Publié le 28 mai 2020

Après 56 jours de confinement, certains reprennent le chemin du travail ou continuent le télétravail tandis que d’autres se retrouvent sans emploi. Une crise sanitaire qui se transforme en crise économique, entrainant des aménagements législatifs, organisationnels, et même spatiaux. Des changements qui pourraient s’ancrer sur le long terme et redessiner profondément le monde du travail.


Un changement dans la structuration des modes de travail

En tout premier point, impossible de ne pas mentionner le télétravail. Rappelons que ce dernier qui ne concernait que 29% des Français en 2019, a atteint environ 8 millions d’actifs du secteur privé durant le confinement selon le ministère du travail. Il s’est donc imposé en urgence, entraînant dans son sillon de nombreux réajustements et réflexions sur les modes de collaboration. Cette période a permis de tester un management plus horizontal et plus collaboratif permettant à certains profils de se révéler. D’ailleurs, une étude Malakoff Humanis montre que 38% des personnes interrogées pensent que cette situation a un impact positif sur leur autonomie, leur responsabilisation, la gestion de leur temps et leur concentration.

Mais si le télétravail est un sujet d’organisation individuelle, c’est également une problématique majeure pour la culture d’entreprise. Alors qu’un tiers des employeurs n’y était pas favorable avant la crise, 90 % y a eu recours montrant ainsi que ce qui semblait trop compliqué pour certains secteurs était en réalité une opportunité pour l’avenir.

Parallèlement, le télétravail a poussé à repenser les modes de fonctionnement quotidien, révélant ainsi des freins à la productivité tels que le présentéisme contemplatif. Ce dernier pouvant représenter jusqu’à 1 jour ou plus non productif par semaine. A l’origine du problème se trouve souvent des souffrances contextuelles engendrant des risques psychosociaux que l’éloignement physique via le télétravail permet de mieux vivre. Dès lors, la question des semaines de 4 jours ayant fait ses preuves en Suède ou des semaines 32 heures ressurgissent pour envisager un nouveau modèle français.

Un changement de nos modes de pensées

Mais si certains ont eu l’opportunité de pouvoir travailler et évoluer durant la crise, d’autres l’ont vécu bien différemment. Selon une analyse réalisée pour la CFDT, 80 % des salariés interrogés pensent que le confinement va avoir des incidences négatives sur leur entreprise, entraînant des bouleversements profonds.

Le ralentissement de l’activité économique et par moment, du rythme de nos journées, nous auront aussi permis de prendre du temps et du recul pour réfléchir à nos missions, notre place dans l’entreprise ou au sens de nos métiers. Que ce soit suite à une profonde introspection ou pour tenter de faire face aux conséquences économiques de la crise sur l’emploi, chacun tente de trouver des solutions. D’ailleurs, une étude menée par Yougov et publiée par Monster, montre qu’un quart des personnes interrogées a la volonté de « faire quelque chose pour changer son quotidien » comme rechercher de nouvelles responsabilités, concrétiser des projets extra-professionnels ou même se reconvertir. Par ailleurs, l’étude révèle que 55% des Français se questionnent sur le sens même de leur travail. La perte de repères induite par le confinement associée au constat de l’importance sociale de certains secteurs – tels que le secteur médical – a en effet engendré chez certains un sentiment d’inutilité au sein de la société.

Alors, y aura-t-il un avant et un après ? Il est encore trop tôt pour le dire. Cependant, l’Histoire donne des indices. En effet, la crise financière de 2008 avait également engendré des remises en question. Elle a montré la force de résilience de l’humain. Reste à espérer que cette crise-ci sera une opportunité pour repenser le fonctionnement de notre société et ne plus revenir à des modèles qui ont montré leurs limites. Une chose est sure, comme le préconise de nombreux chercheurs, il est aujourd’hui indispensable d’instaurer des mesures de protections sociales à destination des travailleurs les plus fragiles.

Encadré : Panorama des derniers aménagements du code du travail

Chômage partiel. Passé de 700 000 à 300 000 personnes dès la sortie du confinement, le chômage partiel pourrait avoir coûté jusqu’à 500 milliards d’euros à l’État selon une estimation d’Éric Woerth. Une mesure qui devrait être réduite progressivement à partir du 1er juin, pour inciter les entreprises à la reprise tout en évitant l’effet couperet.

Congés payés et RTT. Durant le confinement, les entreprises ont eu la possibilité de changer les dates de congés payés déjà posées des salariés. A présent, elles peuvent également imposer jusqu’à 6 jours ouvrés de congés payés avec un délai de prévenance d’une journée et non de 4 semaines comme c’était le cas jusqu’à présent. De même, l’employeur peut décider unilatéralement d’imposer jusqu’à 10 jours de RTT avec un délai de prévenance d’une journée.

Durée du temps de travail. Le gouvernement autorise certains secteurs, jugés essentiels pour la sécurité et la continuité de la vie économique du pays, à s’affranchir des limites de durée de travail, passant d’une durée maximale de 10 à 12 heures journalier et de 48 à 60 heures hebdomadaire. Ces secteurs sont en cours de définition et seront bientôt dévoilés dans une dérogation valable jusqu’au 31 décembre 2020.

Suspension de factures et report des charges. Le gouvernement a négocié avec les fournisseurs et bailleurs la suspension de leurs factures liées aux locaux pour les PME et TPE en difficulté et ce jusqu’à nouvel ordre.
Les entreprises les plus touchées – peu importe leur taille – pourront demander un report de leurs charges fiscales et sociales, les impôts indirects n’en faisant pas partie. En cas de risque de faillite, celles-ci pourraient même être totalement annulées.

Dons de jours. Plusieurs députés, soutenus par Muriel Pénicaud souhaitent mettre en place le don de jours. Cette mesure permettrait aux Français – peu importe leur secteur d’activité – de faire don d’une partie de leur congés payés ou RTT au personnel soignant. La somme récoltée pourrait être redistribuée sous forme de chèques-vacances. Le gouvernement rappelle que ces congés étant déjà provisionnés, ils n’engagent pas de charge supplémentaire pour l’entreprise.

CDD. Exceptionnellement, le nombre de renouvellements des CDD et CTT pourra être fixé à un autre niveau que celui prévu par accord de branche ou par la loi et ce jusqu’au 31 décembre 2020. Le but étant de prolonger les contrats suspendus pendant le confinement et de maintenir les compétences indispensables à la reprise de l’activité.

 

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !