Publié le 2 août 2015

ENTRETIEN. Sélectionné pour la 20e édition du prix littéraire de la Fondation ManpowerGroup et HEC Paris, qui sera remis le 8 octobre prochain, l’Âge du Faire de Michel Lallement analyse les communautés de Makers qui cherchent à inventer le travail de demain.

l'âge_du_faire« La révolution de la fabrication permet désormais à chacun de mettre des usines en marche d’un simple clic de souris », expliquait Chris Anderson, ancien rédacteur en chef du magazine Wired, dans son ouvrage de 2013, Makers : la nouvelle révolution industrielle. Face aux prophéties enthousiastes, le sociologue Michel Lallement a souhaité mener l’enquête pour observer et comprendre cette révolution en action.

Avec L’Âge du Faire, il livre les résultats d’une enquête ethnographique menée dans la région de San Francisco, au cœur du mouvement Faire et des hackerspaces, ces nouveaux lieux de conception, de production et de collaboration qui fleurissent partout dans le monde.

Atelier de l’emploi. Qu’est-ce que l’âge du faire et à quel autre âge succède-t-il ?

Michel Lallement. L’âge du faire désigne à la fois un moment et un mouvement. Le moment est celui d’une expérimentation qui vise à dépasser la période post-taylorienne que nous avons vécue au cours de ces toutes dernières décennies. Cette période a été marquée par la coexistence d’une pluralité de modèles de management qui vont du maintien des anciens préceptes tayloriens jusqu’aux formes d’organisation apprenantes en passant par les modèles de gestion en flux tendus. Un principe est transverse à la plupart de ces options post-tayloriennes : pour organiser au mieux le travail, il faut prendre au sérieux la volonté d’autonomie des salariés. Le problème est que, exercées par les clients, la hiérarchie, les pairs…, de nombreuses pressions sont venues gâter au quotidien la façon de travailler. Le cocktail autonomie/pression a été détonnant. Il s’est traduit dans de nombreux cas par l’émergence de multiples maux du travail que nous connaissons bien désormais : burn out, stress, addictions…

office-work-is-overMon hypothèse est que l’âge du Faire est un moment nouveau qui vise à faire contrepoint à ces pathologies multiples. Il consacre, autrement dit, l’apparition d’espaces qui affirment l’importance pour les individus d’exercer un travail autonome tout en s’affranchissant des contraintes, organisationnelles ou marchandes, qui se sont avérées morbides et parfois même meurtrières. L’âge du Faire, c’est ce temps-là : un moment où l’on cherche à redonner du sens au travail en articulant autrement les pratiques productives avec leurs environnements multiples.

Il faut donc distinguer l’âge du Faire du mouvement Faire.

Comme j’ai pu le constater lors de mon enquête ethnographique en Californie, le mouvement Faire est structuré par un objectif et des acteurs. L’objectif est de redécouvrir tout le plaisir et la passion que le travail peut apporter aux individus… quand il est réalisé dans de bonnes conditions organisationnelles et sociales. De ce point de vue, le Faire peut être défini comme une forme de travail qui trouve en elle-même sa propre finalité. Le Faire, pour le dire encore autrement, est une manière d’éprouver l’autonomie au travail (capacité à définir soi-même sa façon de travailler) mais aussi l’autonomie du travail (disjonction entre les pratiques productives et les pressions du marché, des organisations….).

Qui sont les acteurs du mouvement Faire ?

Les acteurs auxquels je me suis intéressé au premier chef en Californie sont les hackerspaces, espaces de fabrication de nature associative qui ont de nombreux cousins par ailleurs, à commencer par les fab labs (laboratoires de fabrication). Si les noms et les histoires diffèrent, le point le plus important à souligner est que tous ces lieux (hackerspaces, fab labs, makerspaces, hacklabs, biohackerspaces…) ont pour trait commun d’être des lieux physiquement situés qui proposent des ressources multiples (outils de bricolage, imprimante 3D, découpeuses laser, ordinateurs, wi-fi…) au service de projets de fabrication personnels et collectifs.

