Publié le 26 août 2013

Les chiffres de la rentrée : ralentissement des destructions d'emploi

Le rebond inattendu de la croissance n'a pas suffi à enrayer le repli de l'emploi (-0,2%) (INSEE) ni  à "booster" les créations nettes d'emploi, regrette Le Figaro. Le recul des créations d'entreprises, en chute de 3,2% sur un an, est déploré par un éditorial du Monde, qui y lit un effet néfaste du "flou" autour de la réforme du statut d'auto-entrepreneur. Celle-ci, présentée en Conseil des ministres, devra attendre son passage au Parlement en janvier pour régler la question, sensible, du seuil de chiffre d'affaires.

Comment se porte l'intérim, indicateur avancé de l'évolution de l'emploi ? Après un premier semestre 2013 où la chute s'est accentuée (-12%), le ralentissement, début août, s'atténue (-6%), notamment dans l'industrie. La signature du CDI intérimaire, couplée à la taxation supplémentaire annoncée sur les CDD très courts, approfondiront-ils la tendance ? Le bilan du ministère du travail, publié en août, révélait un "fort repli" (-8,9%) de l'intérim sur l'ensemble de l'année 2012. La chute, sévère dans l'industrie (-12%), fait globalement revenir l'intérim à son niveau d'avant 2011, année de "croissance soutenue".

Croissance T2 2013

Image Les Echos

Le rebond observé s'accompagne néanmoins d'un net ralentissement des destructions d'emplois : suffisant pour inverser la courbe du chômage avant la fin de l'année, anticipe Les Echos. Au début de l'été, l'OCDE, prévoyant lui une courbe du chômage à la hausse, priait l'exécutif de s'attaquerà des réformes structurelles : saluant la loi sur la sécurisation de l'emploi "qui devrai[t] permettre une plus grande création d’emplois dans le moyen terme", l'institution notait que beaucoup "reste à faire pour réellement réduire le dualisme du marché du travail en France entre contrats courts et contrats longs". Les grands chantiers annoncés témoignent-ils d'une volonté d'"en faire davantage" ? La rentrée sociale, ambitieuse, suscite encore de nombreuses interrogations.

Retraites

 

Pour une réforme structurelle

C'est le dossier le plus brûlant de la rentrée. Alors que l'Assemblée nationale leur ouvrira ses portes le 1er octobre, les retraites font la "une" de l'agenda social de la rentrée, avec la rencontre, les 26 et 27 août entre Jean-Marc Ayrault et les partenaires sociaux, puis la présentation en Conseil des ministres le 18 septembre. Les observateurs poussent à "oser la concertation" et à "une réforme en profondeur" ; c'est aussi le cas du Medef de Pierre Gattaz, qui en a fait son thème de rentrée après la baisse du coût du travail.

L'organisation patronale incite à "une vraie réforme structurelle", autour de positions fermes : refus de tout relèvement des cotisations ou hausse de la CSG, qui mettrait à contribution les entreprises, deux pistes envisagées par le gouvernement sur l'épineuse question du financement, et dont dépendent la contribution des actifs et des retraités.

"Sans gestion des âges, les entreprises n’ont pas d’avenir"

Le "ras-le-bol fiscal", partagé par les représentants des dirigeants des PME, n'est pas la seule difficulté : l'allongement de la durée de cotisation, une "évidence" pour Michel Sapin, la pousserait à 43 ans à l'horizon 2035, ce qui demeure un des points d'achoppement avec les syndicats. S'il est acquis que des mesures sur la pénibilité et les droits familiaux figureront dans le texte, l'âge légal de départ, lui, ne sera pas touché.

La chômeuse qui avait interpellé François Hollande cet été se félicite de son action ("Maintenant, on parle emploi des seniors") : conjoncture oblige, plusieurs commentateurs abordent en effet la réforme par le prisme de l'emploi. "Au vu du coût que représente un Français non-actif, c'est peut-être [sur l'emploi des 55-64 ans, avec un taux d'emploi de sept points inférieur à la moyenne de l'UE] que devraient se porter les premiers efforts du gouvernement pour tenter de sauver nos retraites", défend une tribune d'un dirigeant d'une PME.

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Image France 24

Marc Landré , pour Le Figaro, argue de son côté que l'âge est une variable d'ajustement positive pour l'emploi des seniors. France 24 insiste plutôt sur la "souplesse des seniors", évoquant leur flexibilité sur les salaires ou la mobilité et appelant à un changement de mentalité du côté des recruteurs. "Sans gestion des âges, les entreprises n’ont pas d’avenir", enchérit Jean-Pierre Wiedmer dans un ouvrage sorti au début de l'été.

Assurance chômage

Dès l'automne et au plus tard au 31 décembre, un autre dossier viendra compléter des agendas déjà chargés : l'assurance chômage. La réforme des règles des indemnisations se placera sous le signe de l'efficacité : d'une part, du point de vue de l'accompagnement des chômeurs ("simplifier un système qui s’est tellement complexifié que les demandeurs d’emploi n’y comprennent plus grand-chose", a annoncé Michel Sapin), d'autre part du point de vue de la diminution des déficits publics (près de 5 milliards pour l'UNEDIC en 2013)... même en période de chômage de masse.un dilemme brûlant, les ministres concernés suivront les négociations de près.

