Publié le 10 juin 2022

En dépit des nuages qui s’amoncellent en Europe et ailleurs, les intentions d'embauche en France connaissent à nouveau une très forte (et assez surprenante) augmentation au 3ème trimestre 2022, avec un solde net d’emploi en hausse de 8 points par rapport au trimestre précédent, et de 17 points sur un an. La dynamique encourageante rencontrée au premier semestre par l’économie française semble donc se confirmer pour la période estivale qui démarre. Découvrez ce que vous réserve le troisième trimestre de cette année !

Entre un conflit violent aux portes de l’Europe, une inflation historique qui complique la vie des entreprises tout en pénalisant durement les consommateurs, sans oublier les difficultés d’approvisionnement en matériaux et en composants causées par la pandémie et toujours non résolues à ce stade, on aurait sans peine imaginé un « scénario du pire » pour la période juillet-septembre 2022 en termes d’embauches. Et pourtant, il n’en est rien !

Au contraire, comme le révèle le baromètre ManpowerGroup des perspectives d'emploi, les intentions d'embauche augmentent encore, avec un inattendu solde net d’emploi (+29 %) en hausse de 8 points par rapport au second trimestre : 39 % des employeurs projettent ainsi de gonfler leurs effectifs, et seuls 10 % de les réduire. Un niveau qui reste très élevé par rapport aux périodes d’avant-crise. En parallèle, 79 % des employeurs disent éprouver des difficultés à recruter, notamment dans les secteurs manufacturiers comme de l’hôtellerie-restauration. Ce qui explique peut-être la montée en qualité des emplois, et l’envolée du nombre de CDI signés ces derniers mois, avec un nouveau record de 421.000 contrats en avril…

Intentions d'embauche 3e trimestre 2022

« Ce baromètre montre que les intentions d’embauche continuent à progresser, malgré le ralentissement de la croissance, commente Alain Roumilhac, président de ManpowerGroup France. Selon l’INSEE, le PIB devrait augmenter de seulement 0,25 % entre avril et juin 2022 en France, après avoir stagné au premier trimestre. Pourtant, les entreprises continuent à vouloir augmenter leurs effectifs, tant le nombre de postes non pourvus reste important ».

Des intentions d’embauche en forte hausse dans les régions Ouest et Est

emploi par région

Si le redémarrage de l’activité continue de prendre de l’envergure dans tout le pays, ce dynamisme se fait tout particulièrement ressentir dans le Centre-Ouest, qui bénéficie des intentions d’embauche les plus positives (+36%), en hausse de 15 points en trois mois. Ayant déjà des taux de chômage parmi les plus bas du pays, la Bretagne comme les Pays de la Loire continuent d’embaucher à tour de bras, en particulier dans les services. Ces régions tirent leur attractivité économique du dynamisme de leurs activités tertiaires et de la montée en gamme de secteurs innovants : le génie logiciel à Rennes et à Nantes, la filière maritime à Brest, le secteur bancaire et assurantiel à Angers et au Mans, etc.

Le Centre-Est n’est pas en reste, avec un solde net d’emploi (+29%), en hausse de 14 points d’un trimestre à l’autre. Certes, les régions Grand Est et Rhône-Alpes sont connues pour avoir une industrie solide, résolument tournée vers l’export, mais ces chiffres sont surprenants vu le contexte. Il est vrai cependant que le secteur industriel connaît actuellement une petite renaissance : attrait de la relocalisation, développement de nouvelles filières, et soutien public à la modernisation de l’outil pour gagner en compétitivité.

Concernant le Sud de la France, la hausse du solde net (+30%) des souhaits de recrutement est également significative, avec un gain de 7 points en un trimestre. La période estivale est propice dans ce secteur touristique, d’autant que les touristes étrangers ont fait leur grand retour. Enfin, les régions Nord (+24%) et Île-de-France (+26%) font de belles performances, malgré un gain trimestriel plus léger : seulement 1 à 2 points de gagnés.

Les petites et les moyennes entreprises plus dynamiques que les grandes

Emploi par taille d'entreprise

Dans les diverses catégories d’entreprises étudiées, les prévisions nettes d’emploi demeurent fortement positives. Toutefois, les TPE (de moins de 10 salariés) et les entreprises moyennes (50 à 249 salariés) surperforment, avec une prévision nette d’emploi de +35 % et +32 % respectivement, soit un bond de 31 et 16 points en un an. Celles-ci ont de toute évidence réussi à sauvegarder leur trésorerie, malgré la hausse des coûts.

Les grandes entreprises (d’au moins 250 salariés) connaissent elles aussi un accroissement des intentions d'embauche, mais avec une progression plus limitée : solde net positif (+26%) en hausse de seulement 3 points par rapport au second trimestre. C’est un renversement par rapport aux baromètres précédents, où ces grandes sociétés contribuaient plutôt à tirer vers le haut les résultats. Peut-être parce qu’elles ont un carnet de commandes et une chaîne de production plus mondialisés, et sont davantage touchées par les troubles internationaux ?

5 secteurs d’activité tirent les intentions d’embauche vers le haut

Emploi par secteur d'activité

A l’exception du secteur des productions issues de la Terre ou énergétiques (agriculture, pêche, électricité, gaz, mines), qui est le seul à connaître une baisse (-3 points) des intentions d’embauche, tous les autres domaines d’activités étudiés par le baromètre ManpowerGroup résistent ou progressent nettement, au 3eme trimestre 2022.

