Publié le 16 septembre 2015

EURÊKA. Et si vous n'aviez plus d'ordinateur, plus accès à internet, ni aux Job Boards ou aux applis pour sourcer vos talents ? C'est le thème qui occupait un atelier composé de professionnels du sourcing, à l'occasion des conférences #TruSourcing.

Le 15 septembre, les conférences #Tru organisées par la joyeuse équipe de Laurent Brouat avaient convié les professionnels du sourcing à échanger autour d'ateliers uniques en leur genre, sans slides, sans speakers, sans langue de bois et même, vu le succès de l'évènement, sans chaises !

L'un des workshops posait l'étonnante question : "Comment faire du sourcing sans ordinateur... sans internet ?" Une vraie interrogation à l'heure où certains voient dans le web le nouvel Eldorado de la recherche des talents. L'occasion de revenir aux fondamentaux du métier – pour les réinventer ?

Le réseau : s'intéresser aux parcours et aux individus

Les débats sont lancés à la façon #Tru, d'un simple coup de sifflet ! Samir Berkane, responsable de mission chez Manpower Conseil recrutement, le réseau national de cabinets de recrutement de Manpower, partenaire de l'évènement, introduit le débat avec humour :

"Pas besoin de revenir au silex ! Le réseau que chacun peut – et doit – développer autour de lui, est primordial. Question un peu philosophique : est-ce que les bons candidats ne sont pas davantage en attente de plus de relationnel ? Face au risque de marchandisation qui pèse toujours sur le recrutement, est-ce qu’on ne doit pas être dans le réel accompagnement d’un projet, d'un individu, d'un parcours ? Ne pas se limiter à un CV ou à des mots clefs !"

Plusieurs recruteurs présents confirment : "La moitié des recrutements que je fais, c'est par mon réseau", expliquent-ils, ajoutant que tout recruteur, qu'il ait ou non à disposition un ordinateur connecté à internet, se doit de construire un réseau sur la durée : "Mon idée, c'est d'avoir un bon premier contact avec eux, pour qu'ils se souviennent de moi quand ils seront en recherche de poste." Individualiser, s'intéresser au parcours plutôt qu'à simplement "remplir le poste" : "C'est un retour aux fondamentaux du métier : une approche humaine et dans la durée", conclut Samir Berkane.

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L'approche métier : trouver les bons prescripteurs

desk-office-hero-workspace-largeConstruire un réseau, c'est non seulement avoir des contacts de premier degré, mais aussi construire une réputation : "Ces contacts peuvent, à leur tour devenir des prescripteurs", explique Paul Mouchet, chargé de recrutement chez BNP Paribas. "Il faut profiter des réseaux d'alumni, des réseaux d'écoles..."

Dans la salle, une recruteuse surenchérit : comment faire dans le cas de sourcing de profils pénuriques, souvent très courtisés et difficiles à trouver ?

"Dans mon entreprise, nous recrutons des profils technologiques très pénuriques… Et ils sont trop sollicités ! Alors nous sommes contraints de passer par d’autres canaux : les ambassadeurs de leurs communautés. Parce que les recruteurs, eux, n'en font pas partie. Ils ne les connaissent pas, ne leur font pas toujours – et tout de suite – confiance et ils ne sont pas "geek" pour un sous ! Notre solution ? Nous passons par leurs pairs pour diffuser des offres et des propositions."

Ces ambassadeurs-métiers, s'ils l'acceptent, parlent avec "plus de cœur" d'un métier qu'ils connaissent par la réalité du terrain. Une excellente stratégie pour détecter et convaincre les talents.

