Self-employment

Entre salariat et indépendance : l’ère des « self-employed » est-elle venue ?

DATA. Depuis 2010, près de la moitié des nouveaux emplois créés au Royaume-Uni sont considérés comme appartenant à "l'auto-emploi". Mais de quoi s'agit-il exactement ? Quelle est leur véritable importance ? Tour d'horizon.

44% des nouveaux emplois créés au Royaume-Uni depuis 2010 sont de « l’auto-emploi » (self-employment). Ce chiffre, publié au sein d’une étude de l’organisation fédératrice des syndicats britanniques (TUC), fait actuellement débat outre-Manche : s’agit-il d’un nouvel élan entrepreneurial ou, effet de la crise, d’une difficulté accrue d’accès au marché du travail ?

« Nous vivons moins une crise de l’emploi qu’une révolution du travail« , prévenait le directeur général de la confédération mondiale des agences d’emploi privées (Ciett), Denis Pennel, dans son ouvrage Travailler pour soi. Certaines nouvelles formes de travail se sont déjà imposées, quand d’autres, bien qu’émergentes, restent marginales – quelques milliers en France par exemple. Toutes situées quelque part entre salariat et travail indépendant, elles ont néanmoins pour point commun d‘être les témoins d’une évolution majeure des relations traditionnelles, juridiques ou économiques, sur le marché du travail. Le rapport du 8 avril 2014 du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE), consacré à l’évolution des formes d’emplois, en brosse justement un état des lieux :

  • L’auto-entreprise

Le régime de l’auto-entrepreneur, crée en août 2008, vise à simplifier et favoriser l’exercice d’une activité indépendante, alternative ou cumulative à un autre emploi. Il est particulièrement pertinent dans le cadre d’une recherche de compléments de revenus ou d’une activité accessoire. Fin 2012, on comptait 1,2 million d’auto-entreprises, un boom qui n’a eu toutefois qu’un impact modéré sur les créations d’emplois.

  • Le portage salarial

Le portage se définit comme une opération triangulaire entre une entreprise de portage, une personne portée, et une ou des entreprises clientes. Concrètement, un consultant ou un cadre effectue une mission pour un client. Celui-ci le rémunère en honoraires, qui lui sont facturés auprès d’une société de portage, qui le rétrocède au consultant sous forme de salaire (après déduction des cotisations sociales et d’une commission). Le portage peut être mis en place tant de manière occasionnelle que sur une période plus conséquente. En 2013, le portage salarial concernait de 30 à 50 000 personnes en France, et même plus dans d’autres pays européens.

  • Les coopératives d’activité et d’emploi

Les coopératives d’activité et d’emploi (CAE) sont peu nombreuses : un peu moins d’une centaine. Selon l’étude d’impact du projet de loi relatif à l’économie sociale et solidaire (ESS), elles comptabiliseraient néanmoins près de 5 000 entrepreneurs salariés. Les CAE se caractérisent par le regroupement économique solidaire de plusieurs entrepreneurs dont l’objectif est de sécuriser la création d’entreprise en procurant à l’entrepreneur le statut de salarié. Elle permet également de mettre les entrepreneurs en relation les uns aux autres.

  • La pluri-activité

Assez simplement, la pluri-activité désigne la situation ou une personne exerce simultanément plusieurs activités, qu’elles soient salariées et/ou non-salariées. Cela peut être le même métier, ou des métiers différents. Au 31 décembre 2009, plus de 2,3 millions de personnes étaient pluriactives. Ces « slashers » étaient un peu plus d’un million en 2003.

  • La franchise

En France, selon l’Observatoire de la franchise, les franchisés étaient plus de 65 000 en 2012. Il est question ici d’un contrat dans lequel l’entreprise (franchiseur) accorde à une autre (franchisée) le droit d’exploiter une franchise dans le but de commercialiser des produits ou des services déterminés, en échange d’une compensation financière.

72 % sont satisfaits de leur statut

Outre-Manche, où les « auto-emplois » représentent près de 15% du paysage de l’emploi, le débat actuel vise surtout à déterminer si ceux-ci sont voulus ou subis, du fait du manque d’alternatives concrètes. Et selon un récent sondage, 72% des personnes qui sont devenues auto-employées au cours de ces cinq dernières années sont satisfaites de leur situation, et la préfèrent à celle d’employé. Conséquence ? Depuis 2010, le nombre de personnes se déclarant indépendantes (freelances, sous-traitants, etc.) a ainsi augmenté de 10%, alors que les celles plus tournées vers l’entrepreneuriat a légèrement baissé. Plus qu’un esprit start-up se généralisant, la tendance révélerait plutôt des relations de travail plus atomisées.

Un paysage plus éclaté, plus complexe,
mais pas (encore ?) exceptionnel

En France, selon le Conseil d’orientation de l’emploi, « la diversification des formes d’emplois depuis les années 1980 […] ne constitue pas un phénomène exceptionnel si on le replace dans l’histoire des formes d’emplois sur longue période », même s’il concède que le paysage des formes d’emplois est aujourd’hui plus éclaté et plus complexe qu’à cette époque. Cette diversité présente l’avantage du choix, tant pour les entreprises que pour les personnes, de la relation de travail qui convient le mieux à leurs besoins et leurs objectifs.

Enfin, notons avec le COE qu’au cours des trois dernières décennies, l’emploi permanent conserve une très grande stabilité : la part des contrats à durée indéterminées représente environ 76 % de l’emploi total.

Crédit image de « une » : Damien/flickr (licence CC)