Publié le 11 août 2016

CHRONIQUE. Sélectionné pour la 21e édition du prix littéraire de la Fondation ManpowerGroup et HEC Paris, qui sera remis le 20 septembre, L’innovation frugale de Navi Radjou et Jaideep Prabhu, propose un modèle de créativité différent que les deux auteurs résument ainsi : « Comment faire mieux avec moins ».

Il faut cesser de croire que les ressources naturelles sont infinies ! Les gouvernements, les entreprises et les citoyens des pays développés sont de plus en plus amenés à repenser leur façon de produire et de consommer.

Dans son nouveau livre, L’Innovation frugale : comment faire mieux avec moins, Navi Radjou part d’un paradoxe : vivre avec moins, cela peut aussi être source… d'innovation ! Ainsi, l’innovation frugale est-elle un modèle de créativité qui ambitionne de maximiser la valeur tout en utilisant moins de ressources. Une réponse ingénieuse à la rareté – et à la crise.

En attendant de savoir lequel des 5 ouvrages finalistes recevra le Grand Prix de la Fondation ManpowerGroup, voici 3 idées clefs pour comprendre L’innovation frugale.

 

La rareté est une source d’émancipation

Inspirée du concept indien Jugaad, l’innovation frugale est « une démarche consistant à répondre à un besoin de la manière la plus simple et efficace possible en utilisant un minimum de moyens ». Proche du système D, l’innovation applique à la lettre l’idée que la nécessité est mère de l’invention – et valorise cette forme spécifique d’inventivité.

Pratiquée par un nombre croissant d’entrepreneur, ce concept est devenu une source d’émancipation dans les pays émergents comme l’Inde, la Chine ou le Brésil. Dans ces pays, il apparaît tout naturellement comme la meilleure façon de résoudre les problèmes du quotidien d’une population très nombreuse et très disparate, disposant d’un pouvoir d’achat très faible et d’un accès limité à des ressources essentielles comme l’électricité ou l’eau.

 

Navi Radjou cite l’exemple d’un habitant du nord de l'Inde : contraint de se rendre à son travail à vélo en empruntant une route peu praticable, ce dernier a trouvé une solution brillante pour transformer l’adversité de son quotidien en opportunité. Il a équipé son vélo d'un convertisseur transformant l'énergie de l'amortisseur en énergie transmise à la roue arrière. In fine, plus la route est abîmée plus le vélo roule plus vite et tout seul !

Quid des pays développés ? L’industrialisation des processus de création a conduit les économies occidentales à penser qu’il faut toujours plus de ressources pour produire plus d’innovations. La rareté est donc trop souvent vécue comme une privation. Et si au contraire, on pouvait faire mieux avec moins ? Selon Navi Radjou, l’idée commence à germer auprès des secteurs les plus avides d’innovations tels que l’automobile, la pharmacie et l’informatique.

L’innovation frugale est une véritable mutation socioculturelle

La notion de frugalité a également fait son chemin parmi la jeune génération.

Contrairement à leurs aînés dont la devise peut se résumer à « je consomme, donc je suis », la génération Y se définirait, selon l’auteur, par sa capacité à s’affranchir du désir de propriété. Plus encline à partager une voiture qu’à l’acheter, la génération Y a fait le choix volontaire d’un mode de consommation plus « frugal ».

Autant de mutations de valeurs socioculturelles favorables à la pensée jugaad. Ainsi libérés de la crainte du manque de ressources, Navi Radjou argue que les individus deviennent plus audacieux, plus ambitieux.

Derrière l’économie de la frugalité se cachent 3 tendances

  • Le partage : Si les entreprises et les employés parviennent à partager entre elles leurs ressources, leurs actifs, leurs employés, leurs clients et leurs brevets, la donne sera profondément redistribuée. Le système pyramidal sera remplacé par une économie horizontale.
  • Le faire soi-même : L’industrie de la consommation est profondément impactée par le phénomène des makers. Grâce aux imprimantes 3D, aux fablab et aux composants électroniques disponibles en open source, le coût de l'innovation chute considérablement rendant les technologies accessibles à tous. C’est toute la chaine de valeur qui est alors repensée, aujourd’hui le client final se retrouve au cœur du dispositif, et participe même à la création.
  • La circularité : La finalité de cette économie n’est pas seulement le recyclage et la réutilisation des ressources. Elle va au-delà en proposant la création de biens pensés pour être à la fois durables et accessibles

L'innovation frugale, ou Comment faire mieux avec moins, de Navi Radjou et Jaideep Prabhu, 377 pages, Edition Diateino.

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