Emploi

"Mobilisation générale pour l'emploi" ! Pour la rentrée, l'exécutif  a fait sien l'objectif premier de la conférence sociale des 20 et 21 juin : "la réalité de la reprise économique et ses conséquences sur l'inversion de la courbe du chômage" figure parmi les trois grands thèmes de la rentrée de François Hollande, quand Michel Sapin a annoncé dimanche 25 août poursuivre le même but, "avec optimisme". Sur "le" dossier révolutionnaire de la conférence sociale, le plan de formations prioritaires pour l'emploi, le gouvernement a prévu 30 000 entrées en formation dès septembre pour participer à réduire le stock des emplois non pourvus, dont un recensement "officiel" s'annonce avant l'automne. Les organismes de formation, l'AFPA en tête, se sont mobilisées rapidement durant l'été pour parvenir à cet objectif, porté à 100 000 pour 2014 par François Hollande fin juillet.

 

Emplois d'avenir

En nombre dans la boîte à outils de l'exécutif, les "emplois aidés" s'affirment comme l'atout numéro un dans la course effrénée à l'inversion de la courbe du chômage. Il y a les emplois francs, cadrés par une nouvelle circulaire, dont l'objectif a été doublé début août ; il y a aussi les Contrats Uniques d'Insertion (CUI), cadre légal des emplois d'avenir, annoncés comme la principale mesure de soutien à l'emploi. Leurs signatures connaissent d'après le gouvernement une "accélération", que Le Monde nuance en faisant état de calculs "enjolivés".  Un bilan d'étape officiel est prévu pour l'automne.

Jeunes

Le contrat de génération, aux premiers pas hésitants se déploie : les accords de branche se multiplient et les entreprises d'au moins 300 salariés ont jusqu'au 30 septembre pour, a minima, élaborer un plan d'action. Mais il n'est pas la seule mesure d'accompagnement des jeunes sur le marché du travail : la garantie jeunes, embryon d'accompagnement pour les "décrocheurs" de moins de 25 ans, se déploie dans dix territoires, avant de toucher potentiellement 30 000 jeunes pour 2014.

Derrière l'inévitable bataille de chiffres, l'objectif est dans un premier temps celui du "bon emploi". A plus long terme, Pierre Moscovici (ministre de l'Economie)  vise le plein-emploi à l'horizon 2025. Dans cet exercice prospectiviste critiqué, Jean Pisani-Ferry est venu nuancer une approche purement mathématique : "le défi, c’est de reconstruire le plein emploi sans y sacrifier la qualité de l’emploi".

Formation professionnelle

Formation : quand compétitivité rime avec épanouissement

Les entreprises n'ont pas attendu que le développement des compétences par la formation professionnelle devienne un enjeu politique important pour s'investir.

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Jacques Attali croit également à une recette qui mêlerait ambitions de long terme et action à court terme. Le plein-emploi ? "C’est possible à condition de transformer radicalement la formation professionnelle". François Hollande jugeait celle-ci "complexe, cloisonnée et inégalitaire" ; sa réforme, prévue de longue date, pourrait ne pas avoir lieu avant 2014 : c'est en tout cas l'avis de plusieurs parties prenantes, pour qui le vaste effort de réorientation de la formation vers ceux qui en ont le plus besoin ("les demandeurs d’emploi les plus précaires et les jeunes") demande un temps d'appropriation et de sensibilisation nécessaires à la réussite de la réforme. A qui doit profiter la formation professionnelle ? Dans une conjoncture qui ne crée pas d'emplois, elle n'aurait que peu d'effet sur l'employabilité des plus vulnérables, ce qui invite, à court-terme, à adopter en parallèle des mesures de sécurisation de l'emploi.

Les partenaires sociaux, CFDT en tête, se réjouissent que la problématique soit "envisagée dans sa globalité", et non déconnecté de l'emploi et de l'objectif de croissance.  La formation professionnelle, enfin vue comme un "investissement de compétitivité pour l'entreprise" ? Les nouvelles attributions conférées aux Régions, ainsi que le volet croissance et emploi du projet de loi de décentralisation, repoussé à début 2014, semblent pour l'heure dessiner un recentrage des politiques d'emploi et de développement économique à l'échelle des territoires et des bassins d'emplois.

Territoires

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Alternance

L'objectif gouvernemental de multiplier par deux l'alternance d'ici à 2017 (notamment dans le numérique) et les nouvelles dispositions législatives annoncées n'échappent pas à quelques remous : le développement de l'alternance profitera-t-il aux publics "infra-bac" ou à ceux de l'enseignement supérieur ? La question des publics-cibles de l'alternance est intimement liée aux choix que portera la réforme de la formation professionnelle.

Compte personnel de formation

La rationalisation des offres de formation, thématique abordée lors de l'université d'été de l'Afref (espace de réflexion sur la formation), va de pair avec une responsabilisation de l'individu. Les travaux pour mettre en place le "compte personnel de formation", qui ancrerait l'individu comme acteur de sa formation, sont en cours.  La concertation, débutée en mai autour d'un groupe quadripartite (État, Régions, organisations patronales et syndicales), s'est trouvée cet été un leader, le Directeur général de l'Apec.

> Image de une : Irish Typepad - licence CC
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