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De l’ère industrielle à la révolution numérique : où sont les Talents ?

Comment donner un nouveau souffle à la croissance ? Les pays occidentaux manquent des compétences nécessaires à l'exploitation des gisements d'innovation que représentent le numérique et la collaboration. Le Congrès mondial des technologies de l’information essaie actuellement de trouver des solutions.

Comment donner un nouveau souffle à la croissance ? Les pays occidentaux manquent des compétences nécessaires à l’exploitation des gisements d’innovation que représentent le numérique et la collaboration. Le Congrès mondial des technologies de l’information essaie actuellement de trouver des solutions.


« Nous vivons une révolution numérique, où Internet et les technologies de l’information et de la communication (TIC) transforment tous les champs de l’activité humaine. Il semble de plus en plus évident que l’explosion de l’innovation via les TIC est un facteur de prospérité et de progrès social partout. Il reste néanmoins de grands progrès à accomplir pour que les promesses de l’ère numérique soient tenues. » Quels sont les efforts à accomplir en priorité ?
WCITC’est à cette question que le Congrès mondial des technologies de l’information, qui s’est ouvert hier à Montréal (Canada), va s’efforcer de répondre. Le thème de cette année : « UNE vision pour une société numérique mondiale » (« ONE Vision for a Global Digital Society »).

Pour dessiner cet horizon commun, le Congrès innove en organisant un « brainstorming mondial ». Il verra des milliers d’experts et acteurs de tous horizons, physiquement présents ou non, réfléchir ensemble aux défis et aux solutions à leur apporter ; un plan d’action mondial pour  une meilleure exploitation du potentiel des technologies numériques sera défini à l’issue de ce processus collaboratif.

Rendre les meilleurs formations accessibles à tous, partout

Parmi les enjeux majeurs, le Congrès souligne l’importance du « fossé des compétences », qui voit la pénurie de Talents IT se développer dans le monde entier. Pour y répondre, les participants exploreront la voie d’innovations éducatives “pionnières” qui permettraient à tout individu d’accéder de partout aux meilleurs contenus pédagogiques du monde. Au-delà de l’accessibilité, les experts s’accordent sur un point : les méthodes éducatives doivent être revues en profondeur.

Renouveau pédagogique

Le « futuriste » Don Tapscott (auteur du célèbre ouvrage « Macrowikinomics », plaidoyer pour la transparence et la participation) a évidemment son avis sur la questionil y a un fossé entre ce qui est exigé pour prendre complètement le virage numérique, et les compétences et le savoir-faire des ressources humaines.” Si son diagnostic porte sur la situation canadienne, il semble en tout point valable pour la France : malgré un fort taux de chômage des jeunes, les employeurs déclarent qu’ils n’arrivent pas à pourvoir les postes qui requièrent des savoirs scientifiques et techniques. Cette pénurie de Talents ne fait que s’accentuer.

Talent Shortage 2012 - EMEA- Top 10 pénurie

Les systèmes éducatifs doivent remettre à jour leur logiciel

pisa2011-SciencesLa désaffection des élèves envers ces filières moteurs de l’innovation et de la croissance frappe tous les pays occidentaux. La France n’échappe pas à la règle, loin s’en faut.

Don Taspcott voit une cause à cette inquiétante tendance : “tous nos modèles d’innovation, de production et de distribution remontent  à l’ère industrielle, alors que la révolution numérique domine l’activité économique”. Pour lui, le sursaut passe par une prise de conscience :  les systèmes d’enseignement doivent tirer toutes les conséquences du passage à la « Troisième révolution industrielle ».

Les digital natives devraient pouvoir enquêter, questionner l’information, échanger, apprendre via des conversations…

Don Tapscott suggère aux systèmes éducatifs de remettre à jour leur logiciel pédagogique : alors que leurs parents « recevaient » passivement un enseignement, les digital natives devraient  pouvoir enquêter, questionner l’information, échanger, apprendre via des conversations et des « expériences d’apprentissage individualisées ».

Don Tapscott

A l’époque de « l’intelligence en réseau », les jeunes d’aujourd’hui auraient besoin d’une éducation interactive, fondée sur l’échange, dans laquelle ils apprennent à enquêter, questionner l’information. Manifestement, cela ne suffit pas : alors que ce constat était au fondement du « Renouveau pédagogique » lancé par le Québec en 2000 pour « adapter l’école québécoise aux besoins de la clientèle et à la réalité du XXIèmesiècle », le problème demeure et s’est même aggravé : si l’école québecoise a revu ses méthodes en profondeur, le niveau  des élèves a baissé en sciences.

Pour Cédric Vilani, mathématicien français et directeur de l’Institut Henri-Poincaré, les problèmes les plus sérieux de l’enseignement scientifique sont structurels. L’école française ne consacrerait pas assez de temps aux sciences, y compris dans les filières littéraires. « Pas pour en faire ingurgiter davantage aux élèves, mais pour leur permettre de mieux apprivoiser les notions. Si vous accompagnez une définition de trois exercices, l’effet ne sera pas le même qu’avec un seul, il y aura moins d’élèves pour qui le train sera passé trop vite. » L’autre grande difficulté tiendrait « à l’organisation même de l’école, en ce qui concerne tant les questions de management que d’évaluation. ». Il faudrait « repenser de manière plus réaliste, plus humaine, plus pragmatique, plus personnelle aussi, le monde de l’enseignement . »

L’enseignant du 21ème siècle : de la transmission à des  expériences d’apprentissages individualisées”

Tapscott, quant à lui, suggère notamment d’utiliser de nouveaux outils : les technologies doivent servir à « libérer les professeurs de la transmission d’informations » et leur permettre de devenir des « curateurs d’expériences d’apprentissages individualisées ». Dans une étude récente, l’utilisation du réseau social Twitter en classe boostait les résultats et la motivation des étudiants…

Age of Networked Intelligence - Tapscott

 

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Collaboration, transparence, partage et autonomie : 4 principes du « monde ouvert »

Les jeunes générations sont nées dans un monde technologique connecté. Par conséquent, le monde devient  plus ouvert et transparent, selon Tapscott. Dans une conférence TED (disponible en version sous-titrée ici), il décrit les quatre principes fondamentaux de ce « monde ouvert ».

  • Collaboration : les médias sociaux deviennent des lieux de production  – on pense notamment au crowdsourcing.
  • Transparence de la communication : les institutions seraient « nues » aujourd’hui. Les valeurs deviennent essentielles pour construire la confiance, elle-même condition sine qua non de la réussite aujourd’hui. Cette transparence est souhaitable : elle diffuse la lumière, encore plus vitale dans un monde chaotique.
  • Partage : la propriété intellectuelle, donc les méthodes et l’encadrement juridique de la recherche, serait à réinventer.
  • Autonomie (empowerment) : la connaissance et l’intelligence se diffusent, le pouvoir et la liberté aussi.

Les bonnes idées émergent avec l’échange, la connexion

Dans cette autre vidéo TED, le « gourou » du marketing Steven Berlin Johnson explique « d’où viennent les bonnes idées » : l’étude du processus d’émergence et de diffusion des idées et innovation qui ont marqué l’histoire humaine montre que l’échange, la connexion, jouent un rôle fondamental. Internet jouerait, aujourd’hui, le rôle des salons au siècle des Lumières…