Publié le 16 novembre 2017

EVENEMENT - L’Association Nationale des DRH (ANDRH) a fêté en octobre 2017 ses 70 printemps. L’occasion pour les professionnels du secteur de se réunir pour célébrer la fonction mais aussi d’échanger sur le futur du métier dans un monde en pleine transformation. Quel visage aura donc le DRH de demain ?

Le 26 octobre 2017 avait lieu l’événement 7.0 ANDRH, organisé par l’Association Nationale des DRH (ANDRH), à l’occasion des 70 ans de sa création. Cet événement exceptionnel, axé sur la prospective et la transformation de la fonction, a fait salle comble à La Gaïté Lyrique, à Paris. Plus de 500 professionnels étaient rassemblés autour des 5 valeurs cardinales défendues par l’ANDRH : l’indépendance, la légitimité, l’influence, la solidarité et la convivialité.

Pour Jean-Paul Charlez, Président national de l’ANDRH et Directeur général des Ressources Humaines du Groupe ETAM, et Audrey Richard, porte-parole de l’ANDRH et Directrice des Ressources Humaines chez Eurowest–Dassault, l’ANDRH est aujourd’hui plus que jamais le porte-voix des DRH en France, alors que la fonction, à l’image des entreprises, se transforme en profondeur. Une évolution dans la posture, plus centrale et transverse, qui va de pair avec la féminisation et la digitalisation de la fonction.

Un rôle toujours plus central dans les entreprises

Les discussions engagées autour de l’actualité ont mis en exergue certains des défis les plus pressants auxquels sont ou seront confrontés les professionnels RH. Claire Scotton, directrice de cabinet adjointe de la ministre du Travail, est ainsi revenue sur la politique menée par le gouvernement en matière de droit du travail, estimant en préambule que « le pays est mûr pour un modèle de flexisécurité à la française ».

La mise en œuvre des mesures de la réforme faisant le pari de « l’intelligence collective entre salariés, représentants et direction » au sein des entreprises, les DRH se trouvent en première ligne. Un diagnostic partagé par Pierre Ferracci, président du Groupe Alpha, et Raymond Soubie, président du Groupe Arfilia, autour d’une table ronde.

Si, comme l’a souligné Carole Grandjean, députée de Meurthe-et-Moselle (LREM), « l’ensemble des acteurs ont un rôle vis à vis des réformes dans les entreprises », la transformation des modes de travail s’accélérant, la fonction RH revêt un rôle pivot. Sur la question du recours au télétravail, par exemple – que la réforme engagée entend faciliter – les professionnels RH seront en charge de la pédagogie, de la diffusion des bonnes pratiques mais aussi de l’accompagnement de ses impacts sur les collaborateurs.

Les équipes RH sont appelées à réinventer les méthodes d’intelligence collective ou encore à se saisir des dernières technologies comme la réalité virtuelle ou l’intelligence artificielle, sans pour autant sacrifier l’humain à la technicité.

Les aspects proprement « humains » de la fonction ont d’ailleurs été vantés par le philosophe et écrivain Emmanuel Jaffelin, venu brosser le « portrait postmoderne du DRH ». Avec son éloge de la gentillesse en entreprise, Emmanuel Jaffelin a ainsi préconisé que les « DRH 7.0 s’assignent pour objectif de faire de l’entreprise une gentle place to work ».

L’adaptation permanente comme nouvelle norme

Alors que plus d’un métier sur deux sera profondément transformé d’ici à peine dix ans, jamais la compétence n’a revêtu plus grande importance. De fait, pour Claire Scotton, « la compétence s’impose comme la première des sécurités contre le chômage ». Or, en matière de formation continue au sein des entreprises et de gestion des carrières, le DRH est concerné au premier chef.

La question de la transformation des compétences est en effet cruciale, a abondé Alain Roumilhac, président de ManpowerGroup France. En premier lieu pour la fonction RH elle-même, qui est concernée par la transformation de ses propres compétences dans sa pratique quotidienne. Pour transformer les autres, le DRH doit d’abord se transformer lui-même !

 

Si la pénurie affectant certaines compétences concerne déjà de nombreuses entreprises, cette question devrait rester au centre des préoccupations dans les années à venir, a insisté Alain Roumilhac. Selon les résultats de la dernière enquête annuelle ManpowerGroup sur la Pénurie de Talents, 40% des employeurs interrogés indiquent rencontrer des difficultés à recruter, soit le niveau le plus élevé depuis 2007. Le rôle du DRH est donc plus que jamais stratégique : « en anticipant les besoins en compétences à la mesure des transformations du business model, il est le mieux placé pour prévenir toute rupture de l’activité ».

Enjeu connexe, les professionnels RH sont également les premiers garants de la marque employeur, élément central aujourd’hui pour toute organisation souhaitant attirer les talents rares et les compétences dont elle a besoin. Alors que les informations disponibles sur les entreprises sont de plus en plus nombreuses et que la compétition mondiale pour les talents s’intensifie, les RRH sont plus stratégiques que jamais pour diffuser la bonne information et partager la culture d’entreprise via les bons canaux.

Le DRH, bientôt un business partner comme les autres ?

Pour Alain Roumilhac, l’un des changements majeurs en cours concerne la concrétisation d’une tendance apparue ces dernières années et qui fait du DRH un business partner à part entière. Si le caractère stratégique de la fonction n’est plus à prouver, c’est sa nature transverse qui émerge clairement aujourd’hui, au même titre que la fonction financière ou marketing.

Ainsi, « un nombre croissant de dirigeants porte un nouveau regard sur la fonction ». En conséquence, les fonctions RH sont de plus en plus fréquemment associées aux discussions stratégiques de l’entreprise. Il s’agit d’aligner les fonctions business et RH pour mieux porter la transformation digitale et stimuler la performance des organisations. Mais cette démarche ne se limite pas à des objectifs économiques.

« Il n’y a plus de projet numérique sans implication des Ressources Humaines » - Entretien avec Yaëlle Leben, DRH Cisco (Systems) France

 

Dans un contexte d’incertitudes et de changements rapides, ce nouveau paradigme procède d’une véritable nécessité d’accompagnement des collaborateurs. Un accompagnement qui prend aujourd’hui une nouvelle dimension, puisqu’il s’agit pour les RH de réconcilier le temps de l’entreprise et le temps de l’humain.

Associés aux décisions stratégiques, ils sont en mesure d’aider les collaborateurs à comprendre toute nouvelle direction prise par leur organisation et à en mesurer les bénéfices. Une façon pour les RH de travailler également sur l’engagement, qui reste à date assez faible au sein des entreprises, et la fidélisation de leurs meilleurs talents.

« Pilote d’une digitalisation apprivoisée, le DRH de demain doit anticiper les possibles ruptures liées à son déploiement », résume ‎Benoît Serre, DGA et Directeur des Ressources Humaines du Groupe Macif. La capacité à bâtir une nouvelle culture autour de méthodes innovantes sans sacrifier ni l’esprit de corps ni ce qui constitue l’ADN de l’entreprise s’avère une attente forte des dirigeants envers leurs équipes RH et un enjeu central pour ces derniers, conclut Alain Roumilhac.

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