Publié le 11 octobre 2011

Selon Stéphane CARCILLO et Olivier GALLAND (deux des auteurs de La Machine à trier), il y a urgence à transformer un système qui élimine implacablement les plus faibles ; car le sentiment d'injustice qui anime ces derniers, mis à l’écart d’une société "à statuts", les écarte des fondements de la démocratie :

 

Découvrez ci-après des extraits de l'introduction du livre. Son titre : "Les deux jeunesses".

« Pour les uns, les jeunes auraient perdu le goût du travail, seraient anesthésiés par les prestations d’assistance et s’éterniseraient dans le confort douillet de la vie de famille en passant leurs journées devant la télévision. Une génération "canapé" en quelque sorte. Pour les autres, les jeunes seraient confrontés à un déclassement brutal, une précarité permanente à laquelle même les diplômés n’échapperaient pas. Bref, une génération « galère ».

Ce livre bat en brèches ces assertions à l’emporte- pièce […]. Tous les jeunes ne sont pas logés à la même enseigne : certains s’en sortent, d’autres non et l’écart entre ces deux jeunesses grandit inexorablement.

Ce livre stigmatise aussi le rôle exorbitant du diplôme dans l’insertion professionnelle.Certes, nos jeunes connaissent tous des débuts difficiles, mais l’issue est très différente selon qu’ils ont ou non atteint le saint Graal du diplôme.

  • Les premiers finissent par obtenir le plus souvent un emploi stable, le fameux CDI, qui marque l’entrée dans la vie adulte.
  • Les autres connaissent un destin beaucoup plus aléatoire qui peut les conduire vers une pauvreté durable, voire vers une vie en marge de la société.

Dans les années 1960, l’entrée dans la vie professionnelle était plus facile pour tous les jeunes, y compris pour ceux qui n’avaient pas de diplôme. Ces derniers trouvaient facilement des emplois peu qualifiés dans l’industrie. Par la suite, beaucoup de ces emplois ont disparu ; le niveau de qualification requis s’est élevé, le niveau de fin d’étude également ; et l’absence de diplôme est devenue un handicap de plus en plus insurmontable.

Au début des années 1970, le risque d’être au chômage pour les jeunes non diplômés était une fois et demie plus élevé que celui des autres jeunes. Depuis le début des années 1990, il est devenu pratiquement deux fois et demie plus élevé. La jeunesse française est coupée en deux et cette césure se creuse.

Comment en est-on arrivé là ? On peut d’emblée écarter l’hypothèse selon laquelle les jeunes auraient renoncé aux valeurs qui forment encore aujourd’hui le socle de l’intégration sociale, à savoir le travail et la famille. Les enquêtes sur les valeurs dont nous avons minutieusement scruté les résultats ne montrent rien de tel […]. Les jeunes [NDLR : de toutes classes sociales, tout niveau d’études] demeurent attachés à exercer un métier et à fonder une famille tout autant que les adultes.

Cependant, les plus défavorisés d’entre eux jugent ces objectifs inatteignables. Ils en ressentent une frustration qui, par contrecoup, atteint leur sentiment d’appartenance à la société, leur civisme, et alimente la défiance envers la démocratie et la tentation de la radicalité. Cette situation porte en germe une menace de division de la société, de violence et d’extrémisme. »

Parce qu'il y a urgence, l'Atelier de l'Emploi a ouvert un espace dédié à la place des jeunes dans notre système élitiste, au sein duquel l’école et le marché du travail servent de machines à trier.

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