A quelle période se rapproche le plus la nôtre ? »

Aujourd’hui, face à la transformation numérique, un défi nouveau se pose aux entreprises, comme le souligne Alain Roumilhac, Président de ManpowerGroup France : « Aujourd’hui, le problème majeur qui se pose aux acteurs économiques est le suivant : l’offre n’est plus en adéquation avec la demande d’emploi. La conséquence : le marché du travail a de plus en plus tendance à se polariser entre ceux qui ont les bonnes compétences pour demain et ceux qui ne les ont pas ». Pour Alain Roumilhac, cette fracture des compétences est un défi à relever dès maintenant au risque de voir la situation se rapprocher de la première révolution industrielle plutôt que de la seconde.

Face à ce constat, c’est « la cohésion de toutes nos sociétés qui est menacée », ajoute-t-il. Pour autant, la révolution digitale rend accessible de nouveaux outils dont on peut percevoir, et évaluer dès aujourd’hui, les bénéfices sociaux.

Des innovations technologiques sources de bénéfices sociaux pour tous

Optimisation de la consommation

La révolution numérique bouleverse nos modes de consommation d’une manière inattendue. Elle permet de faire des économies, d’allouer les ressources existantes différemment : « AirBnb ne construit pas de nouveaux logements, il gère l’existant autrement » ponctue Daniel Cohen, une manière d’optimiser l’utilisation des biens tout en permettant aux individus de se doter de nouvelles sources de revenus.

Même constat concernant Blablacar, le service de covoiturage qui optimise l’usage du parc automobile français et mondial : « Au fil des années, nous sommes passés de la voiture familiale à la voiture individuelle, en incitant les foyers à en acheter une par personne, pour en vendre quatre fois plus ! À côté de cela, on voit les effets de la pollution, de la consommation d'énergie, qui ne nous emmènent pas dans la bonne direction », explique Frédéric Mazella. Une tendance d’autant plus problématique qu’en moyenne, les voitures restaient inusitées en moyenne 95% du temps. Ainsi, la révolution numérique permet de transformer des externalités négatives en externalités positives : « Au-delà du simple bénéfice privé pour les usagers, le fait même de prendre un covoiturage c’est, d’une part, contribuer à la réduction du trafic et de la pollution, et d’autre part, c’est l’occasion de faire se rencontrer des individus qui n’auraient peut-être jamais été amenés à croiser. Le bénéfice social est immédiat ! » conclut Frédéric Mazzella.

Le monde à la portée de chacun

« Ce qui a changé fondamentalement notre société, c’est la cinétique » explique Bernard Meunier. Une vitesse et un rythme d’innovation qui poussent les entreprises à challenger et repenser sans cesse leurs modèles d’organisation. Pour Bernard Meunier, ce phénomène est symbolisé par un objet entré dans la vie de tous : le smartphone. « Sur les dix ou quinze dernières années, les performances permises par les smartphones dépassent largement ce que l’on pouvait imaginer avec les premiers ordinateurs. Avec un terminal comme ceci, nous avons désormais les moyens de discuter facilement et rapidement de l’implantation d’une filiale n’importe où dans le monde », détaille Bernard Meunier, qui souhaite que cette rapidité soit dorénavant appliquée aux « prises de décisions sociétales, syndicales et politiques ». Ce discours n’est pas sans rappeler celui de Nicolas Sekkaki, PDG de IBM France, qui rappelait en Septembre dernier que la puissance de calcul contenue dans le moindre de nos smartphones était plus importante que celle de n’importe quelle des fusées du Programme Apollo.

La formation pour tous

Dans un monde où la connaissance double tous les 7 ans, le fondement de l’apprentissage ne peut plus être l’assimilation de savoirs qui deviennent obsolètes au moment même où on les apprend.  Aujourd’hui, il faut continuellement « apprendre à apprendre ». Cette démarche passe d’abord par l’école et se poursuit tout au long de la carrière et de la vie des individus grâce notamment à la prolifération de solutions d’E-Learning accessibles à tous (mooc, microlearning, serious games etc…) : « Nous devons apprendre à vivre dans un monde où tout peut être remis en cause à tout moment. Il faut accepter l’idée de la formation permanente, tout au long de la vie » explique Alain Roumilhac.

Un nouveau paradigme d’apprentissage auquel les organismes de formation doivent faire face pour accompagner cette transformation numérique, et veiller à embarquer tous les individus. Au cœur de cet espoir, les nouvelles générations qui, pour Gérald Karsenti, « sont particulièrement en quête de sens » : « C'est un point fondamental de nos jours, il faut donner du sens à ce que l’on fait autrement on court le risque de laisser des générations entières sur le bas-côté. »

En somme, les entreprises doivent ainsi œuvrer à l’adaptabilité de tous pour que chacun puisse se saisir des formidables opportunités de la révolution digitale : car si la société numérique est une société de potentialités, c’est également une société ouverte au potentiel de chaque individu. Pour Marie-Vorgan Le Barzic, directrice générale de Numa Paris, « Aujourd’hui, quand les entrepreneurs décident d’entreprendre, c’est pour changer le monde… à leur mesure ! ».

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