15353847452_784270cf1a_zLa philosophie du travail qui irrigue nombre de ces lieux hérite de la tradition des hackers. Il faut préciser d’emblée que « hacker » ne signifie pas uniquement pirate informatique, figure qui vient pourtant immédiatement à l’esprit lorsque l’on prononce ce mot dérivé du substantif Ax (hache en anglais). Les hackers sont certes, pour certains d’entre eux, des crackers dont l’objectif consiste à pirater les systèmes informatiques. En réalité, les hackers sont le plus souvent des makers. Les motivations de ces derniers sont bien différentes de celles des crackers. En valorisant le Faire (le make), l’art de la bidouille, la passion productive, la collaboration volontaire…, les hackers-makers inventent depuis plusieurs années un nouveau rapport au travail. Numériquement plus importants que les crackers, ce sont eux qui constituent le coeur du mouvement Faire.

 « L’objectif, c’est de redécouvrir tout le plaisir et la passion que le travail peut apporter aux individus… quand il est réalisé dans de bonnes conditions organisationnelles et sociales ! »

D’autres acteurs animent le mouvement Faire aux côtés des hackers-makers. Je pense en particulier aux Maker Faire qui sont des foires organisées sous la houlette de la maison d’édition O’reilly, au magazine américain Make et à son fondateur Dale Dougherty (qui est aussi à l’origine des Maker Faire), etc. Le succès international des Maker Faire révèle à lui seul que, au-delà même des hacker-makers et de ceux qui fréquentent les hackerspaces, les fablabs, etc., la culture maker touche un vaste public qui est extrêmement sensible au paradigme du Faire, à la valorisation du Do It Yourself (faire par soi-même), à l’importance du bricolage dans ses dimensions multiples (matériel, informatique, culinaire, végétal...). Mon enquête aux Etats-Unis met en évidence la vigueur de ce mouvement, qui est également perceptible dans le monde entier désormais.

5982438955_90f446253b_bL’âge du faire, c’est donc l’âge de « faire par soi-même » au lieu de « faire faire par autrui » ?

Oui, mais c’est aussi faire avec les autres ! Le DIY est inséparable du DIWO (Do It With Others). Il s’agit d’être autonome en faisant par soi-même, mais pas seulement dans son coin. Les valeurs de partage, de collaboration, d’apprentissages croisés… sont centrales. Le projet que porte le mouvement Faire est plus généralement une invitation à prendre ou à reprendre le contrôle de sa vie à travers des projets qui peuvent être très modestes, à portée locale et individuelle… ou concerner, à un autre extrême, l’ensemble de la société.

Quel rapport y a-t-il entre les makers et les hackers, et d’où vient ce mouvement ?

Le terme "hacking" a une longue histoire. Il était notamment utilisé au MIT dans les années 1950 par des étudiants passionnés de trains miniatures. Le hack désignait alors le bricolage des appareils utilisés pour le pilotage électronique des petits trains. Par la suite, le terme de hack a pris des significations différentes. Aujourd’hui, il sert surtout à désigner un "bidouillage intelligent", pratique qui va souvent de pair avec l’art du détournement. Le hacker est un as de la métis, de la ruse... Il sait utiliser des choses à d’autres fins que celles pour lesquelles elles étaient conçues initialement. Ce faisant, il participe activement à la transformation du monde dans des domaines aussi variés que l’informatique, l’électronique, la mécanique mais aussi la cuisine, l’art, l’environnement, la mode…

Quel impact ces mouvements ont-ils sur notre perception du travail ?

