Prix de la fondation ManpowerGroup 2012

Prix littéraires de la Fondation ManpowerGroup pour l’emploi : l’humain au pouvoir

Les prix littéraires de la Fondation ManpowerGroup pour l’emploi ont lieu ce soir. Revue des cinq ouvrages en compétition.

« Le 21ème siècle sera celui de la collaboration ou ne sera pas ».  C’est en quelque sorte la ligne directrice des cinq livres qui ont été sélectionnés par le jury de la Fondation ManpowerGroup pour l’emploi, qui remet ses prix littéraires ce soir, en partenariat avec HEC Paris. Ces ouvrages majeurs marquent la nouvelle donne du management, de l’organisation des entreprises et, plus généralement, une prise de conscience : le moteur et le but d’une création de valeur porteuse de bien-être, c’est l’humain.

 

Les employés d’abord, les clients ensuite,  de Vineet Nayar

Vineet Nayar est PDG de HCL Technologies, une multinationale indienne de services informatiques en très forte croissance. Lorsqu’il en a pris la direction,  il a mis en place un « management collaboratif » pour doper ses résultats. Car Les employés d’abord, les clients ensuite, c’est un management en « pyramide inversée » qui s’adapte aux transformations de notre époque :

«  50% de la population mondiale a moins de 25 ans. Grâce aux médias et aux réseaux sociaux, les employés de la génération Y sont collaboratifs par nature. Nous devions construire une structure organisationnelle capable d’accueillir ces nouveaux talents. »

L’année dernière, Vineet Nayar a été désigné « Leader in the digital age » par le CEBIT, la plus grande manifestation de l’industrie des TIC en Europe, pour sa vision du management.  Aujourd’hui, sa méthode, qualifiée de « management le plus moderne au monde » par le magazine Fortune, est devenue un « modèle EFCS » (pour Employees First, Customers Second) enseigné dans les écoles de management.

 

Le média humain, dangers et opportunités des réseaux sociaux pour l’entreprise, de Ludovic Boursin et Laetitia Puyfaucher

Aujourd’hui, le salarié est devenu le premier des médias de l’entreprise. Cet « individu-citoyen-consommateur », connecté à d’autres individus, doit être au cœur de toute stratégie de communication d’entreprise, jugent Ludovic Boursin et Laetitia Puyfaucher. Au-delà de la communication, ils démontrent comment les réseaux sociaux  vont transformer la répartition des pouvoirs ans l’entreprise et bouleverser les pratiques managériales, la collaboration.

La conclusion du livre parle d’elle-même : « les réseaux sociaux donnent plus de pouvoir au collaborateur et c’est tant mieux ». Ils permettent « la réconciliation à grande échelle entre le talent individuel et l’organisation, grâce à l’émergence de l’homme-média ». Pour les auteurs, ils signent notamment « la fin du manager « statutaire » ». Entre les salariés connectés et les patrons qui twittent, quelle place et quel rôle, demain, pour les managers ? Au cœur des difficultés pour les entreprises : l’obligation de « mettre en pratique cette difficile notion de confiance »

 

Le grand basculement, de Jean-Michel Severino et Olivier Ray

« Si nous ne sommes pas capables de mettre en route des mécanismes d’enrichissement soutenables pour tous, nous ne pourrons pas supporter la charge humaine et écologique de notre planète, et nous dériverons inexorablement dans un monde de conflits et de violence. » Jean-Michel Severino et Olivier Ray expliquent la dangereuse tectonique des plaques par une « inversion des raretés » : les ressources naturelles deviennent rares, donc chères ; dans le même temps, le développement économique fait du travail une denrée moins rare (aujourd’hui, les deux tiers de la planète appartiennent à la population active), dont la valeur décline donc.

Si le vieillissement des populations changera la donne, il va encore falloir, pendant trente ans encore, absorber la force de travail des pays du Sud. Et pendant que certains profitent de la mondialisation, d’autres y perdent leur emploi et leur revenu. Tout ceci annonce de grandes tensions sociales à venir. Pour les auteurs, il faut notamment « rendre à l’homme sa valeur », par l’éducation notamment.

 

Petits jeux de pouvoir en entreprise, de Mauricio Goldstein et Philip Read

« Bruits de couloir, rétention d’information, mauvaise foi, manipulation, mails en copie cachée… Cela vous dit quelque chose ? En entreprise, comme dans tout groupe humain, on se livre à des jeux de pouvoir. Qu’ils soient conscients ou non, ils sont exacerbés par le stress et la concurrence, surtout lorsque des « récompenses » […] sont susceptibles d’être accordées ou refusées. Sapant de manière insidieuse l’énergie et la motivation des salariés, ces petits jeux constituent un véritable frein à la dynamique collective. Ils génèrent des rituels qui nuisent à la productivité et peuvent étouffer les tentatives de changement. […]

Nourri de recherches et d’exemples issus d’entreprises internationales, cet ouvrage commence par détailler les caractéristiques de ces rapports de pouvoir, afin d’identifier dans quelle mesure votre organisation y est sujette. Il […] propose de les traiter en trois étapes : prise de conscience, choix, exécution. »

En décryptant les coulisses du pouvoir, ce livre aide à créer un cadre de travail plus épanouissant. Il doit être lu comme un guide pratique pour que les hommes, que la nature porte aux jeux de pouvoir, réduisent les gaspillages qui en découlent. Son introduction peut être lue en ligne.

 

Refonder l’entreprise, de Blanche Segrestin et Armand Hatchuel

Depuis 2008, les différentes crises n’ont pas épargné les entreprises, mais la crise qu’analysent Blanche Segrestin et Armand Hatchuel touche leur cœur, leur raison d’être. Une crise identitaire, en somme. Les deux auteurs, professeurs à Mines Paris Tech, appellent l’entreprise à redevenir une aventure humaine et collective, son sens premier qu’elle aurait perdu. Elle devrait renouer avec sa « dynamique de solidarité et de création collective » originelle.

L’analyse historique du livre permet de mieux comprendre les ressorts de l’entreprise afin de la refonder – une obligation pour sortir de la crise. Les pistes esquissées, y compris sur le plan juridique, permettraient à l’entreprise de retrouver ce qui fait son essence : la collaboration. Dans la lignée du « social entrepeneurship » déjà visible en Californie, il propose de refonder le droit des sociétés pour leur permettre de sortir d’une logique purement actionnariale, en poursuivant des objectifs qui ne seraient pas exclusivement financiers.

 

Lequel de ces cinq ouvrages, tous caractéristiques du nouveau pouvoir de l’humain, sera considéré comme le plus marquant par le jury de la Fondation ManpowerGroup pour l’emploi ? Réponse demain.

EDIT 22/11/2012 : Vineet Nayar, ainsi que Blanche Segrestin et Armand Hatchuel, sont les lauréats de l’édition 2012 du prix littéraire de la Fondation ManpowerGroup pour l’emploi.