Publié le 29 avril 2011

Outre ce qu’Olivier Ferrand dénonce comme une « compétitivité low-cost », d’autres éléments de l’actuel « modèle allemand » incitent à la prudence, comme ceux mis en avant par un article récent de The Economist : le vieillissement de sa population et la pénurie de talents à laquelle le pays fait face.

  • Le vieillissement de la population active allemande est inquiétant.
    En effet, année après année, le nombre de salariés entrant sur le marché du travail est inférieur à celui de ceux partant à la retraite (comme le rappelaient récemment Les Echos). Le marché du travail allemand doit donc affronter un choc démographique : l’Allemagne pourrait voir sa population active diminuer de 8 millions de personnes d'ici à 2030 et, toutes choses égales par ailleurs, un quart de la population active sera âgé de plus de 55 ans à cet horizon -contre 15% aujourd’hui ; à titre de comparaison, les projections de l’INSEE pour la France indiquent que les plus de 55 ans n’en représenteront « que » un peu plus de 17%. Usuellement, c’est l’immigration qui vient contrer le vieillissement des populations occidentales ; or, en 2008, le solde migratoire allemand a été négatif pour la première fois depuis 25 ans.
  • La pénurie de talents est une réalité qui s’aggravera en Allemagne.
    Une partie croissante de la population active ne détient aucun diplôme et, d’ici 2025, le nombre de jeunes titulaires de l’équivalent du baccalauréat aura baissé d’un tiers si la tendance actuelle se confirme. Par exemple, la région du Bade-Württemberg manquera de 60.000 salariés, dont 7500 ingénieurs (qui sont au cœur de son économie) d’ici dix ans. Cette tendance est d’autant plus grave que la question de l’intégration des populations immigrées n’a pas été résolue alors que, d’ici 2050, la moitié de la population sera d’origine étrangère selon Klaus Bade, président du Conseil pour l’intégration et l’immigration.

Ces deux réserves à l’exemplarité du modèle allemand doivent être nuancées, puisque le 1er mai l’Allemagne – accompagnée par l’Autriche- s’alignera sur le reste de l’Europe en accordant le libre accès des personnes issues des pays d’Europe centrale et orientale (à l’exception des ressortissants des derniers pays ayant intégré l’Union européenne – à savoir la Roumanie et la Bulgarie) à son marché du travail. « L'économie allemande salue la pleine liberté de circulation des travailleurs », particulièrement « dans les professions techniques et scientifiques » où les entreprises cherchent « désespérément » des bras et des cerveaux, déclarait ainsi à La Tribune un porte parole du BDA (la Fédération des associations d'employeurs allemands), qui espère que cette ouverture pourra « couvrir le besoin croissant de main d'œuvre ».

A ce propos, la libéralisation du marché du travail arrive à un très bon moment en Autriche, puisque 50 000 emplois viennent d’être créés dans un pays qui souffre déjà d’un manque de salariés qualifiés dans le contexte d’un des taux de chômage les plus bas d’Europe (4,8 %). Selon une étude de l’institut autrichien de recherches économiques (Wifo) citée par MyEurop.info, les trois-quarts des migrants supplémentaires seront des candidats qualifiés et un quart des diplômés d’université.

Face au vieillissement des populations des pays occidentaux et à la pénurie de talents, il est probable que les gouvernements, les entreprises et les individus fassent évoluer leurs conceptions des frontières du marché du travail et réforment profondément leurs modèles d’éducation et de formation.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !