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Bien-être au travail et performance – le cas de Canon

La gestion du stress, notamment lié à la surcharge d'informations, est un sujet de plus en plus préoccupant pour les dirigeants des grands groupes. Pour réagir, Canon a créé une journée sans e-mails et recourt à la philosophie japonaise. Atos, lui, veut supprimer l'usage des e-mails en interne.

Dans les sociétés dont le cœur de métier est l’innovation de pointe, au sein desquelles les salariés des pôles R&D sont souvent soumis à des exigences temporelles et financières élevées, la vigilance est particulièrement forte. 

Forte d’une expertise menée sur le bien-être des salariés, la direction de Canon a établi une Charte du « Mieux travailler ensemble » afin d’assurer à ses collaborateurs des conditions de travail optimales. Journées sans mail (sur laquelle nous revenons ci-dessous), lignes d’écoute pour les salariés et mise en avant de la philosophie Kyosei font partie des mesures mises en place dans cette optique.

Dans cette vidéo réalisée par Décideurs TV en partenariat avec l’Atelier de l’Emploi, Philippe Le Disert, Directeur des Ressources Humaines de Canon France, explique comment son entreprise veut protéger la santé et le bien-être de ses collaborateurs.

La journée sans e-mail

Economie de l'attentionLe fait est désormais assez connu : Atos Origin a affiché son objectif de supprimer les courriels dans la communication interne au profit d’autres outils, notamment collaboratifs.

Si le email permet de gagner beaucoup de temps par rapport à un appel téléphonique, il peut aboutir à de l’infobésité dans le monde de l’immédiateté. Pour résumer les enjeux : aujourd’hui, « la rareté ne réside plus dans la recherche d’information mais dans la capacité à la traiter », selon le chercheur Emmanuel Kessous au sujet de « l’économie de l’attention ».

L’infobésité, un danger réel

En effet, les managers d’Atos Origin consacreraient, chaque semaine, entre 5 et 20 heures à la gestion de centaines de mails et, selon une étude de l’entreprise spécialisée Pingdom, les internautes auraient échangé 247 milliards de emails par jour en 2009 ! Quand on sait que, aux Etats-Unis, un salarié sur cinq s’avoue dépassé s’il doit traiter plus de 50 courriers électroniques quotidiens, on comprend mieux que Fred Wilson (patron d’un fond de capital-risque) ait récemment proclamé sur son blog la faillite de sa messagerie, en ajoutant :

« Navré si vous m’avez envoyé un e-mail au cours des cinq dernières semaines sans que j’y ai répondu. Vous êtes plus de 800 dans ce cas. Si votre mail est important, merci de le renvoyer. »

Par ailleurs, la réception incessante de mails freinerait la productivité : un salarié français ne passerait que 12 minutes, en moyenne, concentré sur son travail sans être interrompu par un courriel ou un SMS, selon une enquête menée à l’automne par Sciforma. 75 % d’entre eux avouent même arrêter une tâche en cours pour découvrir le contenu d’un mail.

La « Journée sans mail » lutte contre l’infobésité et  recrée du lien social

TsunamiAinsi, à l’époque des smartphones, les frontières entre la vie privée et la vie professionnelle tendent à s’effacer. Thierry Breton, PDG d’Atos Origin, décrivait les emails internes comme des « données massives » qui « polluent notre environnement de travail » et « empiètent sur nos vies privées ». C’est donc notamment face à cette tendance que Canon France a décidé d’organiser la « Journée sans mails », afin d’améliorer le bien-être de ses 1.800 salariés (qui échangent quelques 30.000 courriels au quotidien).

Cette « Journée sans mail » vise à lutter contre l’infobésité mais, aussi et surtout, à préserver le lien social dans l’entreprise. Des études sociologiques ont en effet démontré que rien ne remplaçait la communication « physique » (les gestes, le regard, l’intonation de la voix).

Au bout du compte, les collaborateurs de Canon plébiscitent une « quiétude », « une communication plus simple », et ce bien-être se traduit par le faible turn-over auquel l’entreprise est confrontée.

Le bien-être en entreprise, vecteur de performance

The Trouble With Work

Qui dit faible turn over dit performance, car l’on sait qu’une mobilité trop fréquente dégrade la performance. De plus, une étude récente a démontré une corrélation réelle entre bien-être et performance ; ses auteurs soulignaient notamment que « le bien ou le mal-être intérieur a un impact profond sur la créativité, la productivité, l’engagement et la propension à travailler en équipe. Les salariés ont bien plus de chances d’avoir de nouvelles idées les jours où ils se sentent le plus heureux. ».

D’autant que les enjeux de performance ne sont pas les seuls : face à un turn-over de plus en plus élevé, le contexte de pénurie de talents croissante et de gestion des successions explique pourquoi le bien-être des salariés constitue un enjeu majeur de la gestion des ressources humaines aujourd’hui.

Des précautions à prendre

Néanmoins, malgré toutes les vertus de la lutte contre l’infobésité, il faut souligner que, de la messagerie instantanée aux réseaux sociaux en passant par les mails ou les portails collaboratifs, les outils se cumulent sans se substituer l’un à l’autre car chacun répond à un usage précis -le mail constituant un excellent outil pour transmettre de l’information déstructurée.

Du point de vue des salariés, on pourrait redouter que les réseaux sociaux d’entreprise créent de nouveaux « diktats » (et les craintes pourraient d’autant plus poindre que les réseaux sociaux ne sont pas encore réglementés alors que la messagerie l’est –comme un espace privé). En effet, puisque leur performance dépend de l’implication des membres, les salariés rétifs ne risqueraient-ils pas d’être mal considérés ?

Face à l’infobésité, l’enjeu n’est pas fondamentalement une question d’outils ; c’est un changement de culture qu’il faut opérer.