Publié le 8 septembre 2016

ÉVÈNEMENT. Quelle sera la place des robots dans la France de demain ? Simples machines ou futurs collègues, annoncent-ils un remplacement des humains dans certains secteurs ? Lors de la nouvelle édition de « La France Qui Vient » organisée par la Fondation ManpowerGroup S’accomplir et HEC Paris le 20 septembre 2016, la table ronde « Les robots sont parmi nous » se penchera sur les implications et enjeux de cette robotisation pour l’emploi.

La question de l’emploi et des robots se pose avec de plus en plus d’acuité. La robotisation annoncée de l’économie se traduira-t-elle vraiment par ces suppressions massives d’emplois ? Comment réinventer un monde du travail où humains et robots apprennent à travailler ensemble ?

A l’occasion de « La France Qui Vient Saison 2 » organisée par la Fondation ManpowerGroup S’accomplir et HEC Paris experts et entrepreneurs se réuniront autour d’une même table autour du thème « Les robots sont parmi nous ». Voici 3 éléments clés pour mieux appréhender cette (r)évolution en marche : « L’ambition est de montrer que ce que l’on croit être du futur est déjà bien du présent. C’est une nouvelle France qui est en train de se créer, et il est temps de s’y intéresser », a expliqué Christian Boghos, président de la Fondation.

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Les robots, des suppléants, non des remplaçants

La crainte du remplacement des humains reste (heureusement) très éloigné : selon Paul Dumouchel et Luisa Damiano dans leur livre « Vivre avec Les Robots », la grande majorité des robots actuellement conçus sont programmés dans l’optique non de remplacer, mais de suppléer l’humain. A l’avenir, la création de tout robot devrait prendre en compte cette logique pour pouvoir intégrer la société, ce que les deux auteurs choisissent d’appeler une « robotique sociale » :

« Le projet de la robotique sociale est de créer des suppléants artificiels, des robots susceptibles de se substituer à nous dans certaines tâches, mais sans pour autant qu’ils ne prennent notre place »

Une conception des robots tournés vers l’empathie, donc, mais qui transformera bel et bien les métiers. Mais comment ? Selon une étude récente de France Stratégie, la transformation numérique fait évoluer les métiers dans un sens qui les rend paradoxalement… moins automatisables. En effet, le nombre des emplois peu automatisables en France a augmenté de plus de 30 % depuis 1998.

Pascal Morand, président Exécutif de la Fédération Française de la couture, du prêt à porter des couturiers et des créateurs de mode, donne ainsi l’exemple de l’impression 3D dans la mode, qui permet aux créateurs de mode de démultiplier leurs possibilités grâce à l’aide de la machine. Un bel exemple de collaboration que l’on retrouve aussi avec le robot humanoïde créé en open source par le designer Gaël Langevin, ou le robot d’assistance aux enfants autistes développé par l’ingénieur Ladislas de Toldi s’inscrivent dans le même cadre de collaboration entre humains et robots.

Des robots empathiques pour une meilleure collaboration et une meilleure compréhension de notre vie sociale

Contrairement aux robots dont le fonctionnement est uniquement régi par la logique, l’intelligence de leurs (futurs) collègues humains se partagent entre le cœur et la raison. Pas de doute, pour mieux cohabiter avec nous : les robots doivent devenir plus empathiques. C’est la thèse développée dans son dernier livre « Le jour où mon robot m’aimera. Vers l’empathie artificielle » par le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron. Il propose ainsi une catégorie intermédiaire qu’occuperait le « robjet » entre les créatures vivantes (humains ou animaux doués de sensibilité) et les objets meubles incapables d’autonomie.

Pour devenir nos collègues, les robots devront également savoir s’intégrer à un collectif en faisant preuve d’empathie. Ce qui implique de renouveler la connaissance que nous avons de nos interactions sociales pour y intégrer les robots : « Construire des compagnons artificiels n’est pas seulement une aventure technologique, cela exige aussi de se connaitre soi-même et les autres, et de comprendre ce qu’est une relation sociale. », affirment ainsi Paul Dumouchel et Luisa Damiano.

La robotisation, essentielle pour une économie « tertiarisée » plus compétitive…à condition de prévoir la formation

Dans le cadre d’une économie toujours plus tertiarisée, la robotisation est un véritable levier de compétitivité, et pour cause : elle favorise les tâches sur lesquelles les employés ont un avantage comparatif sur les automates. La robotisation, selon France Stratégie, a donc le potentiel de créer à la fois des emplois directs (dans la R&D, la conception ou la production d’automates) et indirects via des gains de productivité, qui sont, quant à eux, plus difficiles à estimer :

« Ce n’est pas parce qu’une activité est robotisée qu’elle peut se dispenser de salariés ! L’industrie automobile allemande est une des plus robotisées au monde. Pourtant, elle emploie 100 000 salariés de plus qu’il y a vingt ans. On est loin ici du remplacement ! »

La destruction d’emploi amenée par la robotisation est donc largement surestimée : pour Stratégie France, seuls 15% des emplois seraient, actuellement, potentiellement automatisables. Et, par contre, la multiplication de ces robots dans tous les secteurs et à tous les niveaux de l’entreprise pourrait entraîner d’énorme besoins en termes d’emplois.

D’où la nécessité de prévoir la demande d’emplois, de former en conséquence et d’accompagner les talents dans ce domaine prometteur, et qui peine déjà à recruter pour pourvoir tous les postes proposés. Pour une robotisation qui ne laisse personne sur le bord de la route.

Les intervenants

damianoLuisa Damiano

Professeur de logique et de philosophie de la science à l'Université de Messine - Italie. 

 

dupuyJean-Pierre Dupuy

Polytechnicien, ingénieur des Mines, épistémologue et philosophe, il est professeur de Français et chercheur au Centre d'Etude du Langage et de l'Information de l'Université de Stanford. 

morandPascal Morand

Président Exécutif de la Fédération Française de la couture, du prêt à porter des couturiers et des créateurs de mode, membre de l'académie des technologies et professeur à ESCP Europe

tisseronSerge Tisseron

Psychiatre et psychanalyste, il est chercheur associé au centre de recherche psychanalyse médecine et société à l'Université Paris VII, spécialiste des relations avec les robots, il vient de publier "Le jour où mon robot m'aimera" chez Albin Michel

toldiLadislas de Toldi

Ingénieur en bio technologie, il est co-fondateur de LEKA, petit robot sphérique ludique pour aider à stimuler les enfants atteints de troubles du développement

langevinGaël Langevin

Sculpteur et Designer, Créateur du projet InMoov, première prothèse open source imprimable en 3D devenue robot humanoïde

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