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Voyage au pays des synergies : numérique et redressement productif en Bretagne

La Bretagne doit être pro-active pour rester compétitive sur le long terme. Aujourd’hui, on assiste au retour de la puissance publique dans le développement de la région, avec le déploiement d'une multitude de bonnes pratiques : de la formation à la mutualisation, il s'agit de faire profiter du numérique l'économie de la région tout entière. Voyage au pays des synergies...

Grandes entreprises, PME innovantes, technopoles créateurs d’emplois, laboratoires de recherche de pointe… la Bretagne a construit un véritable écosystème de l’innovation numérique. Mais les transformations technologiques vont très vite, les acteurs de la  région doivent être proactifs s’ils veulent rester compétitifs sur le long terme. Aujourd’hui, on assiste au retour de la « puissance publique » dans le développement de la Bretagne, alors qu’elle avait laissé les structures privées devenir le moteur de l’innovation. Car il ne s’agit plus seulement d’un enjeu de filière de pointe « isolé » mais d’un programme global, d’une mutualisation des énergies qui, du recrutement au financement en passant par la formation, doit profiter à l’ensemble de l’économie régionale – donc à toute la France. Voyage au pays des synergies.

Les PME se transforment, les compétences aussi

Avec le progrès technologique, les besoins des entreprises en compétences se transforment. Chez Cequad, PME spécialiste de l’assemblage de cartes et de systèmes électroniques, le câblage offrait hier des débouchés à des profils peu qualifiés ; mais aujourd’hui, « tout est miniaturisé et ne peut plus être soudé à la main. Nous formons les anciens câbleurs à d’autres postes, mais nous n’en recrutons plus », explique Nathalie Bouillon, Directrice administrative et financière. L’évolution de Cequad vers le conseil tire les compétences vers le haut, mais elles tendent à se raréfier : « La formation  n’est pas toujours en phase avec nos besoins. Le BTS devient de plus en plus généraliste et le niveau technique diminue. Le personnel doit être de plus en plus polyvalent et avoir des capacités d’analyse. Ce sont des profils difficiles à trouver pour des PME. » La Bretagne est frappée par la « grande inadéquation » des compétences : les « candidats au profil inadéquat » sont la première source de difficulté des recruteurs.

Les profils technologiques sont à la fois les plus recherchés sur le bassin rennais et la deuxième catégorie la plus difficile à recruter dans la région. Face à ce paradoxe qui ne frappe pas que la Bretagne, le Syntec numérique a récemment publié un tableau de bord des métiers du secteur, qui montre que les conditions de travail et de rémunération y sont fort attractives. Mais cela ne suffira pas, la MEITO (Mission pour l’électronique, l’informatique et les télécommunications de l’Ouest) alerte : les formations ne sont plus adaptées aux besoins des entreprises régionales, mettant en péril leur compétitivité. Les PME innovantes sont particulièrement pénalisées par cette pénurie de talents sur laquelle elles butent alors qu’elles sont en pleine croissance, donc en phase de création de fonctions, mais l’enjeu vital pour l’ensemble de l’économie : au niveau mondial, 90 % des emplois feront appel à des compétences technologiques en 2015.

Formations innovantes et GPEC : face à la pénurie de talents, anticiper

En Bretagne, une PME sur cinq – dans l’industrie notammentdéplore un manque de connaissances technologiques qui freine l’innovation. Première piste d’amélioration : agir sur l’appropriation des usages numériques pour accélérer la performance des entreprises. La Région finance ainsi le programme « Performance Bretagne Informatique et Internet » (PB2I), qui vise à accompagner les talents des PME dans leur mise en œuvre et leur appropriation des nouveaux outils technologiques. Dans le cadre de ses investissements d’avenir, elle soutient également de nombreux projets innovants de formation, afin d’adapter cette dernière aux évolutions des besoins. Son C@mpus numérique (formations à distance, partage de contenus entre établissements, etc.) fait d’elle une pionnière de l’enseignement de demain. Des plateformes d’e-learning performantes comme Skoden facilitent aussi la formation continue dans les PME.

Mieux former : un enjeu de taille pour la Bretagne, qui doit encourager les reconversions de salariés de l’industrie « classique » vers l’industrie de pointe. Fonctionnant en écosystème, les pôles de compétitivité de la région peuvent mener des politiques de GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) territoriales efficaces, en articulant les besoins en ressources humaines des PME locales, et en favorisant la porosité entre les filières.