Ce que, depuis les années 1980, l’on nomme l’éthique hacker est au cœur du monde hacker mais aussi du mouvement Faire qui en est également l’héritier. Cette éthique transforme notre rapport au travail en mettant en avant des principes forts pour pouvoir donner vie à la philosophie du Faire. Ces principes sont les suivants :

  • Le travail doit être une source de plaisir : ce postulat crée une rupture avec l’idée de travail comme “mal nécessaire”, comme simple moyen de gagner sa vie… A mille lieux des pratiques productives purement instrumentales, un hacker ne travaille que lorsqu’il y trouve de l’intérêt et du plaisir.
  • Le plaisir ne s’oppose pas à l’efficacité, tout au contraire : derrière l’idée de hack, il y a la notion d’efficacité. Un hack digne de ce nom est un geste efficient. Une des conséquences est que, mesurés à l’aune d’une telle exigence, tous les hackers ne se valent pas. Il y a des bons et des mauvais hackers, des personnes plus ou moins compétentes pour atteindre, avec efficacité, l’objectif d’un “travail bien fait”.
  • Travailler, c’est associer l’efficacité à l’esthétique : pour les hackers, un travail digne de ce nom est aussi un joli travail. L’esthétique est inséparable de la technique. Réussir à réduire à quelques lignes de code un bloc complexe de programmation s’assimile, dans l’éthique hacker, aussi bien à un exploit technique qu’à une prouesse à valeur esthétique.
  • Une forte exigence d’horizontalité organisationnelle : l’éthique hacker, qui sous-tend le mouvement Faire aujourd’hui, se défie des hiérarchies organisationnelles. Pour les pionniers du hacking, IBM était l’anti-modèle par excellence. Aujourd’hui encore, et plus que jamais certainement, le principe est que l’on ne peut dépasser les anciens modèles de travail qu’en ayant recours à des formes horizontales de collaboration et d’innovation.

Quel impact sur l’emploi et le salariat ?

L’impact sur l’emploi salarié du mouvement Faire est encore difficile à mesurer. Le premier rapport qui a été fait en France, avec l’appui de la FING notamment, montre que les tiers 5982991106_eaa31b4582_blieux sont bien des espaces de création d’emplois salariés. Mais les effets sont marginaux il est vrai. Le mouvement Faire ne va pas bousculer les chiffres du chômage dans l’immédiat. On note cependant, par delà les quelques créations d’emplois observables, des impacts qualitatifs, comme l’apparition de nouveaux métiers tels celui de fab lab manager dont le rôle est d’animer ces lieux – fab labs, makerspaces…. - qui émergent aujourd’hui. Plusieurs universités proposent désormais des formations à ce genre de fonction. Les débouchés vont clairement croissant. On dénombre aujourd’hui une centaine de hackerspaces et fab labs en France, 2 000 dans le monde. Et ces chiffres sont certainement sous-estimés.

« Hackerspaces, fab labs… remettent en cause la frontière classique entre travail salarié et travail indépendant »

Le deuxième élément de réponse est la multi-activité. Quand ils ne sont pas étudiants, les gens qui fréquentent les hackerspaces et les fab labs ont souvent un emploi. Ce qui se profile à travers l’émergence de ces tiers lieux n’est donc rien moins que l’invention de temps de travail « mixtes », qui échappent aux catégorisations habituelles. Au cours d’une même journée, les makers savent articuler des formes d’implications dans l’emploi salarié traditionnel avec le développement de projets autonomes, qui vont de l’innovation matérielle à la création de start ups. De ce fait, hackerspaces, fab labs… remettent en cause la frontière classique entre travail salarié et travail indépendant puisque l’on voit des gens salariés qui se font auto-entrepreneurs en fin de journée et le week-end !

Dans ces lieux, les makers se jouent aussi des frontières classiques entre production et consommation. Il s’agit en effet de produire par et pour soi-même des biens (un bidouillage électronique, des vêtements, de la bière….) que l’on peut aussi se procurer sur le marché. On comprend que, plus que l’emploi évalué en termes quantitatifs, ce sont toutes nos représentations sur travail que bouscule le mouvement Faire.

