Publié le 16 octobre 2017

Le transhumanisme et l’ubérisation seraient-ils les deux faces d’une même pièce ? Pour Luc Ferry, les liens entre ces deux mouvements, même s’ils n’apparaissent pas immédiatement, sont étroits. Avancées technologiques, bouleversements économiques, impacts sur l’emploi… Autant de conséquences sur la société que l’ancien ministre explore dans son dernier ouvrage et qu’il a exposées, le 3 octobre 2017, à l’occasion de la Matinale Right Management.

« Augmenter » l’intelligence humaine, la productivité et même la longévité de l’être humain grâce aux biotechnologies, c’est la promesse du transhumanisme, un courant qui intervient à l’ère de l’ubérisation de tous les secteurs économiques. Dans son dernier ouvrage, « La Révolution Transhumaniste. Comment la technomédecine et l’uberisation du monde vont bouleverser nos vies » (avril 2016, Plon), Luc Ferry propose une lecture transversale de ces bouleversements et de leurs conséquences sur notre société.

Si, comme l’indique Jean Giboudeaux, Directeur Général de Right Management, nous faisons face à une « opportunité inédite de démultiplier les forces », des questions cruciales se posent à nous. De quelles manières la convergence du transhumanisme et de l’économie dite « collaborative » peut-elle transformer notre monde ? Comment concilier high-tech et humain ? Comment s’y préparer et en tirer le meilleur ?

Une nouvelle donne faite de convergence

Après la Troisième révolution industrielle, impulsée par les progrès des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) et l’invention du Web, le monde se trouverait-il aux prémisses d’une Quatrième révolution industrielle ? Plusieurs mouvements simultanés semblent en mesure d’induire une dynamique de changement :

  • La réinvention de la mobilité avec le développement des véhicules autonomes grâce aux progrès de l’IA.
  • L’ubérisation du monde, ou l’économie collaborative. Un nouvel ordre économique qui se caractérise notamment par la difficulté pour les nouveaux entrants de s’y faire une place.
  • Le transhumanisme, un courant intellectuel né aux Etats-Unis, qui prône l’augmentation de l’humain, qu’il s’agisse de son intelligence, de sa longévité ou de sa performance.

Au carrefour de ces trois mouvements se trouvent incidemment les mêmes innovations technoscientifiques, les Nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives (NBIC).

Ces infrastructures techniques, que constituent l’Internet, le Big Data, l’intelligence artificielle, les imprimantes 3D, ou encore la robotique, se trouvent par ailleurs être financés par les mêmes acteurs : les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) et leurs homologues chinois, les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi).

Autre point de convergence notable : un nouveau fondement philosophique. Il s’agit de (re)donner aux humains la maîtrise de leur destin individuel « dans des pans entiers du réel (maladie, vieillesse, handicap), qui appartenaient encore naguère à l’ordre de la fatalité », détaille Luc Ferry.

Les transhumanistes, pour qui il est grand temps de corriger les inégalités naturelles, envisagent ainsi la fabrication d’une « post-humanité », grâce à l’accroissement des capacités physiques, mentales ou reproductives. Un humain « augmenté », qui serait alors en capacité de se mesurer à l’intelligence artificielle.

Des impacts incertains sur la société et l’emploi…

L’ubérisation de l’économie d’une part, et l’avènement de la voiture autonome, d’autre part, s’inscrivent dans une « destruction créatrice » d’emploi typiquement schumpétérienne, mais qui s’accélère.

Ainsi, avec le déploiement annoncé des véhicules autonomes, 3 millions d’emplois de chauffeurs routiers seraient menacés aux Etats-Unis. La diminution drastique des accidents de la route promise par le véhicule autonome remet également en cause le modèle économique des assureurs.

« La primauté de l’intelligence artificielle dans la plupart des secteurs ne va aller qu’en se renforçant, accentuant cette destruction d’emplois », affirme Luc Ferry. Alors que « la data devient le véritable pétrole de cette nouvelle économie, il est impossible pour les humains de traiter ces masses phénoménales de données.»

Alors que la blockchain pourrait bientôt remplacer les notaires et que l’IA pourrait détecter les cancers mieux que les cancérologues, faut-il pour autant céder au fatalisme ou au découragement ? Non. Car des solutions existent.

… qu’il faut anticiper et encadrer

L’une de ces solutions passe par la réhabilitation de l’idéal philosophique de régulation à destination des domaines concernés. Mais alors que l’innovation ne connaît pas de frontière, cet effort de régulation doit s’inscrire dans le cadre européen, sinon international.

Si l’innovation ne peut être arrêtée, il faut s’y adapter, en encadrant ses développements, mais surtout en préparant les générations futures à des métiers non concurrencés par l’IA. Des métiers demandant des compétences proprement humaines, mêlant créativité et habilité manuelle, par exemple, soit autant de domaines à priori peu susceptibles d’être impactés par les révolutions en cours. En d’autres termes, la fin du travail, annoncée par certains, n’est pas pour demain !

 

Dans ce nouveau contexte, le temps est venu de protéger les personnes plutôt que les emplois. « Aujourd’hui, priorité est ainsi donnée à l’employabilité et à la carrière : nous sommes passés du désir d’un job pour la vie au souci de réussir son parcours », abonde Jean Giboudeaux, Directeur Général de Right Management.

Il apparait d’autant plus nécessaire de protéger les individus, notamment en investissant massivement dans la formation continue et en la repensant pour faire face aux défis des nouvelles technologies.

« Il faut accepter l’idée de la formation permanente, tout au long de la vie. Chaque individu est co-responsable, avec son entreprise, de son employabilité, cette capacité d’un individu à détenir une compétence toujours utile et monnayable sur le marché, lui permettant de s’adapter », souligne Alain Roumilhac, Président de ManpowerGroup France.

Alors que l’obsolescence des compétences s’accélère, il devient donc crucial d’« apprendre à apprendre » et de stimuler son employabilité, un état d’esprit d’innovation sociale qu’il nous appartient de développer dès la formation initiale, conclut Luc Ferry.

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