Publié le 18 mai 2015

Le constat est connu : sous l’impulsion de nouvelles technologies, le secteur de la construction connaît actuellement de profonds bouleversements. L’énergie devient intelligente, les maisons connectées, les maquettes sont désormais collaboratives et, sur le terrain, la gestion des effectifs ou des tâches s’effectue désormais en direct. Et ce ne sont que quelques exemples…

Si le secteur du bâtiment est touché, qu’en est-il au niveau de la vente ou de la gestion immobilière ? Car aujourd’hui, le secteur de l’immobilier connaît une évolution similaire. L’Atelier de l’emploi fait le point.

Loi ALUR, nouveaux usages et stagnation du marché : où en est l’immobilier ?

Ainsi, les agences immobilières et, plus largement, les syndics, sont confrontés à trois enjeux :

  • La profusion de nouvelles réglementations, dont la loi ALUR, impose de nouvelles obligations d’information des acquéreurs comme des propriétaires. Or, ces nouveaux dispositifs juridiques engendrent une multiplication de nouveaux documents, dont la circulation et le transfert sont facilités par la numérisation, elle aussi imposée, et la création d’outils collaboratifs :

«Le contexte réglementaire va accroître les contraintes des professionnels de l’immobilier. On nous demande de fournir de plus en plus d’informations, ce qui accélère la numérisation de nos métiers», explique François Davy, président de Foncia.

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Au 1er juillet 2015, les syndics seront par exemple obligés de mettre à la disposition de leurs clients un extranet, comportant l'essentiel des informations sur la copropriété. Ces dispositions ont été fraîchement accueillies par les professionnels du secteur qui ont réagi avec leurs codes actuels centrés sur l’usage du papier . « Elles posent un certain nombre de questions, notamment en termes d'investissement, car l'information mise en ligne devra impérativement être fiable et le temps de réaction très rapide », explique Hervé Parent, président de la Fédération française de l'Internet immobilier (FF2i).

  • La digitalisation touche aussi les pratiques et usages des clients dans les secteurs de la transaction et de la location immobilière. Selon un récent sondage, Internet est devenue la principale source d’information sur l’immobilier des français, qui sont 71% à consulter des annonces immobilières en ligne. Mais leurs usages du web dans le domaine ne s’arrête pas là, car la toile leurs sert également à comparer les prix, trouver une agence et s’informer sur les démarches. Quitte à se passer des acteurs traditionnels, comme le prouve des annonces en ligne sur des sites C2C comme Le Bon Coin ou Viva Street. Avec des clients de plus en plus connectés, et ce sur tous les supports, puisque les agences et les pureplayers ont développé leurs services en mobile, les agences et syndics se doivent d’innover pour leurs proposer de nouveaux modèles et services comme de nouvelles relations.
  • A cela s’ajoute un facteur plus conjoncturel : la stagnation du marché de l’immobilier, en particulier depuis 2008.

Sources d’économies et de gain de temps, la digitalisation de la transaction et de la gestion immobilière permet de tendre vers plus de fluidité dans la relation avec les clients et les prestataires. Cependant, les métiers de la transaction et de la gestion se complexifient : compétences techniques, juridiques, comptables et digitales sont ainsi recherchées et témoignent de l’évolution des métiers.

L’agent immobilier, de l’intermédiaire au prestataire de services

La digitalisation sonne-t-elle le glas des agences immobilières ? Selon l’APEC, 231 000 personnes travaillaient dans le secteur de l’immobilier (hors construction) en 2012, dont 41 600 cadres. Une année 2012 marquée par la suppression de près de 10 000 emplois et de 3 000 agences.

Carsten KnochDu fait de son rôle d’intermédiaire combiné à la crise touchant le secteur, l’agent immobilier semblait condamné à disparaître. Et pourtant : au-delà de la transaction, l’agent immobilier doit entreprendre toutes les démarches utiles pour le compte de ses clients comme la recherche de spécialistes du diagnostic, de plans de financement, ou encore les démarches administratives et réglementaires, etc. Des démarches qui se digitalisent depuis l’entrée en vigueur de la loi ALUR, mais qui, pour certaines ont été amorcées bien avant pour épouser les usages digitaux des clients.

Le cloud et le mobile apportent par exemple leur lot de simplification et d’efficacité dans la relation client. Ces derniers peuvent en effet avoir accès à tous les documents nécessaires : les comptes rendus de visite pour les propriétaires, les quittances pour les locataires, comme les comptes rendus de la dernière AG de copropriété pour les acheteurs. L’agent peut également désormais faire un état des lieux enrichi de photos sur sa tablette et, grâce à l’application DocuSign, demander aux clients de signer électroniquement les attestations de visites.

La rapidité et la fluidité de ces démarches rendues possibles par le digital permettent alors aux professionnels de l’immobilier de se concentrer sur les services d’estimation, de diagnostic et d’expertise. Tout en valorisant plus encore l’une des force des agents immobiliers : leur proximité.

« L’agent immobilier est le seul à faire le pont entre le réel et le digital. Les agents seuls sont capables d’évaluer la valeur de deux appartements a priori identiques, mais dotés d’un historique différent dans le même lotissement. Le notaire ne fait pas d’évaluation avec photo sur le terrain, au contraire de l’agent immobilier, qui maintient le lien entre la réalité et ce qui sera diffusé en ligne », explique Stéphane Vié, directeur général d’Orpi.

L’immobilier à l’heure du Big Data

La transformation digitale amène également les agents immobiliers à repenser la communication immobilière. Aujourd’hui concentrées sur les sites portail, les annonces évoluent et s’enrichissent d’images, de vidéos : réalité augmentée et home staging, permettent aux clients de se projeter dans le bien immobilier.

Les agences immobilières ont aussi investi les réseaux sociaux. L’objectif : gagner en visibilité et contrer la concurrence des applications et sites C2C. Ainsi, en proposant des contenus éditoriaux légitimant leur expertise et leur spécialisation comme leur valeur ajoutée, les agences valorisent leur marque.

Kloan The L:/driveEnfin, le Big Data, ou la récupération, l’analyse et l’utilisation d’un flux sans cesse exponentiel de données, promet d’importantes évolutions des métiers de l’immobilier. Ainsi les données locales, la géolocalisation, les agrégateurs de contenus et les applications de service, telles que les calculs énergétique et financier ou l’évolution des prix, s’intègrent déjà dans les descriptifs des biens immobiliers. A l’exemple de l’appli FNAIM immo (17 000 téléchargements), qui propose la géolocalisation et la réalité augmentée. « Malheureusement, encore trop d’acteurs n’ont pas encore passé le cap de la géolocalisation, contrairement aux US », souligne Jean-Marc Torillion, président délégué de la FNAIM.

Les syndics, de la gestion à l’offre personnalisée 3.0

Touchés par la concurrence des syndics en ligne, les syndics traditionnels restent encore quelque peu réticents à la digitalisation de leurs services, surtout lorsqu’elle est subie. La loi ALUR leur impose par exemple la mise en place d’un extranet permettant l’accès direct et actualisé à tous les documents afférents à la gestion des copropriétés. Leurs arguments ? Le coût important de l’investissement et de la formation aux nouveaux outils.

Pour autant, pas de désamour généralisé entre syndics et numériques. Comme pour les agents immobiliers la transformation est certes sources d’inquiétudes, mais aussi d’opportunités. Certains syndics innovent et proposent par exemple des outils collaboratifs de gestion ou des coffres forts numériques. Pour Foncia, le numérique est perçu comme un outil pour se faire connaître dans le marché très atomisé des syndics. L’investissement dans le site Syndic+ est donc l’occasion d’aller directement à la rencontre des clients dont un bien est en gestion locative et/ou en copropriété et de leur proposer une offre personnalisée. «Syndic + est vraiment un outil de conquête de copropriétés. De nombreuses copropriétés veulent changer de syndic», constate François Davy.

Innover dans la formation et le recrutement des nouvelles compétences

2965334934_485aea066c_oSyndics, agences ou indépendants… La transformation digitale du secteur nécessite une adaptation des compétences. Et qui dit nouvelles compétences dit besoin en formation : pour insuffler une culture de l’innovation dans le secteur, les professionnels doivent être formés à l'usage des nouvelles technologies et à la transformation de la relation client qui en résulte.

Face à ce constat, la FNAIM Grand Paris a décidé d’accompagner ses adhérents dans deux processus clés que sont la formation et le recrutement. Une démarche pédagogique déjà amorcée avec la création l’année dernière de l’Ecole Supérieure de l’Immobilier et d’un think tank spécialisé dans le droit immobilier. Aujourd’hui, avec l’objectif d’apporter encore plus à ses adhérents, la FNAIM Grand Paris, en partenariat avec Futurskill et ManpowerGroup Solution, lance un portail unique de formation et de recrutement des professionnels de l’immobilier.

Côté formation, l’objectif est de développer les connaissances techniques et métiers mais aussi le savoir-être et les compétences comportementales des collaborateurs par le biais d’un catalogue de 300 formations,  conjuguant présentiel et du distanciel, notamment grâce à des modules en e-learning spécifiques et des quizz pour s’autoévaluer. A cela s’ajoutent des modules « rapid e-learning » de 4 minutes permettant de tester les bénéfices de l’apprentissage à distance.

« Pour les clients comme pour les professionnels de l’immobilier, le bénéfice de ce portail est évident. Il permet à nos adhérents et à leurs collaborateurs d’acquérir et de consolider un solide corpus de connaissances aujourd’hui essentielles à l’exercice de leurs métiers (compétences juridiques, administratives, comptables et techniques). Ainsi, nos adhérents et leurs collaborateurs sont en situation de conseiller nos clients de la façon la plus professionnelle qui soit », explique Gilles Ricour de Bourgies, président de la FNAIM du Grand Paris.

Le portail comprend également un espace dédié au recrutement, simplifiant les démarches des adhérents, en particulier des responsables d’agence. Cet espace met en relation les besoins en termes d’accompagnement global sur le processus de recrutement et d’intégration, en permettant l’évaluation individuelle des candidats sélectionnés comme l’évaluation et le bilan des collaborateurs. Les responsables pourront également transmettre en ligne un besoin en recrutement.

« Ce que ManpowerGroup met en place pour la FNAIM du Grand Paris participe à la transformation digitale à laquelle sont confrontées toutes les composantes du secteur de l’immobilier. Les conséquences RH sont au centre de cette transformation et la FNAIM du Grand Paris a parfaitement intégré ces enjeux, en anticipant l’expression de besoins de ses adhérents et de leurs collaborateurs, dans un nouveau cadre légal», concluent Fabienne Arata, Directrice Générale de Futurskill et Sébastien Van Dyk, Directeur général stratégie et opérations RH de ManpowerGroup Solutions.

 

Crédits images : Trey Radcliffe, Cyberfrancis, Kloan, Julie et Carsten Knoch
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