Par exemple, France Télécom-Orange a récemment lancé sa politique de GPEC territoriale, en définissant 85 « bassins GPEC ». Plus locale, cette approche permet de remonter une information précise sur les besoins en compétences là où elles sont – dans les bassins d’emploi –  pour, à terme, cartographier des parcours professionnels au niveau de chaque territoire. Concrètement, un salarié pourra visualiser les parcours possibles sur son bassin d’emploi en fonction de son métier. La cellule rennaise « Activ’Emploi », elle, a pour mission d’anticiper les mutations économiques et technologiques, afin d’anticiper les besoins en compétences – et mieux organiser les mobilités

Un stratégie de synergies entre filières pour redresser l’industrie bretonne

Pour redresser son industrie, la Bretagne compte sur le dynamisme de sa filière numérique. La Région cherche à favoriser les coopérations inter-filières, elle a notamment structuré le dialogue de ses acteurs dans le cadre de l’agence Bretagne Développement Innovation, née en 2011 de « la volonté de se doter d’un processus d’impulsion et de coordination des changements à opérer pour développer l’économie régionale et accroître l’attractivité du territoire », de la Meito, des technopoles…

En favorisant les projets collaboratifs entre grands groupes, académies et PME, on accélère efficacement l’innovation : deux tiers des PME bretonnes appartenant à un « groupe » déclarent avoir innové entre 2008 et 2010, un résultat supérieur à la moyenne des autres régions françaises. Les économies permises par cette mutualisation sont précieuses, le premier frein à l’innovation des PME bretonnes étant son coût : 60 % des PME bretonnes ont du renoncer à innover pour des raisons financières.

Accompagner l’innovation, l’enjeu est crucial : si la Bretagne fut un leader de la « première génération » numérique, elle a mal saisi le virage de la mobilité individuelle, n’a pas été motrice dans la révolution 2.0, ni dans le domaine des jeux vidéo. Pour ne pas se laisser rattraper, la Région pousse (par la communication, le financement, le courtage des technologies, les places de marché, etc.) le développement d’activités dans trois domaines stratégiques :

  • L’Internet du futur : Internet des contenus et Internet des objets
  • La production de contenus et de logiciels audio-visuels de pointe
  • Les objets électroniques intelligents

Elle améliore aussi la proximité entre la recherche publique, l’industrie et les PME, afin d’augmenter la création de valeur issue des travaux de recherche, sous forme notamment de transfert de technologies vers des PME. Le numérique n’est pas le seul secteur concerné, loin de là : tout l’enjeu du redressement productif en Bretagne, est de créer des synergies avec les autres filières industrielles, dans une logique gagnant-gagnant.

  • Vues des TIC, les autres filières offrent un champ d’expérimentation local essentiel avant de s’exposer au marché mondial.
  • Vues des autres filières, les TIC accélèrent la croissance : elles apportent des gains de productivité et des services nouveaux. Par exemple, pour les acteurs de la filière agro-alimentaire rassemblés au sein du pôle de compétitivité Valorial, le numérique peut solutionner de nombreux problèmes liés à la sécurité alimentaire, la gestion des stocks, la traçabilité, etc. La filière TIC, avec son lot de technologies de pointe (RFID, Internet, GPS, capteurs…), doit lui permettre de gagner encore en qualité et en productivité, au bénéfice de l’ensemble de la chaîne : agriculteurs, éleveurs, industries, hypermarchés.

Enfin, le big data sera peut-être la prochaine révolution de l’ « internet industriel » : les données numériques sont « l’or noir » de demain. Parmi ses dix chantiers phares pour une Bretagne numérique, la région prévoit justement la libération des données publiques. L’objectif : mieux diffuser la connaissance du territoire grâce à GéoBretagne dans un premier temps, puis favoriser la création de nouveaux services par les acteurs économiques.

Par « l’acte 2 » de sa renaissance numérique, la politique de développement économique de la Région Bretagne vise in fine à l’empowerment des acteurs privés, ceux-là mêmes qui avaient initié la première : la boucle est bouclée ! La logique qui préside à ce nouveau cercle vertueux a de beaux jours devant elle dans toute la France, à l’heure où la crise des finances publiques menace sérieusement les territoires. Ces propos de la Ministre de l’Egalité des Territoires Cécile Duflot, tenus hier dans Le Journal du Dimanche, en témoignent :

« Il s’agit de changer de logique, en mutualisant les moyens des opérateurs publics. L’enjeu est aussi de mixer proximité et haute technologie. Élargir la couverture numérique est aussi décisif que de faire la carte des TGV dans les années 1970. »

Les technologies de l’information et de la communication sont-elles l’avenir de l’emploi en Bretagne ? Les experts et acteurs majeurs en débattent à Rennes mardi.

>>> Pour en savoir + :

> Visuel utilisé en Une de ce billet tiré de la vidéo « L’économie numérique en Bretagne », par Bretagne Développement Innovation