Publié le 19 janvier 2015

Alors que le nombre de stages est passé, depuis 2006, de 600 000 à 6 millions, la loi sur l'encadrement des stages, promulguée le 10 juillet 2014, dessine de nouvelles obligations pour les entreprises :

  • Un alignement du temps de travail du stagiaire sur celui des salariés (avec la possibilité pour les stagiaires de bénéficier de RTT si le temps de travail hebdomadaire dépasse les 35 h) ;
  • Un quota de stagiaires de 10% des effectifs maximum qui, s'il n'est pas respecté, expose l'entreprise à une amende de 2 000 euros maximum par stagiaire employé au-delà de la limite légale ;
  • L'obligation d'inscrire les stagiaires dans le registre du personnel ;
  • La responsabilité de l'entreprise est engagée en cas d'accident de travail, assortie de l'interdiction de confier au stagiaire des tâches dangereuses ;
  • L'augmentation de la rémunération plancher, la gratification passant de 12,5% du SMIC à 15% en septembre 2015 (cette revalorisation se faisant en deux temps afin de ne pas pénaliser les petites structures et les associations) ;
  • L'obligation de designer un tuteur dans l'entreprise, qui suivra le stagiaire tout au long du stage ;
  • De nouveaux droits acquis en termes de congés maternité et paternité, ainsi que le remboursement d'une partie des frais de transport, l'accès au restaurant d'entreprise ou aux titres-restaurant.

Loi relative à l'encadrement des stages : quels impacts sur les RH ?

D'un point de vue RH, ces évolutions apportent avec elles de nouveaux défis en matière de recrutement et de formation. En effet, recruter un stagiaire représente non seulement un coût plus important mais également une implication grandissante de l'entreprise, qui peut envisager cette étape comme une période d'essai, une première étape avant un emploi.

job-vintage

"Au final, les stagiaires seront gérés selon des règles proches de celles appliquées aux CDDexplique Catherine Le Manchec, avocat associé au cabinet August&Debouzy. Certaines entreprises et écoles voient derrière cette complexification, non seulement une charge de travail supplémentaire, mais également un enjeu en termes de suivi du stagiaire."En tout nous signons 1500 conventions de stage chaque année. Alors qu’on parle constamment de simplification, ces nouvelles règles signifient pour nous et les entreprises un surcroit de travail. Même si elles partent d’un bon sentiment, ne risquent-elles pas d’être contre productives dans des entreprises qui se plaignent déjà beaucoup des lourdeurs administratives ?", se demande Pascale Ribon, directrice de l'Estaca, une école d'ingénieurs.

Si les grandes entreprises ont une plus grande facilité à mettre en place ces nouvelles réglementations et une meilleure capacité à faire face aux enjeux qui se posent, les TPE/PME, elles, peuvent se retrouver désemparées face à la complexité de ces nouveaux processus.

> Lire aussi Quand les TPE/PME réussiront à recruter comme des grandes

Recruter un stagiaire, un véritable parcours du combattant

La mise en relation joue alors un rôle essentiel. C'est le pari que TakeWinc, un réseau social qui rapproche étudiants et entreprises, est prêt à relever. Avant de se lancer dans l'aventure, une enquête pour comprendre le marché fut menée auprès de 200 directeurs généraux (DG) et directeurs des ressources humaines (DRH). Les résultats révèlent non seulement les enjeux du recrutement de stagiaires mais aussi les difficultés, tant du côté des entreprises que des stagiaires, à trouver le bon partenaire :

  • 58% des DG et DRH indiquent que le recrutement d’un stagiaire est aussi important que celui d’un salarié ;
  • 75% déclarent que les stagiaires peuvent apporter une valeur ajoutée dans l’entreprise ;
  • 74% des entreprises rencontrent des difficultés à recruter des stagiaires et seulement 33% se disent "satisfaits" de leurs recrues ;
  • 45% des étudiants se disent insatisfaits de leur période de stage.

