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Nouvelle donne de l’emploi : la certitude de l’incertitude

Le chômage frappe aujourd'hui 200 millions de personnes et la croissance n'est pas de retour. A Davos, ManpowerGroup a alerté les entreprises sur les conséquences de l'ère d'incertitude absolue qui s'est ouverte. L'entreprise du 21ème siècle devra se construire autour d’un seul objectif : valoriser le talent humain.

“Le pire est terminé (…). Le monde sait gérer ses crises” : ces confidences récoltées par Le Figaro auprès de nombreux décideurs de Davos ont été perçues par certains comme la manifestation d’un  “optimisme inquiétant”. En réalité, personne n’a fanfaronné à Davos : Pascal Lamy, le directeur général de l’OMC, s’est dit “prudemment pessimiste” pour 2013, et les chefs d’entreprises, interrogés par PwC déclarent reprendre très légèrement confiance dans l’économie mondiale… tout en se montrant moins optimistes pour la croissance de leur propre entreprise.

S’il fallait un slogan pour résumer ce 43ème Forum économique mondial, on retiendrait volontiers la phrase de Christine Lagarde, directrice générale du FMI : “ça passe ou ça casse”. Finalement, ce qui est certain…c’est l’incertitude ! Guère rassurant… Dans cet environnement chaotique, ManpowerGroup publie un livre blanc pour aider les entreprise à adapter leur organisation et leur fonctionnement à cette nouvelle donne.

200 millions de chômeurs et une seule certitude

Avec plus de 200 millions de chômeurs dans le monde, c’est très certainement l’emploi qui paie le prix fort de cette incertitude économique – et ce chiffre pourrait encore grossir, avertit l’OIT. Les jeunes sont les premiers touchés : dans le monde, les 2/5ème des demandeurs d’emploi – soit environ 80 millions – ont moins de vingt-quatre ans.
Le chômage va s'aggraver selon l'OIT

Rana Foroohard, éditorialiste au Time, résume bien le sentiment qui ressort de Davos sur ce plan :


L’emploi est un problème auquel les responsables politiques n’ont pas la solution (…). C’est le sujet qui vient en dernier de la plupart des discours politiques ici, à Davos.”



La destruction créatrice détruit actuellement bien plus qu’elle ne crée

Mais, contrairement à ce que croient certains, Davos n’a pas ignoré – loin de là – le chaos de l’emploi. Rana Foroohard en témoigne : “les entreprises, elles, entretiennent un dialogue constructif sur l’emploi et les pénuries de talents”. Elles prennent peu à peu conscience de cette “certitude de l’incertitude”, et de ce processus de “destruction créatrice” à l’œuvre sur un marché du travail largement mondialisé ; mais trop souvent, leur mode de fonctionnement s’avère encore insuffisamment adapté à cette nouvelle donne.



Signe de ce mouvement perpétuel, le vaste mouvement de délocalisations et d’externalisations vers les pays émergents, à l’œuvre depuis les années 80, pourrait s’atténuer. En France comme aux Etats-Unis, des entreprises “relocalisent”, se rendant compte que le coût du travail n’est pas tout : les dépenses logistiques, la qualité de la main-d’œuvre, le temps de transport pèsent aussi dans le rapport avec les avantages d’une main d’œuvre meilleur marché. La Chine pourrait même bientôt ne plus être l’atelier du monde, et l’Inde, « la SSII » de la planète, est confrontée à une industrialisation de l’IT qui pèse lourdement sur la croissance des créations d’emploi dans le domaine informatique.