14938719885_b46a89c6db_zQui dit hackers dit hackerspaces, ces espaces de travail collaboratif proches des fabs labs, makerspaces et, à certains égards, des coworkings. De quoi s’agit-il et que laissent-ils présager sur le futur de l’entreprise – et de ses bureaux ?

La grosse différence avec une entreprise classique est que, dans un hackerspace ou un fab lab, il n’y a pas de niche ou d’espace réservé à chacune des personnes qui vient travailler. C’est vraiment un point de rupture majeur avec la logique qui, dans les espaces productifs traditionnels, associe un espace à un statut. Dans les hackerspaces et les fab labs, l’objectif est de créer de la transversalité en créant des espaces ouverts et non segmentés. Pourquoi ? Parce que cela permet de favoriser les collaborations transversales sur n’importe quel projet, que ce soit grâce un coup de main rapide, une longue discussion ou une collaboration de long terme. Tout l’enjeu est de permettre de recréer des collectifs de travail par le bas, et non par constitution du groupe par la hiérarchie.

A lire aussi : Réapprendre à apprendre : les fablabs réinventent-ils la formation professionnelle ?

L’observation que j’ai pu effectuer durant un an à Noisebridge, un hackerspace californien Capture d’écran 2015-07-30 à 11.58.07parmi les plus connus au monde, m’a convaincu par ailleurs que, dans les tiers lieux de ce type, s’inventent d’autres façons de collaborer et de faire communauté dans le travail. La plupart des hackers qui fréquentent Noisebridge se sentent bien pour travailler à condition d’avoir le sentiment d’"être seuls en groupe", c’est-à-dire de se trouver dans un espace où tout un chacun peut venir, se poser dans un coin en restant enfermé dans sa bulle… mais sans jamais être complètement déconnecté du monde. Ces nouveaux espaces de travail concilient le besoin de respiration individuelle avec la nécessité de pouvoir accéder à tout moment à des ressources extérieures : des pairs à qui demander conseils, des machines à fabriquer tout et n’importe quoi, des ordinateurs, une cuisine…

L’apprentissage permanent est au coeur du mouvement Maker, entre culture du tutorial et habitude du Do-It-Yourself. Cela peut-il, à votre sens, infuser d’autres secteurs d’une société où la formation occupe une place de plus en plus importante ?

La question de la formation est centrale dans le mouvement Maker, parce que les tiers lieux sont indissociablement des espaces de production et d’apprentissages. Le travail n’y est jamais séparé de la formation. De nombreux cours, gratuits, sont dispensés sur les sujets les plus variés (informatique, bricolages matériels…). Mais le plus intéressant et le plus novateur tient au fait que les hackers-makers font le pari que n’importe quelle personne qui rentre dans un hakerspace, un fab lab… a des choses à apprendre aux autres. Il y a même, en fait, une obligation morale à partager ce que l’on sait. Impossible de rester spectateur dans ces endroits : lorsque vous allez bidouiller, vous pouvez utilisez librement dans la plupart des cas les ressources mises à votre disposition, mais lorsque vous inventez, vous bricolez…, il vous revient souvent, normalement, de « documenter » ce que vous faites afin que les autres puissent profiter de vos trouvailles.

« Au cœur des hackerspaces, l’idée c’est que l’on apprend surtout en faisant et en partageant ce qu’on apprend. »

Autre point important : au cœur des hackerspaces, l’idée c’est que l’on apprend surtout en faisant et en partageant ce qu’on apprend. Cela a plusieurs conséquences : la formation peut d’abord s’effectuer ailleurs que dans les lieux traditionnels comme l’école ou l’université ; les hackerspaces sont ensuite des lieux de valorisation de compétences qui sont souvent peu ou mal reconnues. Grâce au Faire, ainsi qu’en témoignent certaines expérimentations françaises, le type d’apprentissage que valorisent les hackerspaces et les fab labs peut aider des jeunes en décrochage du système scolaire à apprendre autrement, à gagner le chemin du savoir et de l’emploi de façon toute pragmatique et, in fine, à retrouver une estime personnelle parfois bien dégradée.

