Publié le 4 mai 2015

Le BIMBuilding Information Modeling ou Modélisation des données du bâtiment,  vise à simplifier la conception - et plus tard l'exploitation - d'un projet de construction ou de rénovation. Concrètement, il s'agit d'une base de données enrichie et partagée par tous les acteurs d'un projet. Un changement purement technique ? Au contraire, pour des grands acteurs du bâtiment comme Bouygues Construction, c'est une "évolution irrémédiable dans la façon de concevoir, construire et gérer les ouvrages".

BIM : partager les données pour faciliter la collaboration

Des architectes aux promoteurs en passant par les maîtres d'ouvrage et les entreprises de BTP, tous profitent des avantages du BIM. Ce mode de travail collaboratif, qui utilise des maquettes en 3D interactives, permet en effet de construire moins cher et plus rapidement. Pourtant, chez certains collaborateurs, les réticences sont encore présentes et freinent son déploiement dans les entreprises.

Les bases de données issues du BIM sont de plus en plus souvent conçues dans des logiciels de modélisation dynamiques et se présentent donc sous la forme de modèles 3D intelligents. Ces maquettes numériques intègrent alors toutes les données liées à la construction : relations spatiales, informations géographiques, propriétés des différents éléments (quel matériau ? qui l’a construit ? combien coûte-t-il ? quand a-t-il été réalisé ?).

BIM : transformation digital du secteur de la construction

Maquette numérique du terminal Cathay Pacific Cargo à Hong Kong par le Groupe Canam

 Les maquettes numériques BIM sont utilisées tout au long du cycle de vie d'un projet :

  • Conception : mutualisation et partage des données
  • Commercialisation : présentation du projet, des données techniques et d'exploitation future, personnalisation des espace de travail ou des logement
  • Exploitation : amélioration des phases de transfert entre constructeurs et exploitants, gestion optimisée et adaptée au bâtiment (prise en compte de ses spécificités)
  • Démolition et élimination : optimisation de la conception pour une déconstruction économique et durable

Beaucoup des corps de métiers sont amenés à intervenir lors de la construction d'un bâtiment :  plombier, chauffagiste, électricien, équipementier réseau, etc. Dans un projet traditionnel, chacun utilise son propre logiciel métier et saisit donc les données sous un format différent... Une perte de temps et d'argent qui est souvent source d'incohérences et de retards de livraison. Avec la méthode BIM, les process sont rationalisés et maîtrisés, les informations capitalisées à chaque étape et tous les acteurs peuvent avoir une vue d'ensemble sur le projet, le plus souvent via une plateforme Internet dédiée.

Chez certains géants du secteur, le BIM est déjà intégré depuis plusieurs années. C'est le cas par exemple chez Bouygues Construction où l'utilisation du BIM est aujourd'hui généralisée sur tous les projets : "Nous utilisons systématiquement la maquette numérique pour la conception des data centers et des hôpitaux depuis 2011-2012", précise Brice Fourney, Directeur technique à l’ingénierie de Bouygues Energies & Services.

> Lire aussi : Sur le terrain, Eiffage mise sur une "transformation numérique douce"

Le BIM manager, bientôt indispensable ?

Du côté des entreprises, qui dit démocratisation du BIM dit également recherche de compétences associées. Depuis 2014, il existe par exemple des formations courtes au CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) ainsi qu’un Mastère spécialisé BIM à l’Ecole nationale des ponts et chaussées. Cela passe également par une création de poste, comme celui de BIM manager, un collaborateur en charge de la mise en place et de la coordination du plan BIM.

BIM managerSelon le projet, le BIM manager peut avoir un profil d'architecte ou d’économiste, chaque métier ayant des compétences spécifiques. Sur certaines construction d’ampleur, on nomme des BIM Manager différents selon les phases du projet : architecte lors de la conception puis économiste pendant le dossier de consultation des entreprises (DCE). Il est aussi très courant de travailler avec des prestataires externes.

