Publié le 17 septembre 2015

ANALYSE. Très attendu, le rapport consacré à l'impact de la révolution numérique a été rendu le 15 septembre 2015 par Bruno Mettling.

Nomadisme, télétravail, conditions d'emploi des travailleurs autonomes, articulation entre vie privée et vie professionnelle... le rapport de Bruno Mettling aborde un à un tous les effets de la révolution numérique sur le travail. Dès le préambule,  il évoque un véritable "changement de paradigme dans le monde du travail" qui dépasse largement l'usage de nouveaux outils, et "marque l’arrivée dans l’entreprise de méthodes de conception, de production, de collaboration, qui sont aussi des méthodes de pensée, de travail et d’organisation".

Cette vision, le DRH d'Orange l'évoquait déjà dans un entretien accordé à l'Atelier de l'Emploi : "L'objectif n'est pas de digitaliser [...], mais bien d'appréhender globalement l'impact sur l'entreprise de la transformation digitale", annonçait-il.

Aujourd'hui, que retenir des nombreuses propositions formulées par le rapport ?

Manager la transition numérique et comprendre les nouvelles formes d'emplois

Qui est en "première ligne" de la transformation digitale ? Pour le DRH d'Orange, ce sont les "managers de proximité, souvent oubliés et "déjà très exposés". Sur eux "repose une grande part de la réussite ou de l'échec de la transformation digitale" dans les entreprises.

Instiller une culture du numérique à l'ensemble des collaborateurs

Pour relever ces défis et prévoir les prochaines évolutions, le rapport insiste sur la nécessité de diffuser dans les entreprises une "culture du numérique" qui touche l’ensemble des collaborateurs par de la formation initiale et continue et des enseignements pratiques portant sur le travail en réseau, la culture de l’autonomie, la maitrise des méthodes agiles, etc.

Favoriser l'exercice de nouvelles formes de travail

Le numérique brouille la frontière entre salariat et travail indépendant, explique Bruno Mettling. Pour repenser cette dichotomie, une méthode "pourrait s’appuyer sur l’établissement d’un faisceau de critères élargi (degré d’autonomie du travail, décisionnaire de la rémunération, exclusivité des services du travailleur, etc.) et permettrait de qualifier un statut d’emploi comme relevant du salariat ou, au contraire, du travail indépendant".

Intégrer les nouvelles formes d'emplois à la protection sociale

Mais comment accompagner la transformation du travail tout en intégrant les nouvelles formes d'emplois à la protection sociale ? "Il faut construire puis garantir un cadre juridique pour favoriser l’exercice de nouvelles formes de travail en définissant un socle de droits attachés à la personne et sa contribution indispensable au financement" du système.

Priorité formation : vers une conversion à la culture numérique

cup-mug-desk-office-largeLe rapport, qui servira notamment à préparer la conférence sociale du 19 octobre, juge primordiale la question de l'éducation au numérique, qu'il s'agisse de formation initiale ou  continue.

La première des 36 propositions avancées concerne d'ailleurs le développement de l’éducation au numérique. Un enjeu qualifié "d'essentiel à la réussite de la transition numérique" par l'auteur, qui déplore que le niveau de formation à l'usage du numérique dans le cadre du travail reste "très insuffisant" : seuls 23% des actifs concernés jugent que la formation continue les a très bien préparés à l'utilisation des NTIC dans le cadre de leur travail.

Bruno Mettling avance aussi l'idée d'une consultation de six mois dans les branches, qui viserait à mesurer les besoins de formation : "Il faut une définition précise des besoins en qualifications et en formation, secteur par secteur, par la consultation des partenaires sociaux de chaque branche professionnelle".

> Lire aussi : Transformation numérique : « Les stratégies d’attente voire d’évitement ne sont plus pertinentes » (Bruno Mettling, Orange) (1/2)

La formation au numérique préconisée par le rapport devra aussi être transverse, permettant et encourageant la reconversion. Objectif affiché, "renforcer la compétitivité des entreprises, l'employabilité des salariés et leur développement professionnel quels que soient leurs âges ou leurs niveaux de qualification." Et le rapport de plébisciter des formations courtes et individualisées : certes, le numérique déstabilise certains milieux professionnels, mais certains nouveaux emplois "ne nécessitent pas forcément des compétences très poussées".

Pour ce faire, il convient "d’offrir une formation spécifique aux conducteurs de cette reconversion". Une façon d'assurer que le numérique soit générateur de créations d'emplois !

Un nouveau cadre fiscal et juridique pour le monde numérique

Autre axe majeur du rapport, la question de la sécurisation du forfait jours pour les travailleurs du numérique. Pour Bruno Mettling, la prise en compte de la réalité des modes de travail des salariés connectés à distance et autonomes dans l'organisation de leur travail quotidien est "une des missions clés que les autorités publiques doivent se fixer pour les mois qui viennent afin de supprimer les déséquilibres (…), notamment en ce qui concerne les temps de repos."

 > Lire aussi : Transformation numérique : « Il faut trouver un équilibre entre réactivité et stratégie » (Bruno Mettling, Orange) (2/2)

Le DRH d'Orange se penche également sur la fiscalité des entreprises, et tout particulièrement des startups. Il part du constat que la France "doit rapidement créer un écosystème favorable encourageant l'essaimage digital et l'investissement des entreprises dans les start-ups". Pour encourager ce développement, il souhaite :

  • la création de dispositifs fiscaux incitatifs, notamment des amortissements exceptionnels permettant aux entreprises d'investir dans les start-ups
  • la mise en place de contrats de travail qui encourageraient les salariés à créer leur propre entreprise tout en ayant un "filet de sécurité" pour réintégrer leur entreprise d'origine

Les pistes lancées par Bruno Mettling ont toutefois été jugées trop timides par certains : Denis Pennel, Directeur Général de la confédération mondiale des services privés pour l’emploi, estime ainsi que le contenu du rapport "manque d'ambition au regard des enjeux actuels", en passant notamment à côté de "l'ubérisation" du travail et de la montée du travail indépendant :

Le rapport ne mentionne à aucun moment la nécessité de substituer à la relation de subordination – désormais caduque – à la notion de risque économique. La relation salariale doit se jauger au regard de la personne qui en supporte le risque économique.

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