> Lire aussi : Sourcing : sur les réseaux sociaux, la guerre des talents n’aura (peut être) pas lieu

Les évènements : réunir les talents pour les rencontrer

Mais comment cibler les talents sans recourir à internet et aux bases de données de Job Boards ? Pour Laurent Kermel d'Hubistaff, qui a trouvé place sur le rebord d'une fenêtre, la réponse, c'est l'évènement :

"Je trouve que la logique de l’évènement est idéale pour trouver le bon talent au bon moment. L'évènement, certes, on peut le créer nous-mêmes et inviter des influenceurs, mais c'est coûteux ! L'autre solution, c'est de s’insérer dans un évènement fédérateur  pré-existant dans un secteur. #TruSourcing en est la preuve, car c’est un évènement qui réunit un écosystème, par exemple le salon SalesForce ou le salon Solutions CRM qui permet de vraiment cibler les recrutements en fonction de technologies précises."

Dans la salle, chacun partage ses expériences : une recruteuse explique continuer à animer plusieurs réseaux d'anciens étudiants, organisant des Afterworks pour garder les contacts. Une autre confie une expérience plus singulière : "Je suis allée à un mariage et, surprise, je découvre que... j'avais recruté le marié il y a quelques années. De fil en aiguille, je me suis rendue compte que la soirée était pleine d’ingénieurs comme lui... et donc j’ai commencé à distribuer mes cartes, tout simplement !"

Le téléphone : le retour d'une technologie "vintage" ?

apple-iphone-smartphone-desk-largeAutrefois outil de prédilection pour les prises de contact, "le téléphone est-il aujourd'hui perçu comme trop intrusif ?", demande Jean-Marie Caillaud (Ippon). Comme l'expliquent des recruteurs présents, l'utilisation du téléphone implique des techniques d'approche similaires à celles d'un commercial :

"Aujourd'hui encore, quand je n'arrive pas à avoir de réponses par courriel ou Linkedin, je regarde l’entreprise dans laquelle travaille la personne et j'appelle ! Le problème, c'est que certains sont choqués, surtout lorsque j'ai dû passer la barrière du standard..."

Un débat s'ensuit et les recruteurs paraissent vraiment divisés. Pour certains, l'approche est "trop directe" et empêche le recruteur de "créer une relation de confiance". Pour d'autres, cette relation peut tout à fait se créer directement par téléphone, quitte à passer un premier appel pour convenir d'un temps de rendez-vous et ne pas tout de suite parler d'un recrutement : "Pourquoi ne pas créer une relation en invitant à un évènement ?"

Les candidatures spontanées : ne pas passer à côté des opportunités !

Et si les talents se présentaient à votre porte... qui serait là pour les accueillir ? Provocatrice, c'est sur cette question que s'est terminé l'atelier :

"Les gens qui se déplacent avec un CV – chose un peu incroyable aujourd'hui dans l'esprit de beaucoup de recruteurs – se retrouvent souvent face à un mur, quand on leur répond : "Envoyez-le nous par mail", "Revenez demain", ou encore "Prenez rendez-vous par internet". C'est dommage, parce que ces profils-là, qui se déplacent, ce sont des candidats actifs – très motivés !"

Alors, faut-il ré-ouvrir des "guichets à candidature" pour être sûr de ne pas passer à côté des candidats idéals ? Ce genre de dispositif peut-il attirer ceux qui sont à la recherche d'un contact humain plutôt que d'échanges par boîtes mail interposées ?

C'est finalement Samir Berkane, Manpower, qui clôt le débat par une anecdote :

"Et si les sourceurs devaient, à leur tour, repenser comme... des candidats ? Quand je suis sorti de DUT, pour trouver mon contrat pro, j’ai imprimé 150 CV et, avec un ami, nous nous sommes rendus à Orly Ouest à 4h40 du matin. Pourquoi ? Pour croiser tous les cadres qui passaient par là en allant au bureau ! C’est finalement tout un état d’esprit vers lequel on peut revenir : prendre à nouveau le temps de revenir vers les gens et leurs parcours !"

Coup de sifflet, Laurent Brouat rentre dans la pièce pour nous faire signe qu'il faut arrêter les débats. Rendez-vous à la prochaine conférence #Tru !

 Crédit image : opensource.com / CC BY 2.0

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