Publié le 6 mai 2015

La tendance est réelle : en France, une entreprise sur quatre externalise sa formation, selon une récente étude d’EOA France réalisée auprès de plus de 500 décideurs. Et dans un marché où l’évolution des compétences prend une importance critique, la formation est de plus en plus perçue comme stratégique pour l’entreprise, et non comme une simple fonction support. Retours d’expérience et bonnes pratiques d’entreprises à l’occasion d’un débat organisé début avril par FuturSkill sur la performance de la formation et de son externalisation en présence d'Olivier Caron, directeur métiers d’EDF et Jean-Michel Estrade, DRH d'Atos.

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La formation se transforme… et se réforme

Bénédicte BailleulUn « métier en mouvement » : c’est le moins que l’on puisse dire lorsque l’on évoque le secteur de la formation, qui a vu sa place et ses règles fortement évoluer ces dernières années, du fait d’un double mouvement : transformation, d’une part, réforme, de l’autre

Cette transformation, Bénédicte Bailleul, Directrice Générale de FuturSkill, la met en lumière en comparant la formation d’hier et d’aujourd’hui : « Autrefois, le responsable de formation était un gestionnaire de stages », rappelle-t-elle, mais « aujourd’hui, celui-ci est un véritable directeur du développement RH. Son métier a totalement changé ».

Aujourd’hui, l’heure est à la formation individuelle, modularisée, où le digital est omniprésent et la formation certifiante. Résultat ? « Un vrai changement de paradigme, des enjeux opérationnels très lourds, des enjeux économiques plus resserrés, la gestion d’enjeux sociaux et humains, ainsi que la nécessité d’aligner ce pilotage à une stratégie RH ».

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Quant à la réforme de la formation, elle a considérablement bousculé les habitudes : « La réforme de la formation professionnelle accroît le poids social de la formation ». Un constat que dresse également une récente étude des cabinets Fidal et Amplitude : 53% des dirigeants et DRH interrogés estiment que le remplacement du DIF (droit individuel à la formation) par le CPF (compte personnel de formation) va rendre l’accès à la formation plus compliqué : « Le compte personnel de formation est une véritable usine à gaz », résumait Cyril Parlant, avocat associé chez Fidal au Figaro.

Optimiser, centraliser, systématiser : des nécessités pour envisager l’externalisation

7780990192_8a49c5557f_h-644x297« Le pilotage local peut être une solution, mais de plus en plus d‘entreprises l’abandonnent pour ne pas être accaparées par la gestion administrative et financière de la formation », admet Bénédicte Bailleul. En lieu et place, le modèle du CSP (Centre de Services Partagés) apparaît comme une solution de centralisation et de réduction des coûts.

« L’objectif du CSP a été, au départ, de mettre en exergue les différences de gestion et de management entre les services», explique Olivier Caron, directeur métiers d’EDF, qui a présenté le CSP RH d’ EDF (environ 1200 personnes recoupant plusieurs domaines d’activités RH). Selon lui, entre solutions centralisées, optimisation des process et lean management, le CSP « est devenu une machine à délivrer de la performance et à produire denouveaux leviers de baisse de coûts ».

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Le CSP, une voie vers l’externalisation ? « On n’externalise pas ses problèmes. Il faut d’abord se préparer, résoudre les dysfonctionnements et apprendre à piloter de façon centralisée », explique Olivier Caron. Et de souligner l’importance d’une optimisation interne préalable à tout projet d’externalisation : « C’est la technique des petits pas. Nous voulons de plus en plus nous positionner en rôle de conseil, en interne. Mais si on change le métier de gestionnaire, c’est l’occasion de réfléchir à l’externalisation de certaines activités du domaine formation ».

Externalisation et transfert de personnel : les avantages d’une gestion externalisée des compétences

Une-infogérance-helpdesk-644x346Du côté d’Atos, dont l’activité Workplace & Service Desk Services  (WSDS) a récemment été rachetée par Proservia ManpowerGroup Solutions, l’installation d’un CSP a considérablement « simplifié » l’externalisation de la gestion de sa formation, selon son DRH, Jean-Michel Estrade.

Une externalisation qui s’est accompagnée d’un transfert de personnel (les 11 personnes du CSP d’Atos). Pour Jean-Michel Estrade, les avantages d’une telle démarche sont assez clairs :

  • Optimisation des coûts : « La difficulté est de trouver l’équilibre entre l’optimisation et la qualité du service perçue par le collaborateur ou le manager. On y arrive bien avec ce type d’externalisation, qui suppose une grande professionnalisation des acteurs » ;
  • Gestion juridique : « La complexité administrative croissante, grâce au prestataire, je ne m’en rends même pas compte ! Cela permet de ne pas avoir à s’adapter à des variations juridiques qui me feraient perdre du temps » ;
  • Stabilité : « En tant que DRH, j’ai un vrai confort, j’ai un prestataire, j’ai un contrat. Cela stabilise car un contrat, ça s’inscrit dans la durée, ça ne se manipule pas ».

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L’externalisation a également permis à Atos, en transférant le personnel de son CSP auprès de FuturSkill, de faire évoluer ses collaborateurs RH dans un milieu très connecté à l’innovation : « Pour les personnes de l’équipe concernée, rejoindre un groupe comme FuturSkill, c’est s’inscrire dans une dynamique, dans des métiers qu’ils maîtrisent et avec davantage de perspectives ».

Ce que confirme Emmanuelle Blanchard, ancienne responsable du CSP d’Atos :

« Je suis maintenant au cœur de l’évolution des métiers RH. J’ai commencé très jeune et j’ai vécu toute la transformation du métier du CSP. Je suis heureuse de ne pas être sur le bord de la route. En tant que RH, je me digitalise, et cela me permet d’aider les équipes dans la transformation. »

Et Jean-Michel Estrade de conclure : « L’externalisation de la formation, ce n’est pas la fin du monde, mais le début d’une nouvelle aventure ».

Crédit image : ierdnall / CC BY-SA 2.0
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