Comment ces espaces réagissent-ils à l’arrivée d’entreprises qui peuvent chercher à industrialiser leurs principes ou s’en inspirer ?

L’implication des entreprises classiques dans les hackerspaces et les fab labs concerne aussi bien de petits entrepreneurs que de grandes entreprises. Dans le premier cas, je n’ai jamais vu de tensions apparaître car l’éthique hacker ne s’oppose pas frontalement à l’utilisation des ressources offertes par les hackerspaces, les fab labs ou même les Tech Shops (variantes marchandes des formes organisationnels précédentes) au service des projets entrepreneuriaux.

S’agissant des grosses entreprises, l’on observe aujourd’hui deux grands types de stratégies :

  • L’internalisation : les entreprises perçoivent les tiers lieux de fabrication comme un modèle original qui aide à comprendre comment il est possible de réinventer des espaces favorables à l’innovation. En France comme à l’étranger, de nombreuses grandes entreprises ont créé en leur sein de véritables fab labs, espaces d’autonomie et de transversalité destinés à leurs salariés afin de leur donner le goût et les moyens d’être créatifs.
  • L’externalisation : l’idée est d’utiliser des espaces existants pour stimuler l’innovation, créer du lien social et faire émerger de nouvelles habitudes de collaboration. Aux Etats-Unis, Ford a passé un accord avec TechShop pour permettre à ses salariés de développer des projets originaux. Afin de faire du Team Building, certaines entreprises françaises envoient pareillement leurs salariés dans des tiers lieux, en faisant le pari que le bidouillage collectif est un puissant facteur de cohésion sociale.

Le spectre des relations entre entreprises et tiers lieux de fabrication est, on le voit large et hétérogène. Ajoutons que, comme nous l’avons constaté dans les travaux que nous menons sur la France au Lise-Cnam-CNRS avec mes collègues Isabelle Berrebi-Hoffmann et Marie-Christine Bureau, certaines segments de formations professionnelles (comme le verre, la céramique ou encore l’optique) se sont aussi emparées du modèle hackerspace et fab lab pour non seulement repenser l’apprentissage mais aussi pour contribuer à la modernisation de leur filière entière de production.

Que pensez-vous que peut donner cette rencontre entre les entreprises et les hackerspaces ?

Qu’il s’agisse des pratiques observables dans les hackerspaces et les fab labs ou des interactions avec les entreprises, les innovations dont le mouvement Faire est porteur ne Lallement © Hermance Triay 3peuvent être jugées qu’à l’usage. Mon enquête en Californie a mis en valeur la pluralité des pratiques. Certains hackerspaces, comme Noisebridge, mettent l’accent sur le fun dans le travail, sur la promotion de valeurs anarchistes au service de la régulation communautaire, sur l’implication politique… tandis que d’autres, dans la Silicon Valley en particulier, ont davantage fonction de pépinières à start up ou de creuset au service de l’innovation technologique.

L’important dans l’immédiat est de reconnaître que nous avons affaire à un mouvement qui donne les moyens très concrets de fabriquer un travail plus épanouissant que celui que beaucoup de nos contemporains connaissent aujourd’hui. Il s’agit de ce que l’on pourrait appeler une « utopie concrète », utopie dont la déclinaison débouche dans la réalité sur de multiples pratiques. Ce n’est qu’après l’examen patient des nombreuses innovations qui, dans l’esprit du mouvement Faire, fleurissent chaque jour ici et là que nous pourrons porter une appréciation nuancée. Il nous faut sans doute pour cela attendre une année ou deux encore.

Copyright photographie de Une © Hermance Triay

Crédit image : Bryen ; Mitch Altman / CC BY-SA 2.0

 

 

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