Publié le 11 février 2013

Deuxième étape de l’opération  après Toulouse, Marseille est une cité paradoxale : d’une grande fragilité économique, elle est victime d’une forte poussée du chômage… mais elle regorge d’atouts qui la rendent extrêmement attractive : capitale européenne de la culture cette année, Marseille est la 3ème zone d’emploi la plus peuplée de province.

« Droit au but » : la course aux emplois stratégiques

Marseille et sa région font la chasse à la compétitivité pour lutter contre le chômage. Le premier levier de conquête c’est l’industrie, le "redressement productif", estime Bernard Morel, Vice-président du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur (en charge de l'Emploi, du Développement économique, de la Recherche, de l'Enseignement supérieur et de l'Innovation).
Emploi salarié en PACA - désindustrialisation plus faible que la moyenne françaiseLes dossiers industriels sensibles ne manquent pas : la SNCM, Net Cacaola chimie autour de l’étang de Berre (DellBasell et Kem One), ou encore FraLib à Gemenos. Au-delà de la gestion de crise au jour le jour, Jacques Pfister, Président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) Marseille Provence, appelle à mettre en œuvre des réformes structurelles, sur le modèle des 23 mesures des États Généraux de l’Industrie qui s’étaient clôturés… à Marignane, près de Marseille, sur le site du florissant Eurocopter. Pourtant, ce n’est pas en PACA que le mouvement de désindustrialisation est le plus violent (cf graphique ci-contre) : l’activité satisfaisante dans l’agro-alimentaire, le transport et l’électronique amortissent le choc.

Cela dit, l’économie régionale repose principalement sur les services, plus qu’ailleurs en province. Ceci se traduit dans les intentions d’embauche : 80% des besoins en main-d’œuvre sont concentrés dans le secteur tertiaire, la vente et le tourisme - principalement dans l’hôtellerie et la restauration. La santé et le social sont l’autre famille de métiers les plus actifs : l’animation socio-culturelle est l’activité qui prévoyait le plus grand nombre de recrutement à Marseille en 2012.

Projets de recrutement en PACA - BMO 2012

Ce dynamisme des services, Marseille et sa région ont du mal à le faire vivre : 80% des - nombreux - projets de recrutement d’infirmiers sont jugés difficiles, par exemple. Mais ce problème est général, tous les secteurs d'activité y sont confrontés : la proportion de projets de recrutements "difficiles", supérieure à la moyenne nationale (46% contre 42,6%), a bondi  en PACA (+7 points en un an), alors même que l’emploi salarié ne progresse plus. Les employeurs recrutent moins, et cette pénurie de talents crée un cercle vicieux : l’enquête "Besoin en main d’œuvre" de Pôle emploi révèle en effet que un tiers des employeurs qui font face à ces difficultés préfèrent différer ou annuler leurs projets d’embauche…

Mais sur le front de l’emploi, le premier problème de Marseille est son déficit en emplois dits « stratégiques ». Trop centrée sur les emplois de proximité, la ville manque de cadres dans les fonctions qui font traditionnellement les forces d’une métropole : la conception et la recherche, les professions intellectuelles, le commerce inter-entreprises ou encore la gestion.

L’innovation, le défi d'aujourd'hui et de demain

En PACA, les plus grandes agglomérations sont très faibles en matière d’emplois stratégiques, qui représentent moins de 10% des postes, à Marseille comme à Nice – on est loin du modèle toulousain (16%). Pour combler ce retard, le Conseil régional recherche  « de nouvelles compétitivités » pour les productions locales et s’attache à définir quels sont les « investissements porteurs à moyen et long terme », autour de projets innovants.

