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Création d’entreprise et emploi : 3 vérités bonnes à dire

L'entreprise est un moteur de croissance et d'emploi... sous-exploité en France. Alors que le gouvernement souhaite un printemps de l'entrepreneuriat, il semble urgent de mettre de l'huile dans les rouages de trois leviers essentiels.

 

“Le potentiel entrepreneurial existe en France”, affirmait le Centre d’analyse stratégique dans une récente note d’analyse,  relevant toutefois un “décalage” entre “intentions et activité” réelle. Les Français ont bien plus l’esprit d’entreprise qu’on ne le dit souvent mais, dans l’Hexagone plus qu’ailleurs, les entrepreneurs ont bien du mal à percer.

1- Les Français deviennent bien moins souvent entrepreneurs qu’ils ne l’aimeraient

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The Economist confirme cette tendance : quand en Australie ou aux Etats-Unis, près d’une personne sur cinq déclarant vouloir être entrepreneur le devient effectivement, en France, ce n’est le cas que d’une personne sur dix. A y regarder de plus près, le rapport du cabinet PwC (pdf) révèle que la France concrétise extrêmement mal le désir d’entrepreneuriat :

  • les Français se déclarent plus intéressés par l’entrepreneuriat que les Américains (plus de 70%) ;
  • ils sont même les premiers, parmi les 21 nationalités comparées, à vouloir passer à l’acte dans les trois ans (près d’un quart) ;
  • au final, seuls 10% des intéressés deviennent entrepreneurs, soit le troisième taux le plus faible.

Entrepreneurship funnel

2- En France, une entreprise sur deux ne vit pas plus de cinq ans

La Commission européenne a récemment lancé un plan d’action pour favoriser l’entrepreneuriat en Europe, soulignant que “dans toute l’histoire économique, l’esprit d’entreprise a été le moteur le plus puissant de la croissance”.  Comment assurer la longévité des entreprises nouvellement créées ?

L’INSEE relève que la tendance est au raccourcissement de la durée de vie des entreprises : seulement 50% des entreprises crées en 2006 existent encore cinq ans plus tard, ce qui était le cas de 54% de celles créées en 2002 :

Pérennité des entreprises

Alors que les chances de survie sont  1,5 fois plus grandes pour les sociétés que pour les entreprises individuelles, l’INSEE met en avant d’autres facteurs de longévité : le montant de l’investissement initial et le niveau de diplôme. Les patrons sont de moins en moins autodidactes, concluait Le Monde. Cette étude montrait que, de plus en plus, ce sont les populations les moins exposées au risque qui prennent le risque d’entreprendre. Effet de la crise ?

3- Les créations d’entreprise boostent insuffisamment l’emploi

Si la Commission européenne se mobilise pour l’entrepreneuriat, c’est aussi parce qu’elle souhaite en faire un levier d’accès à l’emploi pour les populations qui en sont le plus éloignées. C’est la dynamique inverse qui est à l’oeuvre aujourd’hui : alors qu’en 2006, 51,6% des créateurs d’entreprise masculins étaient déjà dans l’emploi,  ils étaient 58,2% dans cette situation en 2010. Ce basculement s’est fait au détriment des outsiders : la part de chômeurs de longue durée parmi les créateurs d’entreprise a presque été divisée par deux en quatre ans (18,6% à 10,6%).

Taux d'activité entrepreneurialeLes entrepreneurs sont plus prompts à se lancer par “opportunité” que par “nécessité” : cette vérité vaut partout mais en France, note le CAS, la part des créateurs d’entreprise se lançant dans l’optique de créer leur propre emploi est plus faible qu’ailleurs (Allemagne, Etats-Unis, Royaume-Uni). Les statuts américain de sole proprietorship et britannique de sole trader, permettant d’exercer une activité indépendante sans remplir aucune formalité particulière, stimulent l’entrepreneuriat. Dans le même esprit, la création du statut d’auto-entrepreneur – dont la réforme est actuellement à l’étude - a permis de dynamiser à la fois l’esprit d’entreprise et le passage à l’acte en France.

“Le taux de pérennité est plus faible pour les micro-entrepreneurs précarisés (52%) que pour l’ensemble des créateurs (62%)”, ajoute le Journal du Net : en matière d’accès à l’emploi, la création d’entreprise n’est pas encore un levier optimal. Pour améliorer ses performances, les modalités du soutien public devraient évoluer, suggère le CAS : “en Allemagne, le dispositif public de soutien est essentiellement conçu pour aider à sortir du chômage alors qu’en France le dispositif est beaucoup plus large”. Dans notre pays, le taux d’activité entrepreneuriale est bien plus élevé chez les individus “opportunistes” que chez les chercheurs d’emploi.


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> Image de “une” issue du flickstream de Sylvain Naudin