Externalisations-délocalisations-relocalisations

Nous n’avons encore rien vu du nouveau monde

Finalement, la seule chose probable, c’est que rien ne redeviendra jamais comme avant. Les réalités démographiques, l’émergence d’une classe moyenne mondialisée et consumériste, l’usage croissant des technologies : le monde du travail restera durablement et profondément instable – retour de la croissance ou pas. D’ici 2020, 70% du PIB mondial viendra des pays émergents, six des dix pays leaders en termes de croissance économique ces dix dernières années sont africains, et en 2015 la Chine sera passée devant la France comme premier partenaire commercial de l’Allemagne

Quels seront les impacts sur le marché du travail de ces lames de fond ? Un point leur est commun sans doute : l’innovation – donc le talent humain. Mais résoudre la “Grande Inadéquation” des compétences disponibles par rapport aux besoins des employeurs n’est pas pour demain : le chômage de masse cohabitera encore avec des pénuries de talents croissantes car nos systèmes ne sont pas prêts pour la nouvelle économie numérique – la “seconde économie” – et encore moins pour la “troisième”, l’économie de la collaboration. En Europe tout particulièrement, les jeunes sont les premières victimes de ce décalage entre les compétences délivrées par les systèmes de formation et les besoins des entreprises d’aujourd’hui.

Transformations numériques

Une nouvelle réalité quotidienne : la pénurie de Talents

L’année dernière, en France, près d’un employeur sur trois déclarait éprouver des difficultés à recruter pour leurs postes-clés, et 43% de ceux qui prévoyaient de recruter pendant l’année anticipaient qu’il leur serait difficile de trouver les bons profils – plus d’un tiers d’entre eux préférant alors différer leurs projets…



En Europe, cette pénurie inquiète particulièrement la Commission européenne car elle bride le potentiel de création d’emplois dans le secteur numérique. Cette rareté, et cette « troisième économie », sont une opportunité pour les talents qui savent tirer parti de la nouvelle donne technologique.

Réactivité, vitesse, agilité : des valeurs cardinales

Face à ces bouleversements, les entreprises comme les gouvernements n’ont qu’une option : s’adapter à cette ère d’incertitude absolue. En France, la réforme du marché du travail doit être l’amorce d’un mouvement beaucoup plus profond : il faut viser la réactivité maximale, la vitesse, l’agilité. Les entreprises doivent repenser leur organisation de fond en comble et réviser leurs réflexes pour se construire autour d’un seul objectif : valoriser le talent humain.


C’est l’objet du Livre Blanc « Leading in the Human Age » que ManpowerGroup a publié à Davos cette année. Portrait-robot de l’entreprise de demain.

L’entreprise – communautés collaboratives

Internet et les réseaux sociaux bouleversent nos économies et les relations humaines. Les entreprises doivent en prendre conscience et entrer de plain-pied dans l’ère de la collaboration pour stimuler l’innovation et permettre aux individus de s’épanouir pleinement.


Les hiérarchies doivent s’aplatir pour valoriser l’échange et la formation « par les pairs ». Les entreprises doivent s’organiser en “communautés”. Les cadres intermédiaires auront un grand rôle à jouer pour mettre en œuvre cette transformation. Les dirigeants eux aussi doivent apprendre à collaborer pour prendre les bonnes décisions.

Les hiérarchies plates, horizontales

Cet état d’esprit partenarial doit se retrouver dans l’engagement des entreprises dans l’éducation : contre les pénuries de Talents, les partenariats ambitieux comme il en existe à New York et qui se développent partout dans le monde doivent se multiplier – pour répondre aux besoins du moment comme pour préparer l’avenir. C’est tout un jeu d’équilibriste que l’entreprise du 21ème siècle doit savoir mener, entre réactivité maximale et anticipation.

La perfection n’est pas de ce monde : détecter le potentiel de développement

L’entreprise qui réussira demain saura être agile au présent tout en ayant les yeux rivés sur le futur. Elle adoptera et suivra une stratégie tout en sachant se montrer pragmatique. Pour ses recrutements, elle ne cherchera pas le mouton à cinq pattes mais détectera le potentiel de développement. Elle formera ses salariés, non pour ses besoins du moment mais pour le rôle qu’elle projette pour eux demain.




L'entreprise de demain

>>> Pour en savoir +

Leading in the Human Age - Couverture Livre Blanc

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  • Les relocalisations industrielles aux Etats-Unis, par The Economist : description d’un phénomène nouveau et analyse.

> Crédits images :

  • Graphique des projections de l’OIT sur l’emploi partagé par Tim Fernholz
  • Graphique “externalisations-relocalisations” et visuel “transformations numériques” par The Economist.