Publié le 31 juillet 2014

"Sans doute faudra-t-il toujours des plombiers, des charcutiers, des paysagistes, des comédiens, des philosophes, des historiens...", écrivait il y a peu le fondateur du site d'actualités informatiques Numerama, Guillaume Champeau. Une sorte de réponse à Barack Obama, qui se riait poliment, en janvier dernier, des faibles débouchés des diplômes de l'histoire de l'art par rapport à l'avenir plus radieux des compétences techniques.

Sans être aussi tranché, le rapport Les métiers en 2022, exercice de projection co-réalisé par France Stratégie et le ministère du Travail, dessine un panorama de l'emploi très hétérogène, à rebours de certains discours faisant du numérique le point de convergence de tous les parcours de formation et de toutes les vocations.

L'"informatique" reste identifié comme un des domaines les plus créateurs d'emploi, mais les nouveaux métiers ne seront pas nécessairement ceux qui draineront, finalement, le plus d'opportunités...

Top20 métiers

***

Les précisions de Sandrine Aboubadra-Pauly et Frédéric Lainé, respectivement responsable de projet Prospective métiers et qualifications et chargé de mission à France Stratégie :

Au total, entre fins de carrière et créations de nouveaux emplois, le rapport évoque dans son scénario central 800 000 postes à pourvoir par an d'ici à 2022. Comment faut-il lire ce chiffre ?

Ces 800 000 postes à pourvoir chaque année - soit, entre 2012 et 2022, un total de 8 millions d'emplois à pourvoir -, cela correspond à un volume d'environ 3% du nombre total d'emplois.

Ce résultat n'est pas issu d'une prévision mais d'une projection, construite autour de trois scénarios plus ou moins favorables et s'appuyant sur des tendances de long terme et des hypothèses macro-économiques. Dans le scénario central, nous envisageons pour les années à venir une croissance de l'emploi un peu en-dessous de la moyenne de ces quinze dernières années.

Un autre fait important est que 80% de ces postes à pourvoir correspondent à des départs en fin de carrière. Les postes à pourvoir sont donc moins tirés par les créations de nouveaux emplois - à hauteur de 20%, donc - que par ces départs. Dit autrement, il y a donc des postes à pourvoir y compris dans les métiers non créateurs d'emploi. Sur les départs en fin de carrière, il s'agit d'ailleurs de projections qui s'appuient sur des tendances démographiques solides et prenant en compte les dernières réformes des retraites.

"800 000 postes à pourvoir par an, soit 3% des emplois"

Une note du Comité d'Orientation pour l'emploi (pdf) pointait en 2013 que les difficultés de recrutement observées par les employeurs se traduisaient de manière avérée dans les "emplois durablement vacants" - des postes qui ne trouvent pas preneurs. Que nous dit à ce sujet le rapport Les métiers en 2022 ?

Les postes à pourvoir par métier ne préjugent pas toujours des difficultés de recrutement. Les difficultés de recrutement ne dépendant pas que des postes à pourvoir, elles dépendent également d'autres paramètres : la qualité de l'emploi, le taux de turn-over, l'attractivité de l'offre, le nombre de jeunes formés à ce métier, etc.

Il faut garder certaines précautions : le rapport Les métiers en 2022 ne projette pas d’éléments sur les "flux", par exemple les transitions d'un métier à l'autre ou les taux de rotation sur le même poste. Ce sont des mobilités, professionnelles et géographiques, qui sont très importantes à prendre en compte lorsque l'on veut évoquer les difficultés de recrutement.

"Il y a des postes à pourvoir y compris dans les métiers qui ne créent pas d'emploi"

Sur l'évolution des métiers et des qualifications, quelles sont les grandes tendances mises en lumière dans ce rapport ?

Une des grandes tendances, c'est la tertiarisation des emplois, avec notamment un développement continu dans le commerce, la santé, les services aux personnes. Avec quelques nuances : il y a par exemple des différences entre les métiers touchés par des variables externes et d'autres, plus protégés. L'hôtellerie-restauration, par exemple, a été peu impactée par la crise.

En termes de qualifications, on observe quelque soit le scénario une certaine polarisation des emplois, avec un développement des métiers les plus qualifiés (cadres et professions intermédiaires) et des postes les moins qualifiés. Cette tendance est à nuancer : si en effet la complexification des qualifications et la montée générale en compétences est un phénomène connu, que l’on observe dans tous les pays industrialisés, la croissance des métiers moins qualifiés est quant à elle moins forte en France qu'ailleurs.

"Une grande diversité de métiers"

Le numérique n'est pas le "sauveur" de l'emploi...

Les métiers et secteurs de l’informatique ont des potentialités de créations d’emplois (110 000 créations nettes d’emploi de 2012 à 2022), cependant l’éventail des métiers où les postes à pourvoir devraient être importants est vaste : créations d’emplois dans les métiers de la santé et de soins aux personnes ou les métiers du commerce, nombreux départs en fin de carrière pour les agents d’entretien et les enseignants, etc. Tout le monde ne pas devenir informaticien, mais les compétences numériques requises dans chaque métier devraient en revanche se développer, prolongeant ainsi une tendance déjà observée sur les quinze dernières années.

Un des intérêts de l'étude est d'aiguiller les politiques publiques ou l'action des entreprises, et nous donnons ainsi quelques pistes pour le maintien dans l'emploi des seniors ou l'apprentissage. Et ce que dit ce rapport aux acteurs de l’orientation, c'est notamment de ne pas adopter une logique purement adéquationniste, qui consiste à plaquer tout l’appareil de formation sur les métiers de demain. Il s'agit en revanche bel et bien d'anticiper au mieux les grandes évolutions à venir.

> En attendant d'autres analyses à la rentrée, le rapport d'étape Les métiers en 2022, à télécharger sur le site de France Stratégie ou à consulter :


> Crédit image de "une" borkazoid/flickr (licence CC BY-NS-SA)
Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !