Publié le 2 novembre 2012

Cette semaine de l’emploi a de nouveau fait la part belle aux discussions autour de la compétitivité. Temps de travail, clusters d'innovation, potentiel du numérique, les enjeux français du moment sont aussi à regarder à la lumière des débats américains. Et outre-Atlantique, un des défis majeurs, posé avec optimisme, est celui de la compétitivité énergétique...

Les 35 heures : quel tabou ?

Que le rapport Gallois propose ou non de revenir sur les 35 heures, comme nous le relevions vendredi dernier,  force est de constater que le sujet a de nouveau été brûlant cette semaine.

Si Laurence Parisot propose une durée du travail établie de façon conventionnelle, Michel Sapin est venu affirmer que "supprimer les 35 heures, c’est supprimer les heures supplémentaires, c'est travailler plus pour être payé moins". Alors que 40 % des salariés des TPE travaillent 40 heures ou plus par semaine, le ministre du Travail préconise le dialogue social et des aménagements au cas par cas dans les entreprises, où, rappelle-t-il, "quand ça va bien, on peut travailler plus" et "quand ça ne va pas, baisser la durée du temps de travail peut être une solution". Alternatives Économiques argumentait déjà que cette "organisation temporelle plus flexible", consécutive aux 35 heures, avait permis à la France d'être un des pays ayant "le plus réduit ses coûts salariaux unitaires", améliorant ainsi sa compétitivité-prix.

Paris-Saclay, écosystème d'innovation

Au-delà des questionnements sur le temps de travail,  la compétitivité est aussi affaire de qualité. Et si la France ne se classe que 21ème du Global Competitiveness Report du Forum économique mondial, elle est dans la moyenne haute en termes d'innovation. La France brille en fait surtout dans le critère "infrastructures", un des points forts soulignés cette semaine lors du VIIème Forum pour l'Innovation et la Recherche de Paris-Ile de France Capitale Economique, en présence du Premier ministre, de trois ministres et de nombreux chefs d'entreprise.

Motif de satisfecit ? Paris-Saclay, ce "cluster" (territoire où se concentrent institutions de recherche et financements) né il y a 20 ans, et considéré aujourd'hui comme un "écosystème d'innovation" majeur dans le paysage européen. Parmi les perspectives d'avenir, identifiées par une étude sur les meilleures pratiques internationales, une "connexion directe et rapide entre le cluster et les centres névralgiques et/ou décisionnels de la métropole". L'enjeu vital des infrastructures recoupe l'objectif plus général de mieux relier les centres économiques. Faut-il lire en ce sens la promesse de Jean-Marc Ayrault de débloquer un millard d'euros, "s'il le faut", pour le métro automatique du Grand Paris ?

Comment faire mentir Solow ?

Michel Barnier, présent lors de ce Forum, publiait par ailleurs mardi un communiqué de presse présentant ses solutions pour "mettre l'Europe au service de la compétitivité et de l'innovation". Sa perspective est d'en finir avec le vieux paradoxe du Prix Nobel d'économie Robert Solow : « On voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité ».

La productivité passe l'investissement et, pour l'ancien ministre, celui-ci doit se tourner vers la R&D et la technologie, avec notamment l'ambition d'un marché unique numérique. Refusant d'opposer court terme et long terme, il prône ainsi "une politique industrielle européenne moderne", centrée autour de l'innovation des PME et des "communautés de l'innovation et de la connaissance" (les "Kics") telles que Paris-Saclay.

Le numérique, moteur de croissance en France ? C'est aussi l'ambition de Tariq Krim, fondateur de Netvibes et Jolicroud, qui formule pour Le Point.fr cinq idées pour l'innovation à l'ère du numérique.  Parmi celles que nous relevions mercredi : la programmation informatique dès la classe de 6ème, une université du numérique en ligne, gratuite et diplômante, ou la nomination d'un directeur technique à l'échelle nationale, fixant une politique technologique cohérente

La compétitivité est aussi un débat énergétique

Quid de la politique énergétique ? Depuis plusieurs semaines, les débats autour de la compétitivité n'esquivent pas, bien au contraire, la transition énergétique. Cela vaut en France, pour le gaz de schiste, qui, après sa mention dans l'attendu rapport Gallois, a agité le début de la semaine des "twittos" : l'appel des patrons de l'AFEP à François Hollande, qui avait été précédé par celui d'une vingtaine d'industriels, n'est pas passé inaperçu.

... mais aussi aux États-Unis, où l'ouragan Sandy a mis sur la table une question environnementale jusque-là relayée au second plan. Outre l'exploitation des gaz de schiste, qui mettra en difficulté l'industrie pétrochimique européenne, c'est aussi et surtout l'enjeu de la transition énergétique qui mobilise cette fin de campagne. Barack Obama, dans un discours à DesMoines, privilégiait déjà cette piste pour redorer la compétitivité américaine, affirmant qu' "un pays qui contrôle les nouvelles sources d'énergie aura un avantage compétitif dans les 10, 20, 30 prochaines années".

La transition énergétique fait évoluer le besoin en compétences

Le soutien inattendu du maire de New York, Michael Bloomberg, né des efforts relatifs du Président Obama dans la réduction des émissions de carbone, ne fait pas oublier l'enjeu économique et social qui attend toujours le futur président américain, quel qu'il soit. Le taux de chômage, au plus bas depuis 2009 mais en quasi-stagnation en octobre, est évidemment une préoccupation de premier plan.

Certains analystes rappellent que le secteur de la fracturation hydraulique a créé 60 000 emplois depuis 2008 aux États-Unis, ce qui, de surcroît, permettra à moyen terme d' "augmenter le nombre de postes bien rémunérés destinés à la main-d’œuvre industrielle qualifiée". S'il porte sur une révolution énergétique qui concerne plus les nouvelles formes d'énergies fossiles que les technologies vertes (dont Barack Obama avait fait une des priorités de son plan de relance), cet optimisme illustre toutefois bien combien les perspectives sont stimulantes. Et combien l'enjeu de la compétitivité est aussi celui des compétences : mener les jeunes vers les technologies semble donc être une priorité.

Pour répondre aux besoins en haute qualification, Barack Obama avait lancé en juin dernier l'Advanced manufacturing partnership (AMP), un "partenariat gouvernement-universités-entreprises, doté de 500 millions de dollars". Pour son éventuel second mandat, il souhaite orienter son programme Race to the top aux filières scientifiques et technologiques (les "STEM"), en engageant 100 000 professeurs de mathématiques et de sciences et en approfondissant la formation professionnelle. Ce que ne renie pas Mitt Romney...

Les twittos de la semaine :

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