Publié le 9 décembre 2013

"Stop aux idées reçues sur les secteurs qui recrutent !" : pour la nouvelle édition de son Guide des secteurs qui recrutent, le CIDJ a mené un vaste travail de synthèse des informations disponibles sur les perspectives d'emplois en France. L'association, qui "vit le paradoxe emplois non-pourvus/chômage au quotidien", bat en brèche un certain nombre de préjugés sur les secteurs qui recrutent. Bilan chiffré sur trois de ces idées reçues :

1- Les "emplois verts", LE gisement d'emplois de demain

L'idée reçue

Le développement durable aboutira à la création de 600 000 emplois "verts" (voire près de 700 000, selon le WWF) en France à l'horizon 2020. Ces chiffres, calculés en 2008-2009, tablaient sur le développement des énergies renouvelables, l'accroissement des problématiques d'efficacité énergétique (développement de technologies intelligentes - smart grids -, performance énergétique des bâtiments, etc.) et la généralisation de la logique d'optimisation, comme autant de promesses d'embauches en nombre.

Ce que disent les chiffres

En 2013, Tristan Klein, du Centre d'analyse stratégique, estimait à 500 000 emplois nets le bilan de la "croissance verte" à l'horizon... 2030. Mais plutôt qu'à la création de nouveaux métiers, la transition énergétique est un effort de transformation des métiers existants, à tel point que pour le CEDEFOP, demain, "tout emploi sera un emploi vert". En France, l'absence de passerelle entre métiers et la très faible mobilité professionnelle sont deux facteurs compliquant particulièrement toute révolution verte de l'emploi, selon l'Observatoire de l'emploi européen.

Représentant près de 3,7% de l'emploi total, les emplois verts croissent davantage que les emplois de l'économie "classique" (+3,4% en moyenne sur les six dernières années), et principalement dans les services, note Metis. Stricto sensu, ce chiffre serait même plus près de 0,5%, selon l'économiste Olivier Bouba Olga. Pour le CIDJ, si les jeunes prisent avant tout les métiers de la protection de la nature, ce sont plutôt la filière EADA (traitement de l'eau, assainissement, déchets, air) - environ 40 000 emplois jusqu'en 2015 - et les énergies renouvelables - plus de 300 000 emplois d'ici à 2030 - qui recrutent le plus, à divers degrés de qualification. Avec des bémols : le photovoltaïque aurait perdu de 10 000 à 17 000 emplois depuis 2010.

> Lire : Emplois verts, la douche froide

2- L'IT, chômage zéro

L'idée reçue

Marché dynamique, salaires attractifs, missions enrichissantes, métiers d'avenir : le secteur informatique, en plus d'être l'Eldorado du jeune demandeur d'emploi, ne connaît pas la crise, et recrute à tout-va.

Ce que disent les chiffres

Le chômage dans l'informatique, en forte croissance depuis le mois de juin, n'a jamais été aussi élevé depuis huit ans. Mais au-delà de l'effet conjoncturel, il reste que 81 000 emplois sont attendus par la Commission européenne en France d'ici à 2020 pour le seul secteur des TIC. D'ici à 2022, une croissance de 2% an par an et 200 000 créations nettes d'emplois sont même attendus pour des métiers dits "technologiques" : les ingénieurs informaticiens, les personnels d'études et de recherche et les cadres techniques de l'industrie (Dares).

Le Syntec numérique estime que la croissance du numérique, estimée à 10 000 emplois par an depuis vingt ans, reviendra en 2014. Pour le syndicat professionnel du secteur, chômage et pénurie de compétences coexistent : parallèlement à un taux de chômage de 5 à 7% pour les ingénieurs (qui concentrent près de 80% des embauches) et de 14% pour les techniciens, plus de deux-tiers des employeurs peinent à recrutent des ingénieurs, cadres R&D et chefs de projets informatiques.

> Lire : 200 000 emplois technologiques de plus en 2020 : SOS compétences

3- L'industrie, c'est fini

L'idée reçue

L'industrie connaît un déclin continu, et inéluctable. Avec en ligne de mire une "France sans usines", les perspectives d'embauches dans l'industrie sont faméliques et l'industrie ne recèle qu'exceptionnellement des filières d'avenir, et uniquement pour des fonctions hyper-qualifiées.

Ce que disent les chiffres

Certes, l'industrie a détruit près de 50 000 emplois entre novembre 2012 et novembre 2013, malgré un premier trimestre 2013 encourageant (+ 3,7 % pour les effectifs intérimaires). D'après le CIDJ, l'industrie reste pourtant, devant le commerce et l'économie sociale et solidaire, le secteur qui emploie le plus grand nombre de salariés en France (3,45 millions). Plus surprenant encore que ce chiffre en volume, certaines filières industrielles sont aussi les plus recruteuses, tous secteurs confondus : l'aéronautique et la chimie sont ainsi parmi les rares secteurs en France à embaucher plus de 10 000 personnes par an (avec l'assurance et... l'armée de terre).

Dans l'industrie aussi, le paradoxe chômage de masse-manque de compétences est à l'oeuvre : d'après l'enquête Pénuries de talents 2013, c'est dans l'industrie que se retrouvent la majeure partie des métiers "en tension", qui peinent à recruter. Deux tendances majeures, au-delà des nombreux départs à la retraite attendus :

  • la raréfaction de certaines compétences pointues, dans des métiers de la mécanique, de la chaudronnerie ou de la soudure, accessibles dès le niveau CAP ;
  • la hausse plus générale des niveaux de qualification, qui complique la facilité pour les employeurs à recruter et fait naître de vastes perspectives d'embauches dans la métallurgie (120 000 recrutements chaque année d'ici à 2020, selon le CIDJ), la mécanique (qui représente 20% de l'emploi industriel total, et qui recrute à tous niveaux de qualification) ou l'aéronautique (65% de recrutements à niveau bac +4/5 et ingénieur, toujours d'après le CIDJ).

> Lire : La production, la "contre-attaque" de l'emploi ?

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Guide des secteurs qui recrutent

Le guide CIDJ des secteurs qui recrutent 2013-2014 : cliquer pour la présentation et le bon de commande (pdf)

> Crédit image : Flickr/misswired (licence CC)
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