Publié le 8 juin 2015

ANALYSE. Derrière ses performances et ses importantes perspectives de croissance, le secteur aéronautique fait face à plusieurs défis RH : transformation des métiers, changement de l’organisation du secteur et place croissante de l’innovation et des PME. Décryptage.

Après un fort déclin des commandes en 2009, la progression de l’industrie aéronautique a repris en 2010 pour atteindre de nouveaux records en 2014. Depuis 5 ans maintenant, l’augmentation de la demande d'avions commerciaux continue de tirer le secteur vers le haut. Il faut dire que ce début d’année est particulièrement favorable au secteur : l’aéronautique a le vent en poupe et sa croissance booste l’emploi.

L’Atelier de l’Emploi fait le point sur une filière qui se transforme. Cette semaine, zoom sur l’emploi et la transformation des métiers. La semaine prochaine, des perspectives sur les difficultés de recrutement.

Dynamisme: l’aéronautique, un moteur national et régional

france aéronautique« Nous avons besoin en France de grandes filières industrielles et l’aéronautique en est une des plus brillantes. C’est un secteur dynamique qui assure 23 milliards d’excédents commerciaux à la France. C’est le plus gros excédent pour l’ensemble de notre économie», s’exprimait le président François Hollande lors de la visite d’une usine Dassault Aviation à Mérignac, en Gironde, en mars 2015.

Fleuron national, le secteur concentre ses activités et l’emploi dans quatre régions :

  • Ile-de-France : près d’un tiers de ces effectifs travaillent dans la région (28 %)
  • Midi Pyrénées (28%), tout particulièrement l’agglomération toulousaine qui abrite plusieurs sites d’Airbus
  • Aquitaine (11%)
  • PACA (9%)

aéronautique-effectif-gifasSelon le rapport 2015 du GIFAS, Groupement des Industries Françaises Aéronautiques, l’effectif aéronautique, spatial, de défense et de sécurité représentait pas moins de 180 000 personnes en France à fin 2014, une progression de 1,1% par rapport à 2013, qui est marquée par une hausse de l’emploi des Cadres & Ingénieurs qui atteint aujourd’hui 42% des effectifs contre 33% d'employés, agents de maitrise et technicien et 25% d'ouvriers.

Face à l'importance des pics de productions et la cyclicité des commandes, l'industrie aéronautique a de plus en plus recours à l'intérim :

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Airbus, par exemple est un véritable moteur régional, notamment en Midi-Pyrénées : la santé économique du groupe qui vient de livrer son 9000 ème avion a un impact direct sur la région. D’après un bilan de 6 800 postes ont été créés dans le secteur de l’aéronautique ces cinq dernières années. Aujourd’hui, l’effectif aéronautique Midi-Pyrénéen représente une vingtaine de constructeurs et d’équipementiers et près de 20 000 salariés directs. 550 entreprises et 30 000 autres personnes travaillent également pour le secteur en tant de fournisseurs, bureaux d’études, sous-traitants industriels ou prestataires informatiques.

Et la concentration territoriale de fleurons du secteur comme Airbus, Dassault Aviation, Thales ou Turbomeca pousse les pouvoirs publics à mener des actions d’envergure : ainsi, le Conseil régional Midi-Pyrénées a mis en place un . La région dispose par ailleurs d’une belle offre de formations spécialisées proposées dans trois grandes écoles d’ingénieurs et dans des lycées et centres de formation et d’apprentissage. D’autres régions sont  dynamiques : en Loire Atlantique, avec Nantes et notamment St Nazaire, où Airbus va soutenir son investissement dans une usine spécialisée dans l’assemblage des tronçons de fuselage avant et centraux de ses avions commerciaux.

> Lire aussi : Emploi : comment la région Midi-Pyrénées relève ses défis de recrutement

Mais aujourd'hui, les métiers de l'aéronautique changent, entre digitalisation et approche plus servicielle.

Transformation des métiers : une convergence vers les services ?

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Si le secteur évolue vers plus de collaboration entre les entreprises, notamment pour innover, il tend également à s’orienter vers les services. « Daher est aujourd’hui un équipementier reconnu, mais doit désormais aller plus loin : devenir non seulement un acteur incontournable du marché, mais aussi le référent de la convergence industrie / services. Cela implique de mettre en œuvre des Systèmes Industriels Intégrés afin de créer de la valeur ajoutée pour nos clients » explique le PDG, Patrick Daher.

L’approche client a un impact sur les métiers. Si parmi les profils d’ingénieurs et cadres les plus recherchés, les ingénieurs Développement Mécanique (en bureau d’étude ou bureau des méthodes), ingénieurs Qualité (produit et fournisseurs) ou architectes Système restent prioritaires, leur profil doit se mâtiner de compétences commerciales. Notamment, « la capacité à travailler en équipe, l’adaptabilité et la créativité. La maîtrise de l’anglais peut également être un critère regardé par nos recruteurs car elle facilite l’évolution de carrière au sein du Groupe », souligne Jean-Luc Bérard DRH de Safran. Les jeunes recrues au profil technique l’ont bien compris et témoignent un fort intérêt pour l’aspect commercial. « Ce qui me plaît vraiment, c’est d’appréhender les besoins et les contraintes techniques du client », explique un jeune ingénieur et docteur.

> Lire aussi : Région Midi-Pyrénées : un modèle de dynamisme ?

C’est aussi à travers l’innovation que les métiers se transforment. Tom Enders, dirigeant du groupe, travaille à la transformation numérique d’Airbus. Pour devenir un industriel 4.0, il mise sur le Big Data :

« Les industriels aéronautiques brassent un nombre d’informations considérable dans la recherche, la technologie, la production, les achats, le marketing… mais aussi en vol. Nous devons être capables de les connecter et de les exploiter. Cela nous permettra d’être plus efficaces pour créer les avions de demain ou de nouveaux services [...] Je vais lancer un grand chantier : la digitalisation d’Airbus Group. Imaginons que nous maîtrisions l’intelligence artificielle, nous pourrons avoir des véhicules sans pilote. Cela ressemble à de la science-fiction mais cela peut arriver beaucoup plus vite que l’on ne croit ».

Chez Daher, le discours est similaire et l’on parle déjà de troisième révolution industrielle. Le groupe teste des cobots (sorte de robots assistants), des exosquelettes, des Google Glass, des imprimantes 3D et a même créé une cellule de réalité virtuelle censée détecter erreurs de processus ou de conception. Dans le Lot, Figeac Aéro a déjà passé le cap de la robotisation. Ce sous-traitant d’Airbus et de Boeing a investi 35 millions d’euros dans la première usine entièrement robotisée.

Big data, robotisation, intelligence artificielle et marketing : l’aéronautique sort de sa zone de confort. Si ces domaines présentent de belles perspectives de développement, cela n’est pas sans poser des défis majeurs en matière de ressources humaines, notamment en termes de de compétences, recrutement et formation. L’objectif pour les services RH ? Savoir identifier et développer les métiers et les compétences dont les entreprises auront besoin demain.

 Crédits images : Nathalie Merle / CC BY-NC 2.0 ; Graphiques extraits du rapport du GIFAS
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