Publié le 15 décembre 2014

Selon les employeurs, interrogés par le Baromètre des perspectives d'emploi, une éclaircie semble se profiler à l'horizon pour le marché de l'emploi au premier trimestre 2015. Le Guide des secteurs qui recrutent- 3ème édition a lui compilé plusieurs études pour détailler les perspectives de recrutement dans une soixantaine de secteurs et filières, ainsi que les besoins en compétences émergents pour les années qui viennent. L'Atelier de l'emploi a rencontré Michel Tardit, coordinateur du guide pour le Centre d'Information et de Documentation Jeunesse (CIDJ).

Jeunes diplômés : "les perspectives de recrutement sont bonnes dans les secteur de l'industrie et des services"

L'Atelier de l'emploi : votre guide met en avant les "secteurs qui recrutent". Pour les jeunes, qu'ils soient diplômés ou sans qualification, quels sont-ils ?

secteurs-recrutentMichel Tardit. Pour les jeunes diplômés, les perspectives de recrutement sont bonnes dans les secteur de l'industrie et des services, qui inclut en particulier les services aux entreprises et les services à la personne. Mais il est au fond assez difficile pour les jeunes qu'ils soient diplômés ou sans qualification d'identifier les secteurs qui recrutent. Certains métiers ou filières peu attrayantes essaient donc d'attirer, en se dotant par exemple de formations (CAP, Bac Pro, BTS et même des Masters, notamment pour former des chefs d'équipes), et des certifications de qualification professionnelle se développent. Je pense notamment à la filière propreté, dont moins de 10% des effectifs a moins de 26 ans, qui se structure et offre des pistes d'insertion professionnelle pour recruter à différents niveaux de qualification.

Mais une tendance très nette à la hausse du niveau de qualification est commune à bien des secteurs. Dans le secteur de la défense par exemple, l'armée a été longtemps réputée pour recruter sans qualification. Aujourd'hui, c'est de moins en moins le cas : les embauches de jeunes sans diplôme ne représentent plus que 20% des embauches totales. Il en est de même dans la grande distribution, où les postes non qualifiés comme ceux de caissier sont de plus en plus automatisés. On estime donc, de manière très générale, que les postes les moins qualifiés vont "disparaître" dans les années à venir.

On entend souvent dire que l’économie passe au vert, comment cela se traduit-il en termes de besoin en recrutement ?

Michel Tardit. Dans ce domaine, les activités qui recrutent sont avant tout liées au traitement des déchets et de l'eau. Ce secteur, pas forcément attrayant, rencontre donc des difficultés pour recruter. Avec le Grenelle de l'environnement, de fortes perspectives d'embauche avaient été envisagées mais les créations d'emplois prévues n'ont pas été réalisées. Le secteur du bâtiment, avec la transition énergétique, connaît également une mutation des métiers.

On note en revanche une évolution des métiers qui "se verdissent" pour s'adapter aux nouvelles réglementations. En plus de la filière du traitement, c'est le secteur des énergies renouvelables, comprenant la géothermie, l'éolien, qui recrute, notamment des techniciens. Mais les ingénieurs comme les commerciaux ne sont pas en reste.

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Industrie : "Certaines filières sont dynamiques et continuent de recruter"

Selon le guide, la banque et l'assurance restent des secteurs qui recrutent. Quelles sont leurs spécificités ?

Michel Tardit. Dans tous les secteurs, mais particulièrement dans ceux de la banque et l'assurance, la tendance est à l'élévation du niveau de qualification, notamment à l'embauche. Les recrutements à Bac+2 en effet se réduisent. La raison ? La crise s'est accompagnée d'un renforcement de la réglementation et la complexification des métiers comme des produits : ces deux secteurs ont particulièrement un besoin de compétences pointues pour répondre à ces nouvelles exigences. Même si le coeur du recrutement concerne les postes de commerciaux, le niveau de qualification au moment de l'embauche augmente également dans ce domaine.

La particularité du secteur réside dans l'importance des contrats en alternance et des stages qui constituent la porte d'entrée à l'embauche. En effet, 10 000 stages sont effectués chaque années dans les banques et un tiers des embauches dans l'assurance fait suite à un contrat en alternance.

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> Commander le "Guide des secteurs qui recrutent 2015"

Ce que l'on nomme "digitalisation" des entreprises et de l'économie apparaît comme un facteur aggravant les difficultés de recrutement. Les compétences numériques, notamment pour les entreprises dans les domaines de l’informatique et du numérique, sont-elles introuvables ?

Michel Tardit. Difficile de savoir exactement ce que recouvre comme réalité le terme fourre-tout de "digitalisation", notamment en matière de recrutement. L'informatique reste un secteur qui recrute, notamment des Bac+4 /+5 et des ingénieurs, en particulier sur les métiers de développeur, chef de projet informatique ou administrateur de base de données. Mais la nouvelle tendance, c'est la forte demande en techniciens de niveau Bac+2.  Le secteur est en effet à la recherche d'administrateur de réseau, de hotliner [technicien qui accompagne les clients de la société dans leur processus d’installation ou de mise à jour des applications multimédia ou Internet de l’entreprise NDLR] et de tous les métiers qui touchent à la maintenance.

Le numérique est un secteur difficile à appréhender. Nous avons identifié quatre types d'activité pour lesquelles les perspectives de recrutement sont importantes : l'internet mobile, l'Internet des objets (les objets connectés), le cloud computing et la gestion des données notamment avec l'avènement du Big data. Syntec numérique prévoit la création nette de 36 000 emplois d'ici 2018.

La mort de l’industrie a été annoncée à maintes reprises. Quels sont les secteurs industriels qui résistent et quelles sont leurs perspectives de recrutement ?

Michel Tardit. Des filières industrielles comme la métallurgie, l'aéronautique et la mécanique continuent de recruter malgré les difficultés et la crise. France Stratégie et la Dares s'accordent sur les prévisions de recrutement autour de 379 000 postes à pourvoir à l'horizon 2022. Cela concerne aussi bien des postes d'ouvriers qualifiés, de techniciens que d'ingénieurs et de cadres. Dans le détail, ce sont 10 000 postes dans l'aéronautique en 2014, un peu en deçà des chiffres de 2013 avec 13 000 postes, mais le niveau de recrutement se maintient. Dans la filière mécanique ce sont 30 à 40 000 postes par an dont 30 à 40 % qui concernent des jeunes. Ce sont donc des filières dynamiques qui recrutent à tout niveau de qualification et notamment des jeunes diplômés, notamment par ce qu'elles sont touchées par des départs massifs à la retraite.

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"Trois quarts des recrutements sont liés au départ en retraite"

Selon France Stratégie, 2020 marque un tournant, celui du départ à la retraite des « baby boomers ». Quels seront les secteurs les plus touchés et où se situeront les besoins ?

Michel Tardit. La décennie 2010-2020 est celle effectivement où les départs à la retraite seront les plus nombreux et massifs : trois quarts des recrutements sont liés aux départs à la retraite. Même si la plupart des secteurs seront impactés, l'industrie et les services sont particulièrement touchés. Par exemple, l'Economie Sociale et Solidaire (ESS) annonce 600 000 départs à la retraite d'ici 2020. Ceux-ci concernent tous les niveaux de qualification car la palette des métiers est très large dans ce secteur. Plus particulièrement, du côté des cadres, 10 700 recrutements sont prévus, selon l'Apec, dans le secteur de la santé et de l'action sociale.

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Crédits image : JD Hancock / Flickr / Licence CC BY
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