Woman ingeneering

Ecarts de rémunérations hommes-femmes : le manque d’ingénieures en cause ?

Les écarts de rémunérations hommes/femmes s'expliquent notamment par une + forte présence des femmes dans les fonctions les moins rémunérées. Dans le même temps, une véritable pénurie de femmes ingénieures, notamment dans l'informatique, voit le jour. 2 phénomènes liés?

Demain, jeudi 8 mars, c’est la journée de la femme. Au chapitre des bonnes nouvelles, le baromètre annuel de Capitalcom indique que le nombre d’entreprises fixant des objectifs chiffrés en matière de mixité a doublé et que la part des femmes dans les Comités Exécutifs a progressé de près de 25% en 5 ans !

Au rang des nombreux progrès qui restent à effectuer, la liste est plus longue :

Ecarts salariaux hommes-femmes Europe

De son côté, le cabinet de conseil Mercer a étudié les écarts de rémunération des dirigeants. Ceux-ci se sont accentués partout en Europe et, en France, les femmes cadres supérieurs gagnent - toutes choses égales par ailleurs - 8 % de moins que les hommes. On apprend, de manière peut-être un peu surprenante, que les écarts sont moins marqués en Italie – pourtant souvent présentée comme un pays « machiste ».

Un révélateur de la difficulté des entreprises à se tourner vers l’avenir ?

Sur son blog, Françoise Gri (présidente de ManpowerGroup Europe du Sud) expose sa vision de l’enjeu :

« Pour moi, les femmes dans l’entreprise ce n’est pas seulement « travail égal, salaire égal » c’est aussi une nouvelle façon de concevoir notre avenir. Car, souvent, l’absence des femmes aux postes clés de l’entreprise révèle la culture et la difficulté de celle-ci à se tourner vers l’avenir, vers le monde de demain. […]

Le risque est que les dirigeants d’aujourd’hui choisissent les dirigeants de demain, à leur image et que l’entreprise se recroqueville dans son image d’elle même. Attitude de confort mais qui ne crée ni contradictions, ni dynamiques nouvelles. Et encore moins rupture ou accélération. »

Les écarts de rémunération chez les dirigeants : une question de fonctions ?

L’étude de Mercer avance une analyse de ces écarts persistants : parmi les cadres supérieurs, les femmes seraient plus fortement présentes dans des fonctions moins rémunérées : les fonctions support, RH et communication notamment.

Qualifications pros

Tiendrait-on là une explication « palpable » des écarts ? On pourrait le penser, quand on analyse la sous-représentation des femmes parmi les ingénieurs – qui fournissent largement le bataillon des dirigeants, notamment en France : l’accroissement des écarts de rémunération des dirigeants est concomitant de la baisse de la part de femmes parmi les ingénieurs ces dernières années.

Cette tendance n’est pas propre qu’à la France : aux Etats-Unis, la proportion de femmes ingénieures est passée de 20,4 % à 18,1 % entre 2003 et 2007.

Plus de femmes ingénieurs pour faire face à la pénurie

Un constat inquiétant, d’autant que la pénurie d’ingénieurs est une crainte partagée par bon nombre d’entreprises et d’institutions depuis quelques années -même l’Unesco s’en alarmait, en 2010. Une crainte fondée : en 2011,  les ingénieurs sont le 4ème profil que les employeurs ont le plus de mal à trouver en France.

Pour faire face à la pénurie, les universités françaises veulent pouvoir former des ingénieurs ; mais cela ne traitera pas le cœur du problème : le déficit de « vocations » chez les femmesLe Nouvel Economiste montrait en effet que c’est avant tout au niveau de l’attractivité, de l’image des métiers de l’ingénierie, qu’il faudrait agir pour former plus de femmes ingénieures. Une analyse partagée par Jean-Marie Simon, Vice-Président du groupe ATOS, en charge des ressources humaines au niveau mondial, dans son interview à l’Atelier de l’Emploi TV, et probablement par EADS, par exemple,  qui a développé un programme spécifique pour attirer les femmes vers ces métiers.

Pénurie de talents féminins dans l’informatique alors que les différences de salaires y sont les plus faibles

La même problématique est à l’œuvre dans le secteur particulier de l’informatique – pour lequel une « pénurie de talents » est crainte par le Syntec numérique également : les femmes y sont sous-représentées. Pourtant, l’étude Mutationnelles (la référence en matière de parité hommes/femmes dans l’informatique et les télécommunications) soulignait, en 2011, que c’est dans les fonctions informatiques que la différence de salaires entre les femmes et les hommes est la plus faible en France (- 8%).

