Publié le 4 septembre 2019

SÉLECTION. Le droit serait-il devenu l’arme privilégiée des États-Unis pour déstabiliser les entreprises européennes ? Outil juridique mais avant tout diplomatique et économique, l’extraterritorialité du droit américain permet au pays d’édicter des normes applicables à des entreprises non américaines. Fruit d’une enquête de deux ans, l’ouvrage d’Ali Laïdi, en lice pour le Prix RH ManpowerGroup-HEC Paris, montre comment les États-Unis abusent du principe d’extraterritorialité de leur droit au profit de leurs intérêts économiques.

C’est le 8 octobre 2019 que sera dévoilé le nom des lauréats du Prix RH ManpowerGroup-HEC Paris. Tous les ans depuis 1995, cet événement met à l’honneur des ouvrages qui questionnent les grandes tendances sociétales, analysent les révolutions du monde du travail et décryptent les enjeux de demain. A l’occasion de cette 24e édition, huit ouvrages ont été sélectionnés par le jury composé d’élèves d’HEC Paris et de professionnels. À quelques semaines de l’annonce des lauréats, nous vous invitons à découvrir chaque mercredi l’un des huit titres en lice. L’année dernière, le jury a attribué les premiers prix à Guillaume Pitron pour « La guerre des métaux rares. La face cachée de la transition énergétique et numérique » et à Laurent Alexandre pour « La guerre des intelligences. Intelligence artificielle versus intelligence humaine ». En 2019, qui leur succèdera ?

 

***

Ali Laïdi, « Le droit, nouvelle arme de guerre économique. Comment les États-Unis déstabilisent les entreprises européennes » (2019, 331 p., Actes Sud)

L’actualité le montre tous les jours : les États-Unis tentent d’empêcher le monde de commercer avec le Venezuela, l’Iran, Cuba, la Libye… Depuis une dizaine d’années, des entreprises européennes se voient ainsi infliger de lourdes sanctions imposées par Washington au nom de la lutte contre le terrorisme, la criminalité, la corruption, la fraude ou encore le non-respect des embargos américains. Après Alcatel, Alstom, Technip, Total, Société Générale et BNP Paribas, c’est Airbus qui a été placé en décembre 2018 sous procédure judiciaire américaine. L’avionneur européen pourrait bien être la prochaine entreprise condamnée par Washington à une amende colossale de plusieurs milliards d’euros.

 

Dans son livre, Ali Laïdi dresse un tableau inquiétant de la guerre économique que livrent les États-Unis au reste du monde. Depuis 1998 et l’extension aux entreprises étrangères du Foreign Corrupt Practices Act (FCPA) - ou loi sur les pratiques de corruption à l’étranger – les autorités américaines n’ont cessé de consolider un arsenal juridique à des fins de domination économique et politique, dans l’objectif d’obtenir des avantages stratégiques et commerciaux. La définition de la compétence du droit américain dans le cas des affaires de corruption à l’étranger est en effet extrêmement large. Ainsi, un lien peut être établi dès que le dollar est utilisé ou si l’implication d’un compte Gmail – dont le serveur est hébergé en partie aux États-Unis – est avérée. Mieux que toutes les autres nations, les États-Unis prouvent donc avec cette nouvelle guerre chaude économique que le droit peut servir leurs intérêts économiques et qu’il est possible d’être à la fois un allié stratégique et un ennemi économique.

Bien que contestables au regard du droit international, ces processus initiés par la seule administration judiciaire américaine ne suscitent que trop peu de réaction de la part des autres pays, regrette Ali Laïdi. Comment expliquer cette absence de réponses face à ce pouvoir extraterritorial affirmé ? Pour l’auteur, tant qu’il n’y aura pas de réflexion stratégique à Bruxelles sur ces questions d’extraterritorialité et de sécurité économique, les États-Unis continueront d’utiliser leur arsenal juridique pour déstabiliser les entreprises européennes. Dans son livre, Ali Laïdi exhorte les pouvoirs publics à impliquer le monde académique et faire appel à toutes les disciplines des sciences humaines.

 

A propos de l’auteur :

Ali Laïdi est spécialiste des questions de guerre et d’intelligence économiques et du terrorisme islamiste. Docteur en sciences politiques, il est chercheur associé à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), chroniqueur à France 24 et enseignant à Sciences Po Paris. Ali Laïdi est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont « Les Secrets de la guerre économique » (2004, Seuil) et « Histoire mondiale de la guerre économique » (2016, Perrin).

 

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !