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#Motsdelacrise : 5- Mondialisation

Les mots de la criseAvant d’être éprouvée à travers les maux qu’elle produit, la crise est d’abord vécue par les Français à travers ses mots. Denis Muzet, fondateur de l’Institut Médiascopie, analyse leur impact sur nos esprits dans Les mots de la crise – De la crise mondiale à la crise de soi (éditions Eyrolles, collection « La nouvelle société de l’emploi » de la Fondation ManpowerGroup). En exclusivité pour l’Atelier de l’emploi, il décrypte chaque jour un mot ou une expression caractéristique de l’état d’esprit des Français dans la crise et des réponses qui sont attendues de la part du pouvoir politique. Après avoir analysé les effets produits par le « made in France », l’« effort juste », la « compétitivité » et la « croissance », Denis Muzet se penche aujourd’hui sur la « mondialisation », dont les Français commencent, « à travers cette crise, à percevoir les désavantages ».

La place de la France dans la mondialisation : une question existentielle aujourd’hui

« On est en 2012, et je crois qu’on est dans une crise plus profonde qui révèle son vrai visage : c’est une crise de société, y’a un affaissement moral, une mondialisation des échanges et une perte des repères anciens, ça se fait à toute vitesse. Et il va falloir faire avec. En tant que père de jeunes enfants, y’a de quoi flipper : qu’est ce qu’on va devenir ? Je suis angoissé, j’en dors mal la nuit, je ne trouve pas beaucoup de motifs d’espérer dans ce que je lis… »

Partagée par nombre de nos concitoyens, l’inquiétude de cette quinquagénaire au chômage exprime bien le questionnement fondamental des Français : quelle est la place de la France dans le monde d’aujourd’hui ?

Mondialisation

La semaine dernière, un sondage décrivait des Français en « dépression collective » en raison d’une « perte d’identité ». L’enquête sociologique de Denis Muzet confirme ce diagnostic : le questionnement serait identitaire avant d’être économique ou politique.

« Il est en effet grand temps de définir durablement la place et le rôle proportionné qui doit être attribué à la France dans la mondialisation, ainsi que les grandes orientations, économiques et autres, permettant de poser les bases d’une nouvelle identité structurelle française. »

Rien de nouveau sous les nuages ? « La défiance envers la mondialisation n’est pas neuve », concède Denis Muzet ; mais avec la crise, « elle a tendance à s’accentuer ». La peur d’une dilution de l’identité française dans un monde sans frontières, plus intense, est aussi ressentie plus directement, presque intimement, par les Français : « la mondialisation n’est plus une cause [d’inquiétude] lointaine, la souffrance s’étant rapprochée ».

Mapping - mondialisation

Impuissance et nouvelles concurrences : « c’était mieux avant, refusons maintenant ! », disent les Français

La nouveauté serait que la France devrait accepter d’être devenue une puissance moyenne : « notre pays semble inéluctablement destiné à peser de moins en moins lourd à la table du monde », jugent les Français d’après Denis Muzet. Mais le sociologue va plus loin et met le doigt sur un basculement générationnel« ayant grandi avec la mondialisation, les plus jeunes de nos compatriotes sont bien plus persuadés encore que leurs parents du fait que non, “l’État ne peut pas tout faire”. » Aujourd’hui, donc, la peur identitaire se doublerait de l’angoisse issue d’une impuissance généralisée, qui se retrouverait à tous les niveaux de l’action publique : l’Etat-nation, l’Europe ou les institutions internationales n’auraient plus prise sur le cours des choses, la gouvernance mondiale est « aux abois » et la construction européenne « inaboutie ».

La montée en puissance de nations émergentes inquiète d’autant plus :

« La mondialisation a mis pour la première fois les pays de la vieille Europe en situation de concurrence directe avec le reste d’un monde non colonisé et désireux de connaître le même “développement économique et social”.

La Chine et le Qatar font figure d’épouvantails bien inquiétants, alors que les Etats-Unis sont plus rassurants, sensiblement au même niveau que la Grande-Bretagne ou l’Allemagne. »

[encadre]Dépassés par les nouveaux moteurs de l’économie mondiale, les Français se recroquevillent et jugent désormais la mondialisation plus inquiétante que la démondialisation – ce « concept absurde » ?. Le succès du « made in France », analyse Denis Muzet, est aussi celui de la tentation du repli sur soi  : il est cet « aiguillon d’une efficacité redoutable […] dans un pays qui cherche ses repères dans la mondialisation ».

Comment bien vivre un monde qui nous dépasse ? « Sur quelles bases reconstruire la fable d’une “mondialisation heureuse” dans un pays aussi particulariste que la France ? » La semaine dernière l’a montré, c’est la « cacophonie » qui règne aujourd’hui. Un des défis majeurs, pour la France et les Français, serait d’accepter que la mondialisation rebatte les cartes de la puissance, et de sortir de « cette rhétorique de la destinée qui, dans la mondialisation, n’a appris qu’à considérer les avantages comme allant de soi et les inconvénients comme injustes ».

Le sentiment d’impuissance, qui plus est, nourrit la peur de l’Autre :

Tous les autres mots analysés par Denis Muzet sur l’Atelier de l’emploi :

 

> Image de « une » issue du flickstream de mrpotet (sous licence CC)
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