La question de l'adéquation entre les besoins de l'entreprise et les projets professionnel du stagiaire mais aussi le renforcement de la relation entre l'étudiant et le stagiaire apparaissent comme les enjeux majeurs d'un recrutement réussi. "Si une entreprise recrute sur des compétences, elle a plutôt tendance à baser ses critiques sur la personnalité du collaborateur. Nous allons permettre aux entreprises de trouver le bon candidat pour le bon poste. Nous donnons aux entreprises accès à des étudiants qualifiés qui seront en confort dans leurs missions. Nous permettons, en amont, de mieux sélectionner les stagiaires pour faciliter leur intégration et augmenter leur efficacité en entreprise" explique à ce sujet Benjamin Guthleben, fondateur et CEO de Takewinc. Cabinets de recrutement ou plateformes de mise en relation se lancent alors dans le ciblage et le matching pour trouver la perle rare.

Stage, alternance et apprentissage : des portes d'accès à un vivier de jeunes talents

red door de Sukanto DebnatSi du côté des candidats, le stage, l'alternance ou l'apprentissage sont autant de dispositifs clés pour développer un projet professionnel et leur permettre l'entrée sur le marché de l'emploi, ils représentent également pour les entreprises une voie privilégiée pour élargir le vivier de talents et accéder aux étudiants et aux jeunes diplômés. "Nos difficultés de recrutement de profils qualifiés et expérimentés nous obligent à cibler les talents dès leur début de carrière et même avant leur entrée sur le marché. Dans notre secteur, nous nous battons pour recruter les meilleurs stagiaires", reconnaît Raphaele Heymann, responsable des relations écoles de Colas, un  groupe de BTP spécialisé dans la construction de routes. En effet, pour les secteurs et les entreprises qui peinent à attirer les talents ou qui souffrent d'une mauvaise image, les stages sont également l'opportunité de se faire connaître.

Quand alternance et apprentissage séduisent (aussi) les étudiants du supérieur

Malgré de bon résultat, notamment en termes d'insertion professionnelle, l'apprentissage connaît depuis 2013 une certaine désaffection. Pour relancer l’apprentissage qui, souffre d'une image mitigée et est surtout victime d'idées préconçues, une opération de séduction est lancée depuis quelques mois par le gouvernement. L'objectif : atteindre le nombre de 500 000 apprentis en 2017. Les mesures prévoient notamment l'extension du dispositif aux entreprises de moins de 250 salariés et un coup de pouce de 1 000 euros annuels aux entreprises qui embauchent un apprenti.

apprentissage-stage-emploi

Sur le sujet, le rapport du Conseil d'analyse économique (CAE), dévoilé début janvier, préconise une remise à plat complète de l'apprentissage et, dans un souci de simplification et de meilleure visibilité, une fusion entre les contrats de professionnalisation, d'apprentissage et d'alternance. «Le système fait de moins en moins de place aux jeunes sans diplômes ou peu diplômés puisque plus du quart des apprentis sont aujourd'hui des étudiants du supérieur. Or, toutes les études montrent que l'apprentissage a un rendement positif surtout pour les faibles niveaux de qualification», constatent par ailleurs les auteurs du rapport.

La formation, un enjeu crucial reposé par l'apprentissage

Car au-delà du recrutement, c'est un enjeu de formation qui se pose également à travers ces dispositifs. Des dispositifs, qui permettent notamment aux étudiants de parfaire leur connaissance sur le terrain, afin de coller aux réalités du travail en entreprise. Dans des secteurs pointus, comme le numérique, où les besoins en compétences sont importants, apprentissage et professionnalisation sont, par exemple, des éléments forts des plans de formation développés dans chaque branche d'activité, à l'instar du « programme à 360 degrés » lancé par Syntec Numérique. Celui-ci prévoit en effet la signature de 10 000 contrats de professionnalisation dans la branche en 2015.

Une initiative, qui s'inscrit dans la lignée de la convention d'objectifs et de moyens sectorielle pour le développement de l'apprentissage (COM) signée avec la région Ile-de-France en juin 2014, afin d'augmenter l'offre de formation répondant aux besoins de la filière . « 900 demandeurs ont été formés à la fin 2014. Il faut doubler ou tripler ce nombre », avance Guy Mamou-Mani.

 

Crédits image :  Allison Marchant & Sukanto Debnat & Michael 1952 & / Flickr.com / Licence CC BY 2.0
Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !