Publié le 10 juin 2015

Depuis des années, la robotique incarne la peur du grand remplacement. Dans un contexte de sortie de crise, où l'emploi reste fragile, le robot apparaît au mieux, comme un rival, au Bruno Bonnellpire comme un ennemi. Contre ces idées reçues, Bruno Bonnell plaide depuis des années pour une anticipation des bouleversements à venir pour transformer l'emploi et faire de la robotisation une révolution -  pas une révolte.

A l'occasion des Matinales de la Transformation, en partenariat avec EM Lyon Business School et Manpower Group Solutions, le PDG de Robopolis livre son regard sur la révolution en cours, la "robolution" comme il l'a lui-même baptisée, et son impact sur les entreprises et les métiers de demain.

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Repenser l'employabilité de l'homme

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3 millions d'emplois menacés par le numérique ? C'est le chiffre brandi par le cabinet de conseil Roland Berger dans son étude « Les classes moyennes face à la transformation digitale », qui en retour, ne prévoit que la création de 500 000 emplois qualifiés. Face à ces chiffres très médiatisés, Bruno Bonnell répond :

"Non, je ne suis pas d'accord avec ce constat mais je le suis avec la deuxième partie de leur analyse : oui, 43 % des métiers vont disparaître. mais d'autres vont apparaître !  Mais ce n’est pas nouveau : 750 000 personnes travaillaient dans les métiers associés au cheval et beaucoup ont disparu, comme les palefreniers. L'automobile en remplaçant le cheval a généré des emplois : aujourd'hui, ce sont 4 millions personnes qui travaillent dans le secteur si on prend en compte toute la chaîne économique".

Dans le Figaro Economie, Bruno Bonnell établit notamment "un parallèle entre les emplois de l’Internet au début des années 1990 et aujourd’hui pour faire comprendre les bouleversements en cours" écrit Yann Le Galès. « Il y avait moins d’emplois dans l’Internet en 1996 quand j’ai créé Infonie, le premier fournisseur d’accès Internet que dans la robotique aujourd’hui », y ajoute Bruno Bonnel. "En vingt ans, des centaines de milliers de postes ont été créés grâce au Web. Des nouveaux métiers sont apparus".

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Au final, le problème réside dans le fait que "les études négligent les créations d'emploi dues au progrès et la technologie.  Le chiffre annoncé de 500 000 postes créés provient d'une erreur méthodologique basée sur un calcul poste pour poste qui ne prends pas en compte le fond du phénomène, de transfert et de transformation".

Raisonner en écosystème : formation, reconversion...

Que peuvent donc faire les entreprises pour prendre la marche de cette révolution inéluctable ? "Il faut raisonner en écosystème, leur dit Bonnell. Il y a des parties de la chaîne de production qui sont déjà optimisées : il faut par exemple 7 secondes pour monter le carter et et le pot d’échappement d'une voiture. Mais si tout l’écosystème n’est pas optimisé en même temps, ce point chaud ne sert à rien. C’est toute la chaine qui doit se transformer et s’optimiser mais cela va prendre du temps d’avoir des robots sur toute la chaîne".

army medicineFace à ce grand bouleversement qui va s'effectuer sur plusieurs décennies, la formation est un autre élément clé du processus. L'exemple de la médecine est éloquent. "Les robots comme Watson sont meilleurs en diagnostic qu'un collège de médecins. Cela veut-il dire pour autant que les médecins vont disparaître ? Non. Mais leur métier va se transformer. Il ne va plus consister à enregistrer des paramètres mais à piloter le robot et accompagner le patient. Il ne faut pas mélanger intelligence de déduction et intelligence émotionnelle. Les robots vont rester des singes savants", conclut Bruno Bonnell.

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Piloter les machines mais aussi coopérer avec elles vont donc faire émerger de nouvelles compétences comme de nouveaux mode d'être. Des évolutions déjà perceptibles dans les entreprises sur des métiers spécifiques mais qui vont tous les bouleverser. Un défi pour les entreprises qui doivent répondre à ces mutations en mettant en œuvre les transformations RH et IT pour embrasser ce tournant stratégique.

Accepter la révolution robotique : "La robotique est un non-choix, il n'y a pas d'alternative"

Ce n'est pas pour autant une fatalité. Au final, et de façon plus générale, les robots sont utiles et participent à l'amélioration de notre cadre de vie et de travail, à l'exemple "des logiciels qui gèrent de manière simultanée les 700.000 feux de signalisation de Rio de Janeiro ", explique l'entrepreneur.

La robotisation apporte aussi des solutions à plusieurs problématiques sociétales comme "l'urbanisation, et son coup énergétique, le vieillissement de la population, et la protection de l'environnement grâce à l'économie de l'optimisation". Car si la transformation de la société a commencé avec l'ordinateur personnel et la vidéo pour se dématérialiser dans les réseaux, elle s'engage aujourd'hui dans de ce que Bruno Bonnell appelle "la solidification dans l'objet et la robotique". Une révolution qui a un rôle à jouer dans la société.

 

Crédit images : Army Medicine / Flickr/ Licence CC BY ; JD Hancock / CC BY 2.0 ; Chris Hisherwood / CC BY-SA 2.0
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