Faiblesse de l'emplois productif en PACA

Au-delà du renouveau du port marseillais, enjeu « excessivement important », les initiatives ne manquent pas, en particulier autour du réseau régional PACA Innovation. Se démarquent  notamment le projet « Henri Fabre » de Eurocopter et du pôle de compétitivité Pégase, « Silicon Valley » de l’aéronautique autour de l’étang de Berre, ou la Cité des énergies, annoncée comme « le centre de recherche sur les nouvelles technologies de l'énergie le plus important de la planète ». Cette ambition made in Marseille est symbolique d’une dynamique : l’emploi de demain, c’est l’innovation aujourd’hui.

Le nouvel élan des start-ups

Pourtant, la recherche-développement ne représente que 2% du PIB de PACA, ce qui en fait la septième région française - loin des 5% de Midi-Pyrénées et de son moteur qu’est Airbus. Les efforts se font pourtant sentir : à l’échelle européenne, PACA et les régions méditerranéennes françaises rattrapent progressivement leur retard et sont désormais classées « suiveurs élevés » de l’innovation.

L'incubateur Belle de maiQuels secteurs et entreprises sont concernés ? Les grands groupes industriels évidemment, avec notamment l’embryon d’une filière de déconstruction de navire, évoqué lors de la dernière Conférence régionale de l’industrie. Mais les PME aussi portent l’innovation en PACA : Marseille et sa région misent sur leur dynamisme.

Les éco-innovations (ou cleantechs), à l’image de la start-up GridPocket, considérée comme une des meilleures PME éco-innovantes françaises, fleurissent : 11% des start-ups françaises spécialisées dans les technologies vertes sont situées en PACA3ème région française dans ce domaine. L’INSEE ne s’y est pas trompé : en 2010, elle jugeait les PME de PACA en déficit d’innovation mais attribuait déjà une bonne note à celles qui étaient déjà engagées dans les technologies vertes. Le numérique prend aussi son envol, à l’image de l’incubateur Belle de Mai, qui a fêté la création de sa centième entreprise innovante en décembre dernier.

Soutenir les PME et concentrer les forces via la "polarisation" : des clés pour la compétitivité…

Ce même mois de décembre a vu la naissance des « Rencontres PME Partners & Business », organisées pa « Solutions Communicantes Sécurisées », un des trois pôles de compétitivité à vocation mondiale de la région PACA. L’occasion de promouvoir les innovations TIC de la région, mais aussi d’impulser des synergies : les start-ups ont pu échanger avec incubateurs publics et groupements tels que la Telecom Valley de Sophia-Antipolis…), et même rencontrer les grands groupes dans des speed datings.

L’enjeu partenarial est vital. Car si les PME innovantes sont au cœur du développement économique local, elles "ne peuvent pas se débrouiller toutes seules" car elles sont  généralement de taille très réduite, de l’aveu du président de la CCI des Hautes-Alpes - qui s’est réuni avec les autres CCI de la région pour harmoniser les politiques de soutien aux PME -TPE. Celles-ci éprouvent en effet des difficultés à grandir : 36% des entreprises de la région ont moins de 20 salariés, 5 points de plus que la moyenne nationale. C’est pourquoi la CCI de Marseille Provence vient de lancer Puissance², un nouveau dispositif d’accompagnement de jeunes entrepreneurs.

Pour Bernard Morel, le trio gagnant de l’emploi à Marseille repose sur l’esprit d’entreprise, l’innovation et la création de "clusters" (grappes d’entreprises) à dimension internationale. La politique de pôle est au cœur du projet Marseille Provence Métropole, qui développe des sites comme son Technopôle, destiné aux sciences de l’ingénieur et à l’optique. Et l’international, auquel n’accède qu’une PME innovante sur deux en PACA, est un enjeu incontournable dans une région où le tissu économique a un fort tropisme méditerranéen, pour ses clusters comme pour ses PME.

Les acteurs économiques et les pouvoirs publics de Marseille mobilisent leurs énergies pour avancer sur le chemin de la compétitivité. Les compétences sont-elles au rendez-vous pour alimenter cette nouvelle dynamique ? Ce sujet sera sans aucun doute abordé lors du débat du 12 février

 

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