Plusieurs secteurs retiennent l’attention par les hausses exceptionnelles des recrutements anticipés par les dirigeants d’entreprise. Celui des associations et ONG pour commencer, où les intentions d’embauche ont littéralement explosé : 27 points gagnés en un trimestre pour arriver à solde net positif de +37 %. Serait-ce une réponse directe à la quête de sens en matière d’emploi dans un monde post-COVID, ou une conséquence des crises qui se multiplient avec des besoins en personnel grandissants dans ce domaine ?

Les « autres services » (activités scientifiques, techniques et administratives) et l’industrie non manufacturière connaissent des hausses importantes : +19 à 20 points pour parvenir à un solde net de +23% et +27% respectivement. Dans l’industrie manufacturière, la hausse est plus faible (+8 points), mais la progression annuelle est de 31 points tout de même. On peut y voir un effet de la réindustrialisation de la France : dans le cadre d’une récente enquête menée par Infopro Digital pour L’Usine Nouvelle et ManpowerGroup, 76 % des décideurs industriels se disaient optimistes pour leur avenir !

En outre, les activités financières et le secteur IT & télécoms sont en bonne forme : un solde net positif des intentions d’embauche à +36 % et +43 %, en hausse de 10 et 5 points en trois mois. En pleine transformation numérique, les bancassurances ont d’ailleurs bien du mal à recruter les nouveaux talents dont elles ont besoin. Quant aux développeurs, ils sont en position de force, au point de pouvoir imposer leurs demandes, comme le télétravail.

Le secteur de l’hôtellerie-restauration affiche, de son côté, une prévision nette d’emploi en moins forte croissance sur un an : elle atteint aujourd’hui +19 %, soit une progression de 3 points par rapport au troisième trimestre 2021.

Les difficultés de recrutement subsistent en France

région en tension

Ces hausses prononcées des intentions d’embauche, trimestre après trimestre, combinées à la baisse du chômage, à peine supérieur à 7 % désormais, se ressentent sur les difficultés de recrutement. D’après l’enquête Talent Shortage, près de 8 employeurs français sur 10 affirment rencontrer des problèmes plus ou moins importants pour trouver les bons profils lorsqu’ils cherchent à recruter. Pour 18 % d’entre eux, ces difficultés s’avèrent même « très importantes ». C’est en région parisienne et dans la région Centre-Est que ces difficultés se font le plus sentir, à 82 %. La région Nord, en revanche, est celle où le recrutement pose le moins de problèmes : 23 % des employeurs disent ne rencontrer aucune difficulté en la matière, contre 19 % au plan national.

Secteur pénurie d'emploi

Le secteur manufacturier est le plus touché par ces difficultés (85 %) suivi par le secteur de l’hôtellerie-restauration (84 %). Le secteur de la banque, des assurances et de l’immobilier fait face à une situation plus sereine : 26 % des entreprises de ces secteurs n’éprouvent pas de difficulté à recruter. C’est au sein des entreprises de taille moyenne (50 à 249 salariés) que recruter s’avère le plus délicat, selon 82 % des dirigeants d’entreprise répondants.

Métier en tension

Les recruteurs précisent que la production (23 %) est la compétence la pus difficile à trouver. Puis viennent les compétences en ressources humaines, datas, technologies, ventes et marketing qui arrivent ex-aequo (20 % des entreprises éprouvent des difficultés à les trouver). En région parisienne, 24 % des employeurs dans le domaine de la relation client ont du mal à recruter de la main d'œuvre qualifiée.

Enfin, les qualités comportementales ou soft skills les plus difficiles à trouver sont la fiabilité et la discipline (25 %). Puis la capacité à prendre des initiatives (24 %), à mener des réflexions et résoudre des problématiques (23 %). L’aptitude à diriger est moins concernée, étant donné que seuls 18 % des répondants l’identifient comme rare.

Alors que les chiffres des baromètres précédents laissaient prévoir, au mieux un maintien, au pire une baisse des intentions d’embauche, c’est une embellie assez inespérée qui se manifeste pour ce 3eme trimestre 2022. La hausse des recrutements bénéficie à toutes les régions, et à la plupart des secteurs. Une conjonction d’éléments favorables en dépit des crises contribue à l’expliquer : reflux de la pandémie en France et en Europe, redémarrage rapide de l’activité, renouvellement de l’industrie, montée en gamme, transition numérique, etc. Pour autant la pénurie des talents persiste : certains secteurs ont des difficultés à recruter ; et certaines compétences et soft skills sont difficiles à trouver.

Le Baromètre ManpowerGroup des perspectives d’emploi pour le troisième trimestre 2022 a été réalisé dans 40 pays et territoires, entre le 1er et le 29 avril 2022 auprès de 40 353 employeurs issus d’entreprises privées et d’organismes publics, dont 1025 en France. L’étude analyse les données obtenues en réponse à une unique question : « Comment anticipez-vous l’évolution des effectifs de votre entreprise au cours du prochain trimestre par rapport au trimestre actuel ? ».
NB : nos lecteurs les plus réguliers noteront une différence entre les chiffres affichés ici et ceux du trimestre précédent pour une raison légitime : chaque trimestre, les données du baromètre sont lissées et corrigées des variations saisonnières, afin de les rendre plus fiables et représentatives sur le long terme !

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