Publié le 13 octobre 2011

"A l'occasion de la crise, une évidence est apparue : nos voisins, forts de leur économie, donnent le rythme à l'Europe entière. Voici comment ils y sont arrivés."

Le magazine Capital consacre un dossier au "miracle allemand", qui livre certains des secrets de la réussite de ce pays dans la mondialisation, notamment en matière d'emploi. Selon l'éditorial présentant ce dossier, le socle du succès allemand est avant tout psychologique et culturel :

"C'est aussi dans leur psychologie et leur mode de vie, parfois déroutant pour les Français, que se cachent les clés du «modèle» allemand : l'obsession de l'innovation industrielle et de la compétitivité, qui ouvre les marchés mondiaux malgré des coûts salariaux assez proches des nôtres, ou encore la capacité à mettre en œuvre des réformes courageuses pour sauvegarder l'emploi et la compétitivité quitte à sacrifier revenu et consommation."

L'article évoque en particulier la culture de la négociation qui, si elle n'a pas fait de l'Allemagne un pays où tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, est à la source du "miracle de l’emploi" outre-Rhin -particulièrement remarquable depuis la crise :

"Bien sûr, tout n'est pas rose au pays des «minijobbers», ces 6,5 millions de salariés à temps partiel pas vraiment choisi, dont le nombre n'a cessé d'augmenter depuis la sévère réforme du marché du travail inspirée par Peter Hartz, entre 2002 et 2005. Mais il en aurait fallu plus pour avoir la peau du «capitalisme coopératif» à l'allemande. «La négociation permanente entre syndicats et patronat, organisée par la loi, a permis aux entreprises de s'adapter à la mondialisation», explique Henrik Uterwedde, économiste à l'Institut franco-allemand de Ludwigsburg. Dès le milieu des années 1990, à la fin du boom postréunification, elles ont pu troquer modération salariale et augmentation de la flexibilité contre sauvegarde des emplois, en accord notamment avec le principal syndicat, l'IG Metall [...].

Emploi : pourquoi l'Allemagne a mieux résisté pendant la crise

Source : « Safeguarding jobs in times of crisis – Lessons from the German experience »

La solidité de ce système inédit a été confirmée par la récession de 2009. S'asseyant d'urgence autour de la table, les partenaires sociaux ont concocté une nouvelle version du «Kurzarbeit» (travail à temps partiel). Les horaires ont pu être abaissés à 30 heures, voire 20 heures par semaine, selon les besoins de chaque entreprise, les salaires perdus étant compensés (de 70 à 85%) par des aides. Le résultat ? Ce qu’on appelle ici «le miracle de l’emploi» : 7% de chômage, soit deux points de moins qu’en France.

Mobilisés à l’échelle fédérale, les partenaires sociaux ont joué tout aussi collectif au sein de chaque entreprise, tout simplement parce que la confiance réciproque y est établie par des décennies de négociations bien rodées. Ainsi Volkswagen, Daimler ou Siemens ont-ils signé des «pactes pour l’emploi» garantissant les jobs pour quatre années renouvelables en échange de gains de productivité. «Et, lorsque les commandes sont reparties, ils étaient tous dans les starting-blocks», souligne Isabelle Bourgeois, chargée de recherches au Centre d’information et de recherche sur l’Allemagne contemporaine, à Paris."

Apprentissage AllemagneL'éditorial met en valeur une autre différence fondamentale entre la France et l'Allemagne, qui explique en bonne partie ses meilleures performances en termes d'emploi des jeunes :

"Plus crucial encore, le même esprit de corps s’est diffusé dans le «Mittelstand», le réseau de grosses PME qui réalisent 40% du total des exportations allemandes. Hyperspécialisées, souvent championnes du monde de leur secteur, elles occupent 70% des salariés et forment 80% des apprentis, réussissant au passage mieux que nous l’insertion des jeunes."

La conclusion de l'article rappelle néanmoins une faille grandissante du "modèle allemand", qui pourrait bien permettre à l'économie française de dépasser sa voisine d'ici 2050 : le vieillissement de sa population. En effet, si les liens entre démographie et croissance économique ne sont pas univoques,  l'impact du vieillissement sur le marché du travail (en termes de population active et de pénurie de talents notamment) est certain, toutes choses égales par ailleurs.

"Pourtant, un spectre hante la patrie de la «Deutsche Qualität», celui de la démographie [...]. «Avec une moyenne de 1,36 enfant par femme contre 2,01 en France, nous allons devoir supporter un vieillissement accéléré, puis une diminution de la population, rappelle un expert. D’ici 2050, l’Allemagne va perdre de 7 à 16 millions d’habitants.» Une panne incroyable qui plombera la croissance, déréglera les comptes sociaux et rendra les infrastructures surdimensionnées. A cette date, à l’inverse, la France devrait avoir gagné 7 millions d’habitants. Et son économie pourrait bien être la première d’Europe."

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