Xavier Pichetti, BIM Manager chez Norpac,  une filiale de Bouygues Construction, explique : "Le BIM Manager est au centre des interactions d’un projet. Nos défis : accompagner tous les acteurs du BIM dans ces nouveaux modes de travail et tester les limites techniques des logiciels. Nous devons aussi anticiper les nouvelles réglementations qui imposent d’être de plus en plus précis et obligent à récupérer le plus facilement possible, en grande quantité et sans ressaisie les informations de nos collaborateurs."

Quand le BIM devient un modèle de développement

bim-foundationPour Foundation, une société d’ingénierie numérique, le BIM est un véritable business model : à  l’heure actuelle, l'entreprise fait travailler une petite dizaine de collaborateurs et son activité tourne uniquement autour des modèles numériques de données. Ses équipes comptent à la fois des architectes, des ingénieurs et, de façon plus étonnante, des développeurs de jeux vidéo. Tous sont spécialisés dans la conception de services autour du BIM comme par exemple la possibilité d'implémenter des technologies telles que la réalité virtuelle. Grâce à un casque Oculus Rift, Foundation permet ainsi aux différents acteurs d'un projet de se projeter et de naviguer dans des maquettes numériques à l’échelle 1. Un véritable argument de vente pour les promoteurs qui cherchent à commercialiser un projet puisque les clients peuvent le visiter... avant même la première pierre posée.

La révolution BIM touche également les éditeurs de logiciels. Graitec, un français spécialisé dans les logiciels de calcul et de structures, amorce une transition vers le BIM en partenariat avec Autodesk. Son ambition ? Être le numéro 1 européen en 2018. Pour cela, la stratégie R&D a été revue, plusieurs lancements produits sont prévus en 2015 et, surtout, les services d’assistance devraient être renforcés. En effet, pour Bernard Giry, responsable des opérations en Europe de l’Ouest : "Le déploiement est soutenu et connaît un véritable engouement. Tout le monde y pense, tout le monde va y aller… à condition d'être accompagné."

Révolution BIM : pédagogie et formation au menu

BIMPour Jérôme Royan du laboratoire d’innovation numérique b<>com : "Il ne s’agit pas de savoir si ces technologies vont être adoptées par la filière mais plutôt de se demander quand". Il ajoute :

«  Il faut travailler sur la simplicité d’usage, d’installation, d’acquisition des compétences… Pour donner les moyens à l’ensemble des acteurs de manipuler eux même les maquettes ».

Selon Vincent Barué, co-fondateur de Foundation, si le BIM a du mal à se mettre en place, c’est parce que le secteur du bâtiment fonctionne en silos de compétences :  "Les acteurs, qu’il s’agisse des architectes, ingénieurs ou économistes, ont tendance à être réfractaires car leurs habitudes sont bouleversées, notamment en termes de prises de responsabilité, de structuration des agences, d’équipements, de formations…"

Alors, face à ces réticences, comment faire entrer le BIM dans le secteur de la construction ? La ministre du logement Sylvia Pinel a présenté en décembre 2014 un plan de transition numérique dans le bâtiment. Doté de 20 millions d’euros, il a pour objectif d'intégrer les outils qui permettront de faire baisser les coûts de la construction neuve jusqu’à 35 euros/m². Dans cette optique, la ministre prévoit la création d'un portail Internet de la maquette numérique d'ici fin juin 2015 et la mise en place de formations aux outils numériques pour accompagner les différents acteurs dans leur montée en compétence.

Si les détails de ce dispositif ne sont pas encore connus, espérons néanmoins qu'il nous permettra de ne pas prendre de retard sur cette évolution du secteur. En effet, chez nos voisins d'outre-Manche, les derniers freins sont en train d'être levés : à partir de janvier 2016, tous les projets publics britanniques devront intégrer des modèles 3D intelligents...

 > Lire aussi : Bâtiment et transition énergétique : ces compétences qu'il faut anticiper pour 2020 

 

Crédits images : Internet Archive Book ImagesGroupe Canam et  pkdon50 / Flickr.com / Licence : CC BY-ND 2.0

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