Publié le 16 septembre 2011

Sujet de préoccupation majeur,  le chômage semble suivre de nouveau une tendance défavorable après une amélioration. Françoise Gri expliquait ces évolutions par les incertitudes des employeurs.

Chômage jeunes Europe
copyright Reuters

Alors que l'OCDE vient de publier ses Perspectives de l'emploi 2011, déjà commentées par la presse, qui tire notamment la sonnette d'alarme sur le fléau du chômage des jeunes, le blog de Verel décryptait récemment les "idées fausses" qui circulent parfois selon lui en la matière :

"Le chômage repart à la hausse et tous les médias nous expliquent que ce sont les jeunes et les seniors qui en sont les premières victimes, passant ainsi à côté de l’essentiel : ce n’est pas l’âge qui est le principal élément explicatif du taux de chômage, c’est le métier et la qualification.

L’affaire est entendue depuis longtemps : les carrières professionnelles sont rétrécies aux deux bouts avec de grandes difficultés pour les jeunes pour trouver un emploi et des sorties prématurées pour les seniors. [...] Si on y regarde de plus près, les choses ne semblent pourtant pas si évidentes."

Le blogueur analyse les statistiques de la Dares et de l'INSEE :

Demandeurs emploi juillet 2011 Dares"Les chiffres de juillet publiés par la DARES donnent certes une augmentation plus forte que la moyenne du chômage des 50 ans et plus : pour la catégorie A*, sur un mois +2.0% contre +1.3% et sur un an +14% contre +1.0%. Mais la tendance est inverse pour les jeunes puisque l’évolution est de +1.4% sur un mois mais de -2.5% sur un an.

Si on regarde maintenant les taux de chômage au sens du BIT publiés en début de mois de septembre pour le deuxième trimestre par l’INSEE, on découvre que sur un an, le chômage des 15/24 ans est passé de 22.9% à 21.9%, celui des 25/49 ans de 8.4% à 8.2%, celui des 50 ans et plus restant stable à 6.1%".

Verel en conclue que "en réalité, le chômage des seniors est donc assez nettement plus faible que la moyenne." Concernant les jeunes, il rappelle que"même après la baisse constatée en un an, le taux de chômage des 15/24 ans est 2.4 fois plus élevé que la moyenne". Avant de nuancer ce constat dans la foulée :

Emploi chômage activité 15-64 ans BIT - INSEE
Emploi-chômage-activité 15-64 ans par tranche d'âge. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

"Quand on lit l’étude faite par l’INSEE sur les dix premières années de carrière, on lit un taux de chômage d’ensemble de 14%, au sens du BIT. C’est encore 1.5 fois le résultat d’ensemble, mais on est assez loin des 2.4 précédents ! Pourquoi ?

C’est très simple : le choix de l’analyse par tranche d’âge déforme la réalité des débuts de carrière, parce que les jeunes peu ou non qualifiés y sont surreprésentés (il s’agit du taux de chômage des actifs, et les étudiants n’y figurent donc pas) alors que les plus diplômés en sont presque absents !

Donc 50% de taux de chômage en plus en début de carrière et un tiers en moins en fin de carrière : il y a un réel effet âge, mais il est assez différent (pour les seniors) et plus faible (pour les débutants) que ce qui est habituellement propagé."

Précisons, si besoin était, que le fait que cet effet soit "plus faible" ou "différent" ne signifie évidemment pas qu'il est négligeable. Le blogueur effectue en réalité ces précisions statistiques afin d'insister sur un point : "la différence de chômage selon les formations."

"Si l’on reprend l’étude de l’INSEE pour les 10 ans de  début de carrière, on note que les non diplômés ont un taux de chômage de 31% (soit plus du double d’une moyenne assez élevée) quand le taux est de 6% pour les aides-soignantes, de 3% pour les BTS de génie civil, de 2% pour les infirmières, de 4% pour les ingénieurs en mécanique ou électricité. Un rapport de 1 à 15 entre les formations les plus recherchées et celles qui ne le sont pas !".

Verel prend l'exemple des infirmières pour expliquer la notion de "chômage frictionnel" :

"Un mot sur les 2% de chômage des infirmières (il y a le même taux pour les médecins). Dans une profession en pénurie et répartie sur tous le territoire de manière assez homogène, il illustre ce que l’on appelle le chômage frictionnel : je déménage pour suivre mon conjoint [...] et il peut y avoir quelques mois ou quelques semaines de chômage.

Il existe des infirmières qui, pour des tas de raisons personnelles, choisissent l’intérim (et refusent donc les propositions d’embauche en CDI qu’on ne manque pas de leur faire régulièrement) et peuvent avoir des périodes courtes de chômage (bien entendu indemnisé) entre deux missions. On a donc un grand écart entre des populations dont la formation débouche sur un marché de l’emploi peu favorable et d’autres qui vont au contraire bénéficier d’une situation très favorable, avec bien sûr toutes les situations intermédiaires. Parmi les premières, certains, pour des raisons de dynamisme personnel ou de hasard peuvent s’en sortir beaucoup mieux que d’autres."

En cela, le blogueur confirme les enseignements de l'enquête "Générations" du Céreq, confirmés il y a quelques jours par l'OCDE, dans son étude "Regards sur l'éducation" ainsi que dans ses Perspectives de l'emploi pour 2011.

>>> Lire l'intégralité du billet de Verel.

*N.B : Catégories de demandeurs d’emplois :
- A, B et C : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi
  • A : sans emploi par ailleurs ;
  • B : ayant exercé une activité réduite courte (i.e. de 78 heures ou moins au cours du mois) ;
  • C : ayant exercé une activité réduite longue (i.e. de plus de 78 heures au cours du mois).
- Les catégories D et E sont dispensés de recherche d’emploi :
  • D : en raison d’un stage, d’une formation, d’une maladie…, sans emploi ;
  • E : en emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés).
     

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