Alors qu’il s’agit là-aussi avant tout d’un problème d’image, la solution est d’agir dès le plus jeune âge.

Face à la pénurie : lutter dès le plus jeune âge

Woman laptopAu début des années 80, l’informatique était le domaine le plus féminisé des écoles ingénieurs et, il y a dix ans seulement, les écoles spécialisées comptaient entre 30 et 40% de femmes dans leurs promotions. Les temps ont changé : les femmes représentent désormais moins de 10% des étudiants dans les écoles d’informatique.

L’informatique constituerait même la seule discipline scientifique a avoir enregistré une très forte chute de la proportion de jeunes femmes selon la spécialiste Isabelle Collet. Une affirmation corroborée par le directeur de l’école Epitech qui, dans un article de ZDNET, indiquait que « la situation s’aggrave toujours ».

Le résultat, souligné par l’étude Mutationnelles – la référence en la matière – de 2011 :

« La filière des Services et Technologies de l’Information et de la Communication, bien qu’étant parmi les plus porteuses en termes d’emplois, attire moins de candidates qu’il y a trois ans : -5% d’effectifs de femmes formés entre 2007 et 2010. »

« Nous ne pouvons pas nous priver de 50% des talents dans un métier d’avenir comme le nôtre »

L’enjeu est de taille  : il y a quelque temps, des études estimaient en effet que l’Europe devrait manquer chaque année de quelques 70 000 spécialistes d’ici 2015. Alors que, rien qu’en France, les créations nettes d’emploi de ce secteur sont d’environ 10 000 par an, la sous-représentation des femmes constitue donc un réel souci, que résumait bien le directeur d’Epitech interrogée par ZDNET :

« Nous ne pouvons pas nous priver de 50% des talents dans un métier d’avenir comme le nôtre. »

Mutationnelles 2011Alors que, par ailleurs, c’est dans le secteur du numérique que l’employabilité des femmes ingénieures est la meilleure, comment comprendre une si faible attractivité des métiers informatiques pour les jeunes femmes ? Il ne semble y avoir aucune raison intrinsèque aux métiers informatiques ou à leurs conditions d’exercice justifiant une telle surreprésentation masculine. Dans des pays asiatiques comme la Malaisie, les femmes sont même plus nombreuses que les hommes dans les écoles et les fonctions informatiques.

La faible attractivité du secteur informatique, une question d’image avant tout

Il semble que les sous-effectifs féminins dans les études informatiques sont liés avant tout à l’image du secteur. Dans sa thèse sur « la masculinisation des études d’informatique :  savoir, pouvoir et genre », Isabelle Collet a ainsi montré que ce sont avant tout les représentations qui sont en cause ; pour inverser la tendance, il serait donc « déterminant de mieux faire connaître les métiers des TIC à toutes les étapes de l’orientation scolaire. ». Dans un billet de son blog, Françoise Gri (présidente de Manpower France et de ManpowerGroup Europe du Sud et ancienne PDG d’IBM France) allait dans le même sens :

« Bien souvent, je trouve que les termes utilisés pour décrire cette branche, la variété, l’évolution et la richesse de ses métiers sont restrictifs, étroits, abscons. Bref, pas attrayants, pas vendeurs et surtout ne reflétant pas la réalité des enjeux de ces métiers. »

Une meilleure information sur les opportunités de métiers et d’emploi est cruciale

Tu seras ingénieure ma fillePour réagir, l’étude Mutationnelles de 2011 indique que « une meilleure information en amont sur les opportunités de métier et d’emploi est cruciale. ». Ainsi, c’est sur le terrain de l’image et de l’information que les acteurs du secteur numérique ont décidé de mener la guerre à la désaffection des femmes pour leurs métiers.

Atos développe – à l’instar du Syntec numérique – des campagnes de promotion des métiers de l’informatique et de l’ingénierie auprès des lycéennes et de leurs parents. Bien d’autres initiatives se sont développées comme, par exemple :

 

Pour finir, voici une infographie présentant les 10 dates-clés du travail des femmes en France :

Le travail des femmes en 10 datesSource : Mode(s) d’Emploi
  1. Paul75
    • 9 mars 2012 à 22 h 36 min

    « on estime en effet que l’Europe devrait manquer de quelques 70 000 spécialistes en 2015″

    Hum… et peut-on savoir où vous avez lu çà ?