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Numérique au travail : les dirigeants responsables du retard français

La France est très en retard en matière de numérique au travail. Les chefs d'entreprise ne sont pas les derniers responsables...

“La mise en place d’une stratégie numérique effective s’impose nécessairement, mais comment faire quand les personnes qui promeuvent le recours au digital n’ont guère de pouvoir de décision et que les comités de direction, peu familiers de cet univers, redoutent de perdre du pouvoir et font blocage ?” .

C’était la question posée lors d’une récente rencontre entre près de quarante DRH de grandes entreprises (telles que Sanofi, L’Oréal, Dior, Chanel, AXA, ou L’Occitane) et une dizaine de dirigeants de fleurons du web français (Viadéo, Dailymotion, Amazon…), au sujet de “l’impact du numérique sur l’organisation et les talents de l’entreprise”.

Les entreprises se sont lancées à l’aveugle dans l’utilisation du numérique

Le constat formulé par Muriel Schulz, responsable des ressources humaines de Leroy Merlin, est sévère :

« Les entreprises se sont toutes lancées dans l’utilisation des outils numériques sans réflexion préalable sur l’organisation. Or, l’Internet, les intranets et les réseaux sociaux chamboulent tout : les “business models”, les circuits de distribution et d’achat, les relations entre salariés, jusqu’à la nature des recrutements. »

Les Français figurent pourtant parmi les peuples les plus réticents d’Europe face aux nouvelles technologies…qui ne sont plus si nouvelles que ça ! “L’orientation digitale du business, la valorisation en interne de la compétence numérique et même la mise en place de programmes visant à attirer les profils de la génération Y ne peuvent se faire que si elles proviennent du top-management”, soulignait Godefroy Jordan, président de Startingdot.

Pour lever les réticences des Français, les dirigeants doivent numériser leurs mentalités

Pour lever les craintes des Français, les dirigeants doivent s’engager réellement. Françoise Gri (Présidente de ManpowerGroup France) invitait les employeurs, dans 01 Business & Technologies, à “désapprendre” l’ancien modèle fordiste pour construire toute une nouvelle organisation intégrant l’impact du web social.

Le numérique, indispensable à la croissance des entreprises

L’évangélisation “par le haut” est sans doute la première des priorités : certes, 9 dirigeants sur 10 jugent le numérique essentiel pour la croissance de leur entreprise d’après une enquête de l’APM (Association progrès du management) ; mais ils ne sont que 7 % à disposer d’un compte Twitter, et 16 % d’un profil Facebook. Difficile de convertir son organisation au numérique sans connaître un minimum ses supports les plus populaires

Il ne s’agit pas seulement de savoir utiliser Facebook ou Twitter. L’enjeu est surtout de saisir la portée des transformations et le réel potentiel d’une conversion au numérique. Car si les dirigeants se déclarent convaincus des apports du numérique en termes de rapidité et de réactivité, ils ne sont que 14% à reconnaître la hausse de la productivité autorisée par le numérique, et seulement 10% à considérer qu’il permet à l’entreprise de mieux s’adapter aux besoins de ses clients.

Numérique, indispensable parce que...

“L’entreprise apparaît ringarde”

Le premier obstacle au changement est assurément sécuritaire : le sondage d’APM montre que les dirigeants craignent avant tout pour la sécurité de leurs systèmes informatiques et la confidentialité des données de leur entreprise. Par ailleurs, s’ils sont peu convaincus du potentiel du numérique en termes de productivité des salariés, c’est qu’ils craignent l’oisiveté qu’il porterait – avec des salariés qui passeraient trop de temps à “surfer” pour le plaisir pendant leur temps de travail. Oublieraient-ils aussi qu’Internet permet de travailler hors du “lieu de travail” et au-delà du “temps de travail” ?

Risques numérique

Si les défis posés au management des ressources humaines et à la sécurité informatique par cette nouvelle donne ne peuvent être niés, ils ne doivent pas non plus être esquivés. Car les réticences des dirigeants font que “l’entreprise apparaît ringarde” selon Olivier Fecherolle, directeur général chargé de la stratégie chez Viadeo ; pour lui, c’est “à l’entreprise de s’adapter aux bouleversements technologiques, sociaux et économiques.”

On le voit bien à travers le phénomène du BYOD (“Bring You Own Device”, l’usage professionnel de l’outil personnel du salarié) : les salariés ne veulent plus attendre avant de pouvoir utiliser les nouvelles technologies dans l’entreprise.

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