Publié le 6 juin 2014

L'actu

cubedDes chaînes de montage au travail autonome, chez soi ou au café, en passant par les bureaux individuels et les open space, l'histoire des lieux de travail en dit beaucoup sur les problématiques d'organisation au sein des entreprises. Et par là même sur l'évolution des attentes des salariés. Mais encore faut-il y prêter attention.

C'est ce qu'à fait Nikil Saval, qui vient de publier aux Etats-Unis Cubed: A Secret History of the Workplace. L'ouvrage a été largement commenté outre-Atlantique, dans le New Yorker, Salon, le Washington Post, le New York Times, ou encore, au Royaume-Uni, dans The Economist. En France, il est passé inaperçu. Le sujet n'est-il pourtant pas fondamental dans la réflexion, plus large, de la transformation de l'entreprise ?

Historiquement, selon Niki Saval, aux Etats-Unis (comme peut-être en France ?), les Ressources Humaines ne s'y sont en tout cas pas vraiment intéressées. Et l'exemple le plus représentatif n'est autre que le cubicle, ou bureau à cloisons :

"Les Ressources Humaines ont joué un rôle, mais minime. A mon avis, cette mauvaise mode du bureau à cloisons a surtout été poussée par les personnes en charge des aménagements de l'espace. Les RH ont pu être impliqués d'une manière ou d'une autre, mais je ne les en blâme pas."

Peut être est-il encore temps pour les RH de reprendre la main ?

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L'enjeu

Pour les entreprises, la question de l'organisation du travail, entendue ici au sens avant tout spatial (aménagement du lieu), est cruciale, tant en termes de productivité, de bien-être au travail que de fidélisation des collaborateurs. Les expérimentations autour du coworking, du télétravail ou des télécentres se multiplient, cherchant à trouver des conclusions fiables dans plusieurs dimensions - flexibilité, mobilité, qualité de vie, mais aussi productivité.

Pour l'entreprise, via les enjeux de marque-employeur (faut-il vraiment installer des tables de ping-pong pour attirer les talents ?), d'organisation managériale et métier (pourquoi ne pas installer le marketing et l'informatique dans le même open-space dans le cadre de son projet de digitialisation ?), d'équilibre entre orientations stratégiques et quêtes d'autonomie des salariés, une maîtrise spatiale pertinente et efficace est complexe à atteindre.

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Et pour vous ?

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Les données

  • En France, environ 66 % des employés travaillent dans un bureau partagé, selon une étude Actinéo en 2013. Dont 17 % dans un open space de plus de 4 personnes.
  • Si les employés étaient, en moyenne, 40 % à disposer d'un bureau individuel fermé en 2011, ils ne sont plus que 33 % en 2013.
  • En parallèle, 11 % déclarent ne pas disposer de bureau attitré. Une hausse de 6 % en deux ans.
  • Les phénomènes de télétravail (au moins une fois par semaine) sont quant à eux de l'ordre de 17 % en France. Une moyenne qui varie bien entendu selon les secteurs étudiés et les régions. A l'occasion de l'enquête Actinéo, ils étaient à peine 5 % à déclarer passer plus de temps en télétravail qu'au sein de l'entreprise.

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En un tweet


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Les défis pour l'entreprise

La recherche d'autonomie sans cesse croissante d'une partie des employés est bel et bien un véritable défi pour l'entreprise.

Travail partout : le lieu de travail est-il mort ?

Chez Atos France, le taux de satisfaction des 16 % des collaborateurs en télé-travail (jusqu'à 2 jours et demi par semaine) atteint 99 % selon une enquête interne. S'il est le fruit d'une "convergence entre une volonté de l’entreprise et les attentes des collaborateurs", le télétravail semble donc être bien accepté. L'arrivée au sein des entreprises de la soit-disant "génération Y", pour qui le télétravail est un droit, fait peu à peu évoluer les mentalités. Aujourd'hui, les entreprises qui ne sont pas réticentes au télé-travail sont plus attractives pour les candidats.

Cette évolution du lieu du travail impose aux entreprises de repenser profondément la gestion de l'espace, celle des outils de travail des collaborateurs et, à plus large échelle, la stratégie immobilière même de l'entreprise. Demain, la fin des sièges d'entreprises sur plusieurs hectares ? L'entreprise louera-t-elle des espaces de co-working hors de ses murs pour ses collaborateurs ? Les espaces de travail non-attitrés se généraliseront-ils puisque les entreprises n'accueilleront leurs employés plus qu'à la marge de leur temps de travail ?

Sans aller aussi loin dans la prospective, un question se pose néanmoins aujourd'hui : l'avenir du travail passe-t-il (forcément) par le télé-travail ? Pas si sûr... Yahoo !, que l'on imaginerait intuitivement à la pointe sur ces questions, est en fait un contre-exemple éclairant. Depuis son arrivée en 2012 à la direction, Marissa Mayer a décidé de chambouler quelques habitudes. Et parmi elles, le télétravail, qu'elle a tout bonnement banni de l'entreprise. Avec des résultats positifs, selon un cadre de Yahoo ! : l’“engagement des salariés est depuis à la hausse, les lancements de nouveaux produits se sont accélérés, les équipes fonctionnant en mode agile fleurissent”.

Travail tout le temps : vers des horaires à la carte ?

La recherche d'autonomie passe aussi, parfois, par l'aspect temporel, même si cette réflexion est moins développée que celle du lieu de travail. Et pourtant : certaines entreprises - peu nombreuses - ont fait le choix d'une laisser une liberté totale à leurs collaborateurs. C'est le cas de Convers, un centre d'appel dans lequel il est possible de rassembler ses horaires sur 3 jours, se dégager une journée ou travailler exceptionnellement le week-end, tout comme moduler son activité en fonction de l’évolution du rythme de sa vie personnelle.

Une initiative isolée qui, malgré ses retours encourageants en termes de fidélisation des employés, semble loin d'être applicable à toutes les entreprises et à tous les secteurs d'activité.

Au final, le débat sur l'évolution du lieu de travail est tant une question d'organisation stricto sensu que... de mode de vie. Reste aux dirigeants, gestionnaires et salariés à trouver des points de convergences... avec les RH cette fois-ci ?

> Aller + loin :

Crédits images : Stewf (tiré de Playtime, de Jacques Tati) & nkeppol